Bien que les commerçants de la région aient enregistré des recettes intéressantes pendant les vacances de la construction, ils appréhendent grandement les prochaines semaines, pendant lesquels leurs établissements pourraient être désertiques.
Bien que les commerçants de la région aient enregistré des recettes intéressantes pendant les vacances de la construction, ils appréhendent grandement les prochaines semaines, pendant lesquels leurs établissements pourraient être désertiques.

Vacances de la construction: les commerçants mauriciens satisfaits, mais inquiets

Pierrick Pichette
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Après avoir dû surmonter d’innombrables épreuves au cours des derniers mois, les commerçants de la région ont enfin pu sourire en ces vacances de la construction, qui ont donné lieu à une nette augmentation des visiteurs en leurs lieux. Cet achalandage marqué pourrait toutefois laisser place à un climat désertique au cours des prochaines semaines.

Qu’ils possèdent un petit commerce, un hôtel, un gîte, un restaurant ou encore un musée, tous les propriétaires s’entendent pour dire que les deux dernières semaines, pendant lesquelles pas moins de 11 273 travailleurs de la Mauricie ont pu profiter d’un congé, sont venues mettre un baume sur une partie des dommages subis lors de la pandémie de COVID-19.

«Alors que nos mois de juin et de juillet n’avaient pas été très bons, nous venons de connaître deux belles semaines. On a pu enregistrer de très encourageantes augmentations de la clientèle, et je ne peux qu’admettre que ça a fait un grand bien», a exprimé la propriétaire du magasin Le Brun en ville de Trois-Rivières, Isabelle Thibault, qui associe également la hausse de l’achalandage dans son commerce au retrait d’une clôture qui le cachait des passants.

Toutefois, bien que les recettes des propriétaires de commerces aient connu une augmentation certaine lors des vacances de la construction, elles n’ont été en rien comparables à celles enregistrées lors des années précédentes.

«De notre côté, on est demeurés stables en recevant entre 25 et 30 % de notre clientèle habituelle lors de la première semaine des vacances. La situation a semblé être la même pour la deuxième. En revanche, on a parfois pu accueillir pas moins de 90 % de notre capacité maximale déterminée en fonction des normes sanitaires, ce qui est très positif», a raconté le coordonnateur du patrimoine chez Culture Trois-Rivières, Romain Nombret.

Cependant, comme le veut le proverbe «tout ce qui monte redescend», les prochaines semaines pourraient s’avérer désastreuses pour certaines propriétaires de commerces mauriciens, puisque le retour au travail signifiera inévitablement le départ du temps chaud.

«Les vacances se sont bien déroulées à un point où on se demande ce qui va arriver après cette période. On appréhende beaucoup cet «après semaines de la construction», a témoigné le directeur du développement et du marketing des hôtels Marineau de Shawinigan, Mattawin et La Tuque, Donald Desrochers.

Une tape dans le dos pour continuer

Par ailleurs, bien que les commerçants craignent les prochaines semaines, ils semblent tous déterminés comme jamais à redoubler d’efforts pour attirer tout de même les clients dans un avenir rapproché.

«Ces semaines-là sont non seulement importantes financièrement, mais elles nous encouragent également à poursuivre nos efforts afin de créer de la nouveauté et de nouveaux services adaptés aux circonstances que l’on connaît. On souhaite que les gens continuent de venir nous voir à l’automne», a expliqué Romain Nombret.

Certains propriétaires d’entreprises ont même remué leurs méninges afin de développer des stratégies innovantes dans le dessein de renouveler leur offre.

C’est notamment le cas de la microbrasserie Ô quai des brasseurs, qui «tiendra dès l’automne des soirées animées et des spectacles de chansonniers en plus d’instaurer un menu rotatif dans l’objectif d’inciter les gens à continuer de fréquenter l’établissement, et ce, même après la période forte que représente le mois d’août».

