L'UQTR est en lock-out depuis mardi soir.

UQTR: surprise et questionnement

TROIS-RIVIÈRES — La direction de l’Université du Québec à Trois-Rivières ainsi que le Syndicat des professeur(e)s défileront tour à tour dans le bureau de Gilles Lachance, à Québec, jeudi, afin d’exposer au nouveau médiateur nommé par la ministre du Travail leurs points de vue apparemment irréconciliables qui ont donné lieu au lock-out des professeurs, mercredi.

Le vice-président aux relations de travail du SPPUQTR, René Lesage, estime que la décision de lock-outer les professeurs «est injustifiée». Il voit d’un bon œil l’arrivée de ce nouveau médiateur nommé mercredi par la ministre Dominique Vien. «C’est un médiateur qui a de l’expérience», dit-il.

La nouvelle de ce lock-out a été vécue comme une véritable onde de choc sur le campus trifluvien, mercredi. C’est que la situation affecte à la fois les étudiants de la session d’hiver, qui se terminait le 27 avril, et ceux de la session d’été qui s’est amorcée le 30 avril. Comme l’explique le recteur, Daniel McMahon, les résultats de la session d’hiver n’ont en effet pas été communiqués aux étudiants encore. Les professeurs ont jusqu’au 18 mai pour remettre les résultats. «Si l’on en arrive à une entente avant le 18 mai, on comprendra qu’il n’y a pas d’enjeu», fait valoir le recteur.

L’Association générale des étudiants de l’UQTR «déplore la situation» qui prévaut entre les deux parties. L’organisme a été «très sollicité par les étudiants», mercredi, indique Frédérik Farid Borel, conseiller à l’exécutif de l’AGEUQTR. Le fait de ne pas pouvoir obtenir leurs notes de fin de session risque en effet d’occasionner un retard sur leur entrée sur le marché du travail ainsi qu’un retard dans l’adhésion à leur ordre professionnel, illustre-t-il. 

Interrogé à savoir si l’UQTR aurait dû décaler le lock-out de quelques jours pour permettre aux étudiants d’avoir au moins leurs résultats, M. Borel croit qu’il «n’y a pas de bon moment pour des situations comme ça».

Les étudiants qui ont amorcé leur session d’été sont aussi touchés par le conflit et certains considèrent présentement l’abandon de leurs cours. Le lock-out touche aussi l’École internationale de français puisque quelques professeurs y enseignent.

D’autre part, la direction de l’UQTR a avisé les chargés de cours qu’ils sont tenus de dispenser leurs cours. «Vous n’êtes pas tenus de franchir des lignes de piquetage s’il y a un risque pour votre sécurité», précise le message.

Pour l’instant, il n’y a aucune ligne de piquetage ni manifestation de la part des professeurs sur le campus. Ces derniers se réuniront comme prévu le 6 juin afin de voter sur les moyens de pression suggérés par leur exécutif, soit une vingtaine de journées de grève.

Notons qu’ils tiendront toutefois un rassemblement à 10 h 30, ce jeudi, devant les cubes.

Le vice-président aux relations de travail du SPPUQTR, René Lesage

La ministre David furieuse

La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, était visiblement furieuse de la décision d’imposer un lock-out à l’UQTR.

«Est-ce que j’aime le lock-out? La réponse, c’est non», a-t-elle indiqué mercredi matin lors d’une mêlée de presse à Québec. Selon la ministre, ce n’est toutefois pas une première. Il y a eu quelques lock-out dans l’histoire des universités dans le passé, dit-elle, «mais ce ne sont pas des pratiques habituelles». En fait, quatre journées de lock-out avaient été décrétées à l’UQTR lors de la grève des professeurs en mars 2008, soit durant toute la durée du congé de Pâques.

Mme David s’est entretenue avec la direction de l’UQTR et dit espérer un règlement rapide. «J’ai dit que j’avais bon espoir que ça se règle», dit-elle.

La ministre de l'Enseignement supérieur Hélène David

La ministre Vien, de son côté, a mentionné aux médias que le médiateur «a parlé aux deux parties hier (mardi) ou ce matin très tôt (mercredi) et une rencontre est prévue demain (jeudi).»

«Nous avons pris une décision qui est courageuse et jugée totalement responsable autant par les membres du conseil d’administration que par l’équipe de direction», a indiqué au Nouvelliste le recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Daniel McMahon.


Le recteur de l'UQTR, Daniel McMahon

Le recteur a rappelé que l’UQTR fait face à un important déficit budgétaire et que toute la communauté universitaire a été impliquée pour tenter d’en venir à bout. «Un plan de redressement a été adopté par le conseil d’administration et avalisé par le ministère de l’Éducation», rappelle-t-il. «On doit le respecter», plaide-t-il.

Le Syndicat, de son côté, estime que les professeurs n’ont pas à payer pour les erreurs de gestion administrative passées.

Le recteur rappelle que le nombre de professeurs a été augmenté d’une centaine au cours des deux dernières années. «Ça n’a pas été nécessairement une mauvaise décision d’embaucher des professeurs», dit-il. C’est toutefois la cadence avec laquelle ces embauches devraient se continuer qui pose problème selon lui. Selon le Syndicat, l’UQTR devrait embaucher une trentaine de nouveaux professeurs réguliers qui entreraient en fonction le 1er juin, ce qui porterait à 466 le nombre de professeurs à l’UQTR.

«La question est de savoir si l’on peut régulariser la cadence d’embauche pour faire en sorte de nous permettre de respecter nos engagements en matière de plan de redressement», fait valoir M. McMahon.

Le vice-président aux relations de travail du SPPUQTR, René Lesage, croit que «dans les conventions collectives, il y a de l’argent, il suffit d’aller le chercher avec les syndicats, mais réduire le nombre de professeurs, ce n’est pas la solution», plaide-t-il, pas plus que d’imposer un cinquième cours aux professeurs, dit-il.

Des appuis arrivent aux professeurs

Dès la première journée de lock-out, mercredi, le Syndicat des professeur(e)s de l’UQTR a commencé à recevoir des appuis. La CSN de même que le Syndicat des professeur(e)s de l’Université du Québec à Montréal ont dénoncé la stratégie de la direction de l’UQTR.

C’est que la décision de la direction de l’UQTR de lock-outer les professeurs a été prise le 1er mai, Journée internationale des travailleurs et des travailleuses.

Le président de la CSN, Jacques Létourneau, croit que «c’est ajouter l’insulte à l’injure. Les professeur(e)s de l’Université pourront compter sur notre solidarité», dit-il.

«En recourant à cette tactique, arme préférée des patrons cherchant à arracher par la force des détériorations dans les conditions de travail, l’administration de l’UQTR montre qu’elle ne vise aucunement à poursuivre les négociations comme elle prétend», estime de son côté le comité exécutif du SPUQ qui en profite, lui aussi, pour formuler son appui aux professeurs de l’UQTR.