Le recteur de l’UQTR, Daniel McMahon, lors d’une entrevue éditoriale qu’il accordait cette semaine au Nouvelliste.

UQTR: le recteur persiste et signe

TROIS-RIVIÈRES — Si la direction de l’UQTR devait être placée dans les mêmes circonstances qu’en mai 2018, elle décréterait encore un lock-out de ses professeurs. Le recteur, Daniel McMahon, en entrevue éditoriale au Nouvelliste, persiste et signe. «En pareilles circonstances, on ferait la même chose», affirme-t-il.

Selon lui, «les retombées (de ce lock-out) sont majoritairement positives: 460 profs au lieu de 445», brandit-il. «Le nerf de la guerre, à l’université, c’est d’avoir des professeurs qui attirent des étudiants», fait-il valoir, «c’est la qualité de ces professeurs-là. Dans les conditions où l’on était avant le lock-out, le plus qu’on aurait pu avoir c’est 445», plaide-t-il.

Reste-t-il des plaies de cette dizaine de journées très mal vécues par les professeurs? «Oui», reconnaît le recteur, «mais il n’en reste pas beaucoup», estime-t-il.

«Sur un groupe de dix personnes, il y a trois personnes qui, peu importe ce que tu vas faire, vont dire que ce n’est pas bon. Et il y en a trois, peu importe ce que tu vas faire, qui vont être derrière toi. L’objectif, c’est de prendre les quatre qui sont au milieu et qui, elles, essaient de voir où elles vont aller», fait-il valoir en se disant certain qu’entre 80 % et 85 % des professeurs ont décidé de passer à autre chose, «peut-être même 90 %», dit-il.

Daniel McMahon appuie son affirmation en soulignant qu’on «a eu une année record au niveau des subventions de recherche». Des chaires de recherche ont été annoncées et d’autres s’en viennent, illustre-t-il. «Les activités sont relancées. Il y a peut-être deux profs qui me font encore la grimace. Il y en a qui étaient profondément blessés, qui sont venus jaser avec moi et qui m’ont dit, en sortant du bureau: ‘‘M. McMahon, je comprends ce que vous avez fait. Je ne l’accepte peut-être pas, mais je le comprends’’»

«Je me suis battu pour la recherche depuis que je suis arrivé», souligne-t-il en indiquant qu’il s’est fait porteur de ballon pour valoriser en quoi les chercheurs de l’UQTR se distinguent.

Daniel McMahon confie qu’à bien des reprises, il aurait voulu commenter la situation dans les médias, durant le lock-out, pour que la population ait les deux côtés de la médaille, «mais la façon dont le Code du travail est fait, ça ne nous permet pas de mettre les affaires sur la table. Le Syndicat peut vous parler (aux médias) n’importe quand. Moi, je n’ai pas le droit», souligne-t-il.

Le recteur croit que malgré tout, «beaucoup de ponts ont été rétablis», depuis, avec les professeurs. Si le lock-out a créé une aussi grande onde de choc parmi les professeurs, c’est «qu’ils ne l’ont pas vu venir», analyse-t-il. Aucun signe avant-coureur n’avait en effet été donné.

Le recteur est visiblement très à l’aise avec les décisions qu’il a prises avec son conseil d’administration depuis son arrivée en poste. Pour lui, ce mandat à l’UQTR — un poste qu’il occupe sans doctorat dans ses poches, souligne-t-il, car le fait lui a souvent été brandi sur la place publique — se terminera «dans exactement 23 mois». En effet, Daniel McMahon ne demandera pas de second mandat au rectorat. D’ici son départ, il vise plutôt deux objectifs, soit régler la question du déficit et créer une activité stratégique avec l’ensemble de la région.

Le recteur estime que la région pourrait s’inspirer de ce qui a été fait à Drummondville sur le plan de la concertation de la communauté, car «il y a une chimie très forte entre le milieu des affaires, la Ville, les institutions. Je travaille très fort à faire ça avec Trois-Rivières et Shawinigan», dit-il, afin d’inciter la région à travailler en complémentarité et non en compétition.

Ce travail est en cours avec IDE Trois-Rivières, le DigiHub et le Parc industriel de Bécancour. «J’ai rencontré tous les maires, toutes les chambres de commerce», dit-il. Il faut rapprocher également, les élus, le Cégep, les commissions scolaires, le CIUSSS, les grandes et petites entreprises «pour se faire un projet commun à nous», souhaite-t-il. La région, estime le recteur, «pourrait faire des projets importants». Toutefois, «il faut un fil conducteur». Par exemple, alors que la région manque de main-d’œuvre, «on compte 2600 étudiants internationaux qui parlent français» ici même, illustre-t-il.

Sur le plan strictement budgétaire, les affaires vont rondement pour le recteur de l’UQTR, car le déficit devrait se résorber plus vite que prévu, explique-t-il. «Quand je suis arrivé, on avait signé un plan de redressement de cinq ans. L’été passé, on a demandé à le rallonger d’une année. On pense, en date d’aujourd’hui, qu’on va le faire sur la période de cinq ans initiale», annonce-t-il, «s’il y a un bon recrutement pour septembre prochain», précise-t-il.