L’auteure et comédienne Ingrid Falaise a présenté une conférence, jeudi, au Forum provincial: agressions sexuelles - violence conjugale, à Shawinigan.

Unir les forces pour soutenir les victimes

Shawinigan — Une femme est tuée tous les deux jours et demi au Canada, et plus de la moitié des victimes sont assassinées par un partenaire intime, actuel ou ancien. En 2017, 28 551 agressions sexuelles ont été signalées à la police au pays. Au-delà de ces statistiques implacables et des tragédies qui font les manchettes, une véritable armée lutte pour prévenir ces drames et pour soutenir les victimes.

Il a été possible d’avoir un aperçu des troupes, jeudi, à Espace Shawinigan, dans le cadre du Forum provincial: agressions sexuelles et violence conjugale, une initiative du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec.

Près de 400 participants de tout le Québec y prenaient part, provenant notamment du réseau de la santé et des services sociaux, des organismes communautaires, des corps policiers, de l’enseignement et de la justice.

Près de 400 personnes ont participé au Forum provincial: agressions sexuelles - violence conjugale.

«L’idée, c’est de réunir des intervenants de tous les réseaux, de tous les milieux, et qui, ