La ministre du Tourisme, Caroline Proulx.
La ministre du Tourisme, Caroline Proulx.

Véhicules hors route: guides et touristes devront suivre une formation

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — L’industrie touristique québécoise devra se plier à de nouvelles normes en matière de sécurité.

Dans la foulée de la tragédie de Saint-Henri-de-Taillon, au Lac-Saint-Jean, la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, a décidé de devancer l’annonce des intentions gouvernementales visant à mieux encadrer l’industrie. Des normes qui, pour le moment, ne semblent pas déstabiliser les entreprises de la région avec qui Le Nouvelliste a pu s’entretenir.

L’un des éléments-clés de l’annonce touche les motoneiges et les autres véhicules hors route: Québec entend imposer une formation obligatoire pour tous les guides en véhicules hors route ainsi que pour les touristes voulant louer un véhicule hors route.

Par ailleurs, dès maintenant, les entreprises de tourisme de nature et d’aventure auront tout avantage à obtenir l’accréditation Qualité sécurité qui est offerte par Aventure Écotourisme Québec. Bien que cette accréditation ne soit pas obligatoire, les entreprises devront y penser à deux fois avant de l’ignorer: le ministère du Tourisme n’octroiera aucun soutien financier aux entreprises ne détenant pas cette accréditation.

Pour le Centre d’aventure Mattawin de Trois-Rives, cette annonce n’a toutefois pas énormément d’impact, étant donné que l’entreprise procédait déjà à de la formation auprès des touristes qui souhaitent louer une motoneige, et que le centre possède déjà l’accréditation d’Aventure Écotourisme Québec.

«Lorsque les gens louent des motoneiges chez nous, nous leur faisons remplir un document sur lequel ils doivent nous parler de leur expérience de la motoneige. Dans tous les cas, notre équipe donne une formation aux touristes qui veulent louer une motoneige, ça fait partie de nos services et c’est exigé par Aventure Écotourisme Québec», note Emmanuel Laferrière, directeur des opérations du Centre d’aventure Mattawin.

Pour Denis Capano, propriétaire de Nautico à La Tuque, l’annonce de la ministre Proulx ne devrait pas avoir une grande incidence sur ses activités, étant donné que la location de motoneige ne constitue qu’un maigre pourcentage de son chiffre d’affaires. «On peut en louer quatre ou cinq par année. C’est un service que j’offre, mais c’est pratiquement du dépannage. Je vais regarder comme il faut les exigences des nouvelles normes, mais si ça devient trop compliqué, je ne ferai plus la location mais seulement la vente. Ça ne fera pas une grande différence sur mes activités», considère celui qui se réjouit de voir Québec resserrer les règles autour de cette industrie.

«Je trouve que c’est une bonne chose, spécialement pour les touristes qui arrivent et qui n’ont jamais touché à ça. C’est une question de sécurité, c’est tout à fait logique», croit-il.

Une annonce qui a aussi réjoui la Fédération des pourvoiries du Québec, qui dit appuyer les mesures annoncées par la ministre Proulx. «Notre volonté est assurément que l’ensemble des personnes qui utilisent des véhicules hors route via nos entreprises le fassent de manière la plus sécuritaire possible», indique l’organisme qui dit travailler de façon étroite avec Aventure Écotourisme Québec.

Le programme Qualité Sécurité comprend une soixantaine de normes à respecter et des formations techniques pour les guides. Il s’accompagne d’un programme d’inspections surprises et de visites mystères d’entreprises à la suite de plaintes.

Ce programme a été créé dans la foulée des recommandations de la coroner Andrée Kronstrom, qui avait enquêté sur le décès du neveu de la plongeuse Sylvie Bernier, Raphaël Bernier, survenu en 2002 lors d’une expédition en canot sur la rivière Nouvelle en Gaspésie. La coroner avait notamment conclu que le guide qui prenait place à bord de l’embarcation n’avait pas la formation requise pour venir en aide au jeune garçon de 5 ans, qui était demeuré coincé sous le canot renversé durant plus de 30 minutes sous les yeux horrifiés de ses parents et de sa tante, impuissants à lui venir en aide.

Pas moins de 135 entreprises de tourisme nature et aventure détiennent présentement cette accréditation, mais des centaines d’autres ne l’ont pas.

Caroline Proulx a du même coup annoncé une aide immédiate de 200 000 $ à l’association Aventure Écotourisme Québec pour qu’elle puisse répondre avec célérité aux nouvelles demandes d’accréditation Qualité Sécurité qui risquent de se multiplier très rapidement.

La ministre s’est dite bouleversée par la tragédie de mardi soir dernier sur le lac Saint-Jean, où un groupe de neuf motoneigistes, huit touristes français et leur guide québécois, se sont retrouvés dans un secteur extrêmement dangereux à l’embouchure de la rivière La Grande Décharge.

Trois des touristes ont réussi à éviter le pire, mais le guide, Benoît L’Espérance, 42 ans de Montréal, est décédé et les cinq autres touristes sont toujours portés disparus.

Avec la Presse canadienne