De gauche à droite, l’exécutif du Syndicat des professeur(e)s de l’UQTR: Andrea Bertolo, responsable des affaires syndicales, Marc-André Bernier, secrétaire, Gilles Bronchti, président, et Georges Abdul-Nour, responsable des affaires universitaires.
De gauche à droite, l’exécutif du Syndicat des professeur(e)s de l’UQTR: Andrea Bertolo, responsable des affaires syndicales, Marc-André Bernier, secrétaire, Gilles Bronchti, président, et Georges Abdul-Nour, responsable des affaires universitaires.

UQTR: «Le ménage n’est pas fait»

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — «Je veux laisser la maison en ordre», disait le recteur de l’UQTR dans le cadre d’une entrevue accordée récemment au Nouvelliste alors que s’amorce la dernière année de son mandat. «On n’habite pas la même maison», a tenu à répliquer le Syndicat des professeur(e)s de l’UQTR.

Le Syndicat ne critique pas la gestion financière du recteur Daniel McMahon comme telle. Il estime toutefois que le ménage n’a pas été fait. «Les départements ont été balayés sous le tapis. Il n’y a toujours pas de reconnaissance des professeurs», déplore le président du Syndicat, Gilles Bronchti.

Le Syndicat estime que la plaie engendrée par le lock-out de mai 2018 est toujours béante et douloureuse. Le responsable des affaires universitaires du Syndicat, Georges Abdul-Nour, estime que si le recteur ne pose pas un geste de réparation avant son départ, «le lock-out va demeurer une tache sur sa carrière».

Le Syndicat veut des excuses de la part du recteur de même qu’une reconnaissance monétaire pour les deux semaines de cotisations perdues au régime de retraite. «Trois mots suffiraient: Je m’excuse», s’entend l’exécutif syndical.

Le Syndicat se prépare d’ailleurs activement à la venue d’un prochain recteur ou d’une prochaine rectrice. Le processus, rappelons-le, sera amorcé dès ce printemps tandis que la nomination de la prochaine personne à prendre les rênes de l’UQTR est prévue pour l’automne de cette année. Son entrée en fonction devrait se faire avant les Fêtes.


« On ne veut pas de gens qui pensent que les quatre raisons d’être professeur, ce sont les mois de mai, juin, juillet et août. On veut des gens qui pensent que les quatre raisons pour être professeur, c’est l’enseignement, la recherche, la direction pédagogique et le service à la collectivité »
Georges Abdoul-Nour

Le conseil syndical a réfléchi sur le genre de recteur qu’il aimerait voir arriver à la tête de l’institution et même sur le genre de membres qu’il voudrait voir siéger au conseil d’administration, indique Georges Abdoul-Nour. «On veut un recteur qui a au moins un doctorat, qui sait c’est quoi la recherche, qui sait c’est quoi le travail d’un professeur», résume-t-il. Le recteur McMahon, rappelle le Syndicat, détient une maîtrise et, selon lui, ne comprend pas le travail des professeurs. «Les représentants socio-économiques, avec tout le respect que j’ai pour ces gens-là, ont beaucoup d’expérience dans le domaine manufacturier et autre, mais pas d’expérience universitaire. On ne veut pas de gens qui pensent que les quatre raisons d’être professeur, ce sont les mois de mai, juin, juillet et août. On veut des gens qui pensent que les quatre raisons pour être professeur, c’est l’enseignement, la recherche, la direction pédagogique et le service à la collectivité», dit-il.

Il faut donc s’attendre à ce que la SPPUQTR fasse des représentations auprès du réseau de l’Université du Québec afin de faire valoir ses attentes. «Le lock-out n’a pas été oublié», assure Gilles Bronchti en indiquant que les professeurs ressentent, encore aujourd’hui, «du mépris» de la part de la haute direction.

«La mentalité du lock-out est toujours là», ajoute de son côté le secrétaire du Syndicat, le professeur Marc-André Bernier.

En fait, les professeurs estiment qu’il ne faut pas croire qu’il y a des projets de l’administration auxquels collaborent les professeurs. Il faut au contraire que l’administration participe aux projets des professeurs. Le Syndicat s’offusque que le recteur, dans l’entrevue accordée au Nouvelliste il y a quelques jours, ait affirmé que la maison est en ordre notamment parce qu’il n’y a jamais eu autant de projets. Or, «tous les projets à l’université procèdent soit de l’enseignement, soit de la recherche», souligne le professeur Bernier. «L’administration, le recteur en tête, n’a pas particulièrement de projets. Il y a un non-sens à ce qu’une poignée d’administrateurs se présentent comme à l’origine des projets d’enseignement et de recherche», plaide le professeur Bernier.

Or, «la mentalité de chef d’entreprise» dont fait preuve l’administration de l’UQTR, «mène, en cas de conflit, à une rupture du dialogue», estime le Syndicat, car le contexte est radicalement différent de celui d’une entreprise, dit-il.

Le recteur «habite une maison qui repose sur des colonnes de chiffres», dit le professeur Bronchti. Les professeurs, eux, habitent une maison qui repose «sur les piliers du savoir».

Selon lui, une séparation s’est créée entre les départements, donc les professeurs et les professionnels et «le service de l’administration qui a pris un pouvoir énorme, disproportionné», estime le président, et qui s’attribue même les succès de l’UQTR, son nombre d’étudiants en croissance et même le financement de la recherche. «Il n’y a pas de reconnaissance de ce que sont les professeurs», déplore M. Bronchti. «C’est la mouche du coche», résume-t-il en utilisant la fable de La Fontaine pour résumer son propos.

Dans un autre ordre d’idée, malgré les concessions des professeurs lors de la dernière convention collective, ces derniers ne sont pas contre la possibilité d’un contrat pour les Patriotes de l’UQTR au nouveau colisée, tout dépendant des montants qu’il faudra injecter. Pour l’instant, toutefois, la hauteur de cet investissement potentiel n’est pas encore connue. «On ne sait rien», indique le président du Syndicat. Le recteur, Daniel McMahon, explique que les démarches effectuées au cours des derniers jours ne relèvent pas encore du conseil d’administration. C’est lorsque le montant du contrat sera connu qu’il devra peut-être être soumis aux instances, selon son importance. Si c’est plus de 1 million $, il devra être soumis au conseil d’administration, mais à moins de 100 000 $, il pourra être directement octroyé par la direction du service sportif, dit-il.