C’est à cause de la croissance de son entreprise que Daniel Gervais s’est vu dans l’obligation de se départir de cette maison.

Vendre une maison et donner au suivant

SHAWINIGAN — Le concessionnaire automobile Gervais Auto de Shawinigan a posé un geste bien particulier vendredi. Après que personne ne se soit manifesté pour prendre possession de la maison vacante sur le terrain de l’entreprise à la condition d’en payer les frais de déménagement, le propriétaire, Daniel Gervais, a choisi de la vendre en pièces détachées et de remettre les profits amassés à un couple dans le besoin.

Constatant que personne n’était intéressé à déménager la maison à donner, M. Gervais a eu l’idée d’effectuer cet acte de générosité pour venir en aide à Benoit Normandin, un septuagénaire ayant œuvré pour son entreprise pendant de nombreuses années. «C’est vers 15 ou 16 ans que j’ai commencé à travailler chez Gervais Auto. J’ai même participé à la construction de la maison dont les pièces seront vendues. J’ai collaboré avec eux jusqu’à tout récemment, lorsque j’ai cessé de travailler pour de bon», raconte M. Normandin, qui doit composer avec une réalité relativement difficile en raison de la condition de santé de sa femme.

Malchance continue

Benoit Normandin et Claudette Paquin forment un couple sur lequel la malchance s’est abattue à plusieurs reprises ces dernières années.

Alors que Mme Paquin s’est présentée à l’hôpital pour traiter de simples maux de ventre, on lui a mentionné qu’elle était atteinte de problèmes de santé beaucoup plus graves. Si bien qu’elle est retournée chez elle, un peu plus tard, en ayant perdu complètement l’usage de ses jambes et en devant vivre pour le reste de ses jours avec une stomie (un sac pour faire ses besoins).

Benoit Normandin et Claudette Paquin sont deux citoyens du secteur Lac-à-la-Tortue de Shawinigan qui doivent composer avec une réalité difficile en raison de l’état de santé de la dame.

Par la suite, le couple a pu bénéficier d’une aide du gouvernement pour subvenir en partie aux besoins de la dame, mais les coûts impliqués par les soins dont elle devait disposer excédaient nettement le montant octroyé par le gouvernement. Rapidement, les dettes se sont accumulées dans le portefeuille de M. Normandin au point où il s’est vu dans l’obligation de retourner au travail. Cependant, ce n’était, semble-t-il, pas la meilleure idée puisque ce retour au travail a rimé avec diminution de l’aide gouvernementale pour l’homme, qui a vu ses moyens pour s’occuper de sa femme chuter de façon draconienne. «Travailler est devenu inutile. À travers les années, on m’a offert plusieurs alternatives pour m’en sortir, mais chacune d’entre elles impliquait que je me sépare de ma femme ou coûtait un prix démesurément élevé. Il n’en était pas question.»

Un don qui s’imposait

Pour Daniel Gervais, cet homme était donc le candidat tout désigné pour bénéficier d’une telle aide. «C’est un ami de la famille depuis 50 ans qui a travaillé pour mon père et pour moi, qui connaît la maison et que Gervais Auto apprécie grandement. Je trouve injuste qu’une situation du genre survienne à un homme qui a autant de cœur au ventre et j’ai voulu l’aider quelque peu. Je ne sais pas ce que ça va donner, mais si je peux lui donner un coup de pouce pour avancer, je vais le faire», a fait savoir le propriétaire de l’établissement.

M. Normandin, pour sa part, n’en revient toujours pas de la chance qu’il vient de connaître. À ses yeux, recevoir un soutien de cette envergure dépasse de loin les entendements.

«Jamais je n’aurais pensé que Daniel Gervais puisse m’apporter une aide si grande. Il fait ça de bon coeur, mais il aurait très bien pu en aider d’autres. Lorsqu’il m’a annoncé son projet, je me suis senti apprécié et j’ai senti qu’on reconnaissait les efforts que j’avais mis depuis toutes ces années en travaillant pour la compagnie. Je ne suis pas du genre à demander de l’aide, mais je suis obligé de reconnaître que ça me donne une chance de repartir», confie Benoit Normandin.

Par ailleurs, celui-ci a longuement hésité avant de partager son histoire au public. Cependant, il a accepté de le faire dans le but d’inciter autrui à faire preuve d’une aussi grande générosité que Daniel Gervais. «Si ça peut inspirer d’autres entreprises à aider plus de gens, je serai aux anges. Quand on est dans le besoin, recevoir de l’aide ne peut jamais nous caler. Ça ne peut que nous garder la tête hors de l’eau et nous motiver à continuer», conclut-il.