Des dommages ont été causés à des résidences de Yamachiche à la suite de la vague causée par le passage d’un bateau en avril 2017.

Vagues destructrices: le pilote a été suspendu

YAMACHICHE — Avec l’adoption de mesures pouvant aller jusqu’à interdire les départs de nuit de certains navires, l’Administration de pilotage des Laurentides (APL) affirme prendre les moyens nécessaires pour assurer la sécurité des propriétaires riverains du lac Saint-Pierre.

Toute la région se souvient de la crise majeure suscitée par la spectaculaire crue des eaux du printemps de 2017. À la fin du mois d’avril, alors que le niveau du lac Saint-Pierre ne cessait de monter, le passage d’un navire de la marine marchande à une vitesse supérieure aux limites imposées temporairement par les autorités avait fait grand bruit et grand fracas. À leur réveil, de nombreux citoyens du chemin Louis-Gatineau à Yamachiche avaient constaté les dégâts causés par une vague de quelque deux mètres.

Le niveau du lac Saint-Pierre est actuellement inférieur à 1,5 mètre. Lorsqu’il grimpera à deux mètres, l’APL émettra des restrictions de vitesse aux pilotes, en partenariat avec la Garde côtière canadienne et Transports Canada. Si le niveau dépasse les deux mètres, les autorités pourront interdire les départs de nuit de navires ayant un tirant d’eau de plus de 10 mètres. Cette mesure s’appliquera aux navires à quai entre Montréal et Trois-Rivières.

Fulvio Fracassi, premier dirigeant de l’Administration de pilotage des Laurentides, affirme que tous les intervenants en la matière ont tiré des leçons de l’incident de Yamachiche.

«Nous suivons de très près l’évolution des niveaux d’eau sur le fleuve. Nous avons pris des mesures pour éviter qu’une telle situation se reproduise.»

M. Fracassi ajoute que les intervenants du secteur travaillent à monter un module de formation pour les pilotes axé sur la propagation des vagues.

Pilote suspendu
Une enquête a été menée par Transports Canada sur ces dommages. Un sommaire du rapport a été rendu public en août. Ce rapport affirme que le navire EM KEA circulait à une vitesse non sécuritaire, comme le demandait la Garde côtière canadienne.

Une enquête a aussi été menée par l’Administration de pilotage des Laurentides. Ayant le pouvoir de suspendre ou de révoquer le brevet d’un pilote, l’APL a décidé de suspendre le pilote fautif pour non-respect de l’avis des limites de vitesse.

L’APL refuse de dévoiler la durée de la suspension du brevet du pilote.

Du côté de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent central, on affirme ne pas être en accord avec toutes les conclusions de cette histoire.

«Ce qu’on dit, c’est que le pilote n’avait pas tous les outils pour mesurer la hauteur des vagues. C’était la nuit. Le pilote a pris les mesures qu’il jugeait sécuritaires pour ne pas causer de vagues et les vagues ont frappé cinq kilomètres plus loin. C’est impossible pour le pilote de mesurer ça. Le problème, la nuit, est d’être en mesure d’évaluer l’amplitude de la vague. Le jour, on la voit», déclare Alain Arseneault, président de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent central, qui croit que des pressions politiques ont été exercées afin de sortir ledit rapport rapidement.

M. Arseneault rappelle que les circonstances exceptionnelles du printemps 2017 ont aussi un impact sur les tristes événements.

«On n’avait jamais vécu ça. C’est une première pour nous en 150 ans. C’est un événement isolé: il y a plus de 13 000 affectations de pilotage entre Québec et Montréal annuellement. J’espère que ces mesures vont rassurer les gens. Le rôle des pilotes est d’assurer la sécurité de la navigation et des riverains.»

Un pas en avant, selon Jean-François Blais

L’adoption de mesures restrictives concernant la navigation sur le lac Saint-Pierre en période de crue des eaux est un pas dans la bonne
direction pour assurer la sécurité des riverains, croit Jean-François Blais.

Le réalisateur télé est au nombre des citoyens de Yamachiche qui ont subi les effets de la vague causée par le passage d’un bateau à une vitesse excessive, l’an dernier. M. Blais est heureux d’apprendre que les intervenants du domaine de la navigation prennent la situation au sérieux.

«C’est encourageant de savoir que l’événement de l’an dernier crée au moins une réaction en chaîne et que des gens en sont conscients. Et qu’il y ait des mesures avec de vraies données de niveau d’eau, c’est déjà un pas en avant.»

M. Blais s’interroge sur la façon de s’assurer que les limites de vitesse soient respectées advenant qu’un tel avis soit émis en raison du haut niveau du lac Saint-Pierre. D’autre part, il ignorait que le pilote aux commandes du bateau avait vu son brevet être suspendu. Il accueille bien cette décision, étant donné que le pilote s’est comporté de façon dangereuse, selon lui.

«Je trouve tout à fait normal que quelqu’un qui fait un geste de ce type ait une réprimande. Je ne suis pas en guerre contre les pilotes! Je veux juste être en sécurité. Je le redis: si je fais un excès de vitesse en voiture et je cause des dommages, c’est criminel et je m’expose à la justice.»

M. Blais accueille assez positivement la mise en place de mesures restrictives après des mois de démarches pour savoir ce qu’il advenait de ce dossier. Il critique toutefois le gouvernement fédéral concernant
la demande d’indemnisation aux victimes de cette vague. La demande est toujours sans réponse, déplore-t-il.

«On n’a aucun retour de Transports Canada. La seule réponse du ministre Garneau (Marc) est qu’il vérifie les normes, mais c’est très corporatif comme réponse, sans aucun engagement.»

Robert Aubin dénonce lui aussi la réaction du gouvernement Trudeau dans ce dossier.

«On a posé des questions en Chambre au ministre. Chaque fois, il a esquivé les questions. Il faut savoir que d’un coup de plume, le ministre pourrait modifier le règlement qui accompagne la loi sur la marine marchande et permettre l’indemnisation des victimes de Yamachiche. Un an plus tard, ce n’est pas fait. Il n’a pas la volonté d’agir», raconte le député de Trois-Rivières et porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière de transport.

M. Aubin affirme avoir demandé le rapport du gouvernement concernant cet incident via la Loi sur l’accès à l’information. Selon lui, la présentation du rapport a été reportée à deux reprises.

«Ça arrive fréquemment quand la demande exige de colliger bon nombre de documents. Mais dans ce cas, on veut juste la copie du rapport qui existe déjà!»

Le rapport doit être remis à la fin avril, selon les informations obtenues par M. Aubin. Ce dernier précise que son parti planche sur un projet de loi garantissant l’indemnisation des victimes. M. Aubin souhaite déposer le projet de loi d’ici la fin de la session.