De gauche à droite: François Landry, conseiller aux affaires universitaires au SPPUQTR, Diane Gagné, vice-présidente aux relations de travail et Ismaïl Biskri, président.

UQTR: profs et direction devant l'arbitre

Trois-Rivières — Des pages et des pages de plaintes de la part des professeurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières au sujet des conséquences du lock-out qui leur a été imposé en mai 2018 par la direction. C’est ce que le Syndicat des professeur(e)s est en train de recueillir en vue des audiences qui se tiendront à compter du 29 mars devant l'arbitre de grief.

Elles feront suite à un grief déposé par le SPPUQTR sur les conséquences du lock-out, permettront aux professeurs de mettre en lumière «les pertes de subventions, les pertes de collaboration, l’impossibilité de faire des demandes de subventions dans les délais, les désinscriptions», souligne Diane Gagné, vice-présidente aux relations de travail.

Le président du Syndicat, Ismaïl Birski, indique que les professeurs ont été outrés par les propos tenus par le recteur, Daniel McMahon, dans les pages du Nouvelliste alors qu’il accordait une entrevue à l’équipe éditoriale, le 14 mars, au cours de laquelle il a dit estimer que 85 %, voire 90 % des professeurs ont décidé de passer à autre chose. M. Biskri aimerait bien voir sur quel sondage le recteur se base pour affirmer pareille chose qui, selon lui, est très loin de la réalité.

Le président fait valoir que même si 40 professeurs n’étaient pas d’accord, «c’est énorme. On ne peut pas juste dire qu’on ignore ça», plaide-t-il.

Le Syndicat est encore plus indigné de la déclaration du recteur affirmant que, placé dans les mêmes circonstances, il décréterait encore un lock-out des professeurs.

«Nous sommes outrés», dit-il. «Jamais on n’aurait pu penser qu’un recteur d’université aurait tenu ce genre de propos presque un an après l’infâme lock-out de l’année passée», dit-il. «C’est, en soi, de l’intimidation», estime-t-il, tout en étant, croit-il, «annonciateur de prochaines négociations de mauvaise foi».

Le professeur Gilles Bronchti, seul candidat à la présidence du SPPUQTR aux élections de la semaine prochaine, se dit d’accord que ce genre de déclaration de la part du recteur «est absurde et n’est pas acceptable». Le professeur Bronchti ajoute que lui et son équipe se sont présentés afin de faire en sorte qu’un lock-out «n’arrive plus jamais» à l’UQTR.

Diane Gagné, qui est professeure spécialisée en relations de travail, estime que le geste posé par la direction de l’UQTR d’avoir imposé un lock-out de deux semaines se résume à «une prise d’otage des professeurs». Cette «prise d’otages» aurait été faite, indique le Syndicat, en échange de 12 millions $ sur 4 ans accordés par le gouvernement à l’UQTR à la suite de la fameuse rencontre à Québec avec la ministre de l’Enseignement supérieur et qui avait donné lieu à la levée du lock-out.

Au cours de l’entrevue éditoriale avec Le Nouvelliste, le recteur avait d’ailleurs mentionné que parmi les objectifs qu’il visait, pour régler la convention collective des professeurs, «il fallait qu’il y ait des sous pour être capable de développer de nouvelles choses pour l’Université. Rien n’a été annoncé, mais l’argent est entré», a-t-il mentionné sans indiquer le montant.

Le Syndicat est également offusqué des propos de M. McMahon selon lesquels il s’est battu pour la recherche notamment en se faisant porteur de ballon pour valoriser en quoi les chercheurs de l’UQTR se distinguent. «Il s’approprie les subventions», déplore Diane Gagné. Or, dit-elle, ce sont plutôt «les professeurs qui avaient fait la demande, à l’automne, pour les subventions qu’on a eues cette année», rectifie-t-elle en précisant que les dossiers de subventions sont jugés sur les dossiers du professeur, c’est-à-dire ses publications, son implication, l’utilité sociale du projet et le nombre d’étudiants qu’il va intégrer à sa recherche. «Alors le recteur, qu’il me démontre ce qu’il a fait pour moi là-dedans», plaide-t-elle. «Il s’approprie les subventions alors qu’il n’a rien à voir là-dedans», fulmine-t-elle. «C’est probablement là que le bât blesse avec les professeurs. Ça me démontre qu’il ne comprend pas tout cet aspect-là qui est relié au doctorat et au postdoctorat. Ce n’est pas le fait qu’il n’ait pas de doctorat qui est dérangeant, c’est le fait qu’il ne comprenne pas la recherche», résume-t-elle.

Dans l’entrevue éditoriale, le recteur a indiqué que la loi l’avait empêché de s’exprimer sur le conflit avec les professeurs. Diane Gagné rappelle qu’une plainte d’ingérence avait pourtant été déposée au TAT par le Syndicat, qui a eu gain de cause, lorsque l’offre de la partie patronale a été transmise directement aux professeurs sans passer par les instances prévues par la loi.

Le président du SPPUQTR ne comprend pas «pourquoi le recteur a tenu ce genre de propos. Normalement, on devrait éteindre le feu. On ne devrait pas l’alimenter», plaide-t-il. «Quand on est un leader, ce n’est pas après moi le déluge», fait-il valoir en ajoutant que les propos du recteur «dénotent un mépris complet», estime-t-il. «Ça démontre une méconnaissance profonde du système des relations de travail», renchérit Diane Gagné. «Quand il prend ses profs en otage, mais qu’il dit que ses profs, c’est bien important, il y a quelque chose de dichotomique. Il y a quelque chose que personne ne comprend», conclut-elle. «Est-ce une manière de gérer? La prochaine fois, ce sera qui? Les chargés de cours? Les professionnels?»