Retour de quelques touristes internationaux

Aussi surprenant que cela puisse paraître, quelques touristes étrangers se seraient eux aussi pointé le bout du nez au sein des différents commerces de la Mauricie depuis deux semaines. Après que les frontières aient été fermées pendant de longues périodes de temps, cette arrivée de quelques clients d’ailleurs dans le monde n’a pas manqué de surprendre agréablement des propriétaires de la région.

«Je ne dis pas que j’en ai eu autant que lors des années antérieures, pendant lesquelles ils représentaient une grande partie de ma clientèle, mais chaque jour, j’ai reçu des voyageurs d’origines européenne, mexicaine et plusieurs autres. Une augmentation assez frappante pour que je la remarque», a indiqué Isabelle Thibault.

Évidemment, les visiteurs de l’étranger étaient loin d’être les plus nombreux à fouler les entreprises régionales. La majorité des touristes étaient effectivement originaires du Canada ou du Québec. Nombre d’entre eux étaient même des tourismes locaux désireux de redécouvrir leur ville en ces temps troubles.

«On n’a pas encore analysé minutieusement nos codes postaux comme à chaque fin de saison, mais jusqu’à présent, on remarque tout de même que notre clientèle est très locale et a tendance à souvent réserver à l’avance», a ajouté le coordonnateur du patrimoine chez Culture Trois-Rivières.

Les restaurateurs confiants

En plus des terrasses qui, rappelons-le, ne pourraient être plus en demande, les propriétaires de restaurants de la Mauricie ont pu observer en leurs lieux une augmentation constante du nombre de clients, qui s’est poursuivie pendant les deux dernières semaines.

«Ça a été assez soutenu pendant les vacances de la construction, surtout lors des jours de la semaine comme les mardis et les mercredis, qui nous ont vraiment surpris. On a reçu en moyenne entre 550 et 750 clients la semaine et 800 les week-ends. La clientèle a été au rendez-vous dès le 15 juin pour nous permettre d’être rodés à l’arrivée des vacances. On est confiants de continuer sur cette lancée», a mentionné le directeur général de la microbrasserie Ô quai des brasseurs de Bécancour, Michel Lacroix.

Certains de ces entrepreneurs reconnaissent tout de même que «les programmes gouvernementaux implantés en soutien à l’industrie de la restauration sont cruciaux» en cette période où la pérennité de ces endroits est loin d’être assurée.

«On a beaucoup de chemin encore à faire en tant qu’industrie avant de pouvoir parler de rentabilité. On reste toutefois enthousiastes pour l’avenir, puisque nous avions constaté un achalandage plus grand même avant le début des vacances», a fait savoir l’un des principaux actionnaires du Buffet des Continents, Basile Angelopoulos.

Toujours difficile pour les milieux hôteliers

Dans le camp des propriétaires d’hôtels, l’arc-en-ciel est toujours loin de briller, et ce, même si les vacances de la construction ont été positives pour les affaires. Quelques-uns d’entre eux ont effectivement pu constater que la Mauricie ne semblait pas être une destination de choix pour les touristes du Québec et du Canada.

«Les semaines de la construction ont certainement aidé, mais la situation demeure très difficile en ce qui a trait au tourisme en Mauricie, où l’offre a été grandement affectée par la pandémie. On est loin de ce qui se passe en ce moment en Gaspésie ou de ce qu’on avait ici-même auparavant. Le principal problème, c’est que toutes les régions du Québec tentent de s’arracher la même clientèle», croit Donald Desrochers.

Même son de cloche dans les gîtes, qui n’ont, semble-t-il, pas pu profiter des différents programmes mis en place par le gouvernement provincial.

«Les politiques gouvernementales de tourisme local ne favorisent pas les gîtes. Elles ne sont en place que pour les grands fournisseurs. On est donc forcés de faire affaire avec des forfaitistes, ce qui est extrêmement compliqué pour nous. Heureusement, nous avons pu recevoir un plus grand nombre de Québécois que lors des dernières années», a conclu la propriétaire du gîte du Lac-à-la-Tortue, Jeanne Charbonneau, avant de souligner qu’elle n’avait reçu aucune réponse du gouvernement depuis ses revendications dans l’espoir d’obtenir une subvention.