Le Centre Cloutier-du-RIvage

Urgence du Centre Cloutier-du Rivage: les deux camps s'activent

TROIS-RIVIÈRES — Le changement de vocation de l’urgence du centre Cloutier-du Rivage continue d’alimenter le débat. Alors qu’une pétition initiée jeudi soir et demandant de ne pas changer la vocation de l’urgence a pu recueillir jusqu’ici plus de 2000 signatures, une trentaine de médecins du département de médecine d’urgence du CIUSSS Mauricie Centre-du-Québec signent ce matin dans nos pages une lettre d’appui à la transformation de ce service. De son côté, le maire de Trois-Rivières Jean Lamarche en appelle à donner une chance à ce nouveau modèle qui sera déployé le 21 octobre prochain. 

Rappelons que dans quelques jours, l’urgence de Cloutier-du Rivage sera transformée en clinique multidisciplinaire où notamment les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) seront au centre des soins et services offerts. La clinique sera ouverte de 8 h à 20 h en semaine et de 8 h à 16 h le week-end.

Andrée Lanneville, infirmière à la retraite qui continue de venir donner des heures pour pallier le manque de main-d’œuvre, est à l’origine de la pétition. Mme Lanneville ne cache pas être dépassée par l’ampleur que son initiative a prise depuis trois jours, mais estime aussi que le nombre très important de signatures témoigne de l’indignation de la population face à la décision prise par le CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec.

Pour Andrée Lanneville, ce changement de vocation n’a aucun sens dans un contexte où l’urgence de Cloutier-du Rivage dessert une grande partie de la population pour les urgences mineures et que le personnel en place ne chôme pas. «C’est une coupure drastique aux soins donnés à la population, ça n’a aucun bon sens», déplore l’infirmière.

Mme Lanneville s’insurge notamment du fait qu’on tente de faire croire à la population qu’il s’agira bel et bien d’un service sans rendez-vous, elle qui martèle que ce ne sera pas le cas. «Toutes les cliniques de la région disent offrir un service sans rendez-vous, mais il faut appeler la veille pour s’inscrire. Ce sera pareil ici, il faudra appeler la veille. Mais quand on tombe en vélo et qu’on a une plaie, quand on a besoin de points de suture, quand on vient de recevoir du verre dans l’œil, on n’appelle pas pour se faire soigner le lendemain», clame-t-elle.


Andrée Lanneville est instigatrice d’une pétition pour la sauvegarde de l’urgence du centre Cloutier-du Rivage.

Une affirmation contredite par le CIUSSS. «Ce sera véritablement du sans rendez-vous. Essentiellement, on continuera d’avoir les services sur place, on obtiendra des réponses, mais les réponses ne seront pas nécessairement fournies par un médecin», résume Guillaume Cliche, porte-parole du CIUSSS-MCQ. «Évidemment, si notre condition nécessite l’intervention d’un médecin, il sera possible d’en consulter un», ajoute-t-il.

Andrée Lanneville se questionne également sur le nombre de personnes qui pourront être vues en une seule journée. «Une IPS ne peut pas voir plus de 15 patients par jour si elle est très expérimentée. Jusqu’ici, nous avions l’habitude de voir 50 à 60 patients par jour. Avec deux IPS, ça veut dire qu’on va baisser le nombre de patients vus de 415 à 170 par semaine. Si ce n’est pas une baisse de services à la population, je me demande bien ce que c’est», mentionne Andrée Lanneville.

Le CIUSSS répond toutefois qu’il s’agit davantage d’une prise en charge beaucoup plus globale. «Lorsqu’un patient se présentera, il sera évalué et rencontré par l’infirmière, mais pourra sur place être pris en charge en fonction de ses besoins, Parfois, ça peut être aussi en lien avec le psychosocial. C’est vraiment plus global comme approche», ajoute Guillaume Cliche.

La pétition demande au CIUSSS de revenir sur sa décision et de ne pas changer la vocation de cette urgence. D’ici quelques jours, Andrée Lanneville compte remettre le tout au député et critique de l’opposition officielle en matière de santé, André Fortin. Elle souhaite obtenir une réponse favorable de la part des élus et du gouvernement. «J’espère qu’ils vont écouter la population, car ce sont nous qui les avons élus», lance-t-elle.

Médecins

Dans une lettre ouverte publiée ce matin, plus de 30 médecins pratiquant dans cette urgence de même que dans celle du CHAUR donnent leur appui à cette transformation. 

«Garder un point d’accès facilement accessible pour la population vulnérable du Cap-de-la-Madeleine est essentiel. Ces patients ont besoin de soutien, de conseils, de suivi, d’écoute et, surtout, de temps. Bien humblement, comme médecins d’urgence, nous ne prétendons pas être les meilleurs dans ce type de prise en charge. Une équipe multidisciplinaire axée sur l’approche des infirmières praticiennes spécialisées, soutenues par des médecins de famille, saura mieux répondre aux besoins de cette clientèle», peut-on lire dans la lettre.

«Nous considérons qu’il est trompeur pour la population d’appeler l’urgence Cloutier-du Rivage «une salle d’urgence», puisque d’aller là-bas pour (des) problèmes menaçant leur vie retardera leur traitement ou intervention spécialisée, qui ne sont souvent pas disponibles sur place», ajoutent les signataires de la lettre.

De son côté, le maire de Trois-Rivières Jean Lamarche dit entendre l’inquiétude de la population, mais estime qu’il faut aussi laisser la chance au coureur.  «Lorsque le projet nous a été présenté, ça m’apparaissait intéressant comme perspective de cheminement. Nous avons eu aussi des rencontres de travail avec des organismes communautaires du milieu, qui sentaient également quelque chose d’intéressant dans cette nouvelle approche. Maintenant, ce que je réalise, c’est que c’est un enjeu communicationnel. Le vocable «urgence» demeure difficile à perdre, je le comprends. Mais donnons une chance au concept de se mettre en place et nous pourrons ensuite l’évaluer», croit le maire Lamarche.