Faute de chirurgiens disponibles, le certificat de pratique infirmière de première assistance en chirurgie ne sera plus offert à l’UQTR. La dernière cohorte d’étudiantes graduera dans quelques semaines.

Fini la formation des infirmières en chirurgie

EXCLUSIF / La seule université au Québec qui formait des infirmières de première assistance en chirurgie (IPAC) a mis fin à son programme, faute de chirurgiens disponibles pour offrir la formation, a appris Le Soleil. Une situation que déplorent la Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ), le Collège des médecins et l’Association d’orthopédie du Québec, qui soulignent l’importance de la contribution des IPAC dans les salles d’opération.

«C’était devenu très complexe. On avait de la difficulté à trouver des chirurgiens pour donner la formation, donc on a mis fin au programme» de Certificat de pratique infirmière de première assistance en chirurgie, nous a confirmé Jean-François Hinse, responsable des relations avec les médias à l’UQTR. 

La cinquantaine d’étudiantes de la dernière cohorte sont actuellement en stage et finissent à la fin de l’année, a précisé M. Hinse. «On va faire le nécessaire pour qu’elles terminent en décembre, et ce sera la fin. On ne prendra plus d’autres inscriptions», a-t-il dit. 

Ces 50 recrues s’ajouteront à la centaine d’IPAC qu’on compte actuellement au Québec. Formée en 1996, la première cohorte a commencé à pratiquer en décembre 2000. 

La présidente de la FSQ-CSQ, Claire Montour, se désole de la décision de l’UQTR. «Cette formation permettait aux infirmières de jouer un rôle accru. Une IPAC dans une salle d’opération, ça donne un bon coup de main au chirurgien, qui peut être libéré plus rapidement pour voir d’autres patients», fait valoir Mme Montour.

Les IPAC, qui travaillent notamment en chirurgie orthopédique, cardiaque, urologique et gynécologique, peuvent poser plusieurs actes cliniques en présence du chirurgien, dont installer divers instruments et appareils chirurgicaux à l’intérieur du site opératoire, inciser, disséquer et prélever des tissus, suturer la plaie chirurgicale et ligaturer en profondeur. Elles peuvent procéder seules à l’ouverture et à la fermeture de la plaie, pour autant qu’un chirurgien soit présent en tout temps dans le bâtiment.

Le Collège des médecins «préoccupé»

La pratique IPAC est encadrée par le Règlement sur certaines activités de première assistance en chirurgie adopté en 2012 par le Collège des médecins. Mis au courant par Le Soleil de la fin du programme de formation à l’UQTR, l’ordre professionnel a dit juger la situation «très préoccupante». 

«Lorsqu’un règlement est adopté par le Collège, il revient aux universités d’organiser la formation en conséquence [...] et de la rendre accessible sur le terrain. […] Si l’UQTR n’a plus l’intention d’offrir cette formation, le Collège des médecins et l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec pourront aviser les autorités gouvernementales concernées [...] sur l’importance de maintenir un milieu de formation pour les IPAC au Québec», a réagi par courriel la porte-parole du Collège, Leslie Labranche.

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) n’a pas souhaité commenté le dossier, se contentant de mentionner que la fonction d’IPAC relevait d’un règlement du Collège et qu’il collaborait actuellement «à l’analyse et à l’évaluation des besoins». 

Le président de l’Association d’orthopédie du Québec, le Dr Robert Turcotte, qui a déjà accueilli des IPAC en stage, ne comprend pas la décision de l’UQTR. «Je n’ai eu aucune communication avec l’université. Personne ne m’a demandé de l’aide pour trouver des chirurgiens, et je n’ai pas eu vent que des chirurgiens orthopédistes refusaient de former des IPAC», dit le Dr Turcotte. 

Les IPAC, souligne-t-il, sont très utiles dans une salle de chirurgie. «Les chirurgies se complexifient, on a besoin d’aide. Et un orthopédiste qui assiste un autre orthopédiste, c’est du gaspillage. Les IPAC ont donc un rôle certainement intéressant, surtout dans les milieux où on n’a pas de [médecins] résidents. Elles travaillent en complémentarité et peuvent nous libérer plus rapidement», expose le Dr Turcotte, selon qui «on gagnerait à rendre disponible une IPAC pour tous les chirurgiens orthopédistes». 

Malheureusement, note-t-il, ce n’est pas tous les hôpitaux qui acceptent de payer pour des IPAC dans un contexte de restrictions budgétaires. «On n’en a pas au CUSM, et on en aurait besoin d’une, au moins pour les journées où on n’a pas de résident», mentionne le DTurcotte.

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PROPOSITION REFUSÉE

Le Regroupement des infirmières de première assistance en chirurgie (RIPAC) a proposé à l’UQTR de confier la formation, du moins en partie, à des IPAC d’expérience, sans succès. 

«Il ne faut pas que cette formation-là s’arrête. Il y a plein de gens qui veulent la faire, et il y a des postes d’IPAC de disponibles, notamment à Sherbrooke. Ces postes-là pourraient être comblés par des gens intéressés à suivre la formation d’IPAC, mais qui ne le peuvent pas parce qu’il n’y a plus de programme!» déplore la présidente du RIPAC, Hélène Tétreault.

Mme Tétreault dit avoir proposé à l’UQTR de confier à des IPAC d’expérience une partie de la formation, notamment en pathologie. «Notre proposition a été refusée. On est en contact avec l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec et on essaie de voir si une autre université serait intéressée à offrir le programme», mentionne celle qui compte 17 ans d’expérience comme IPAC et qui fait partie de la première cohorte formée au Québec. 

«Plusieurs IPAC ont commencé à prendre leur retraite. D’où l’importance d’avoir de la relève pour combler les postes vacants actuels et futurs, surtout que la formation d’IPAC prend trois ou quatre ans», souligne Mme Tétreault. 

Selon elle, on ne peut pas se passer des IPAC dans les salles d’opération. «Je travaille en chirurgie cardiaque au CHUM et je fais plein de choses. J’ouvre le sternum, je prélève des veines... Quand le chirurgien arrive, il y a plein de choses de faites», expose Mme Tétreault, qui «montre même le travail à des résidents de première année qui n’ont encore jamais prélevé de veines». 

«Après une conférence, en 2015, j’ai interpellé le ministre [Gaétan] Barrette parce que l’UQTR voulait arrêter le programme, et il m’a dit que ça relevait du ministère de l’Éducation. J’ai écrit au ministre de l’Éducation de l’époque [François Blais], et je n’ai reçu qu’un accusé de réception. J’ai l’impression que ce n’est pas une priorité pour personne...» se désole Mme Tétreault. 

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IPAC: LES PRÉREQUIS

Pour exercer les fonctions d’infirmière de première assistance en chirurgie (IPAC), le personnel infirmier doit notamment détenir deux diplômes, soit le baccalauréat en sciences infirmières (ou un autre baccalauréat jugé équivalent, comme un baccalauréat obtenu par cumul de certificats) et le certificat de pratique IPAC de l’UQTR. Il doit aussi détenir un minimum de 24 mois d’expérience dans un bloc opératoire au cours des cinq dernières années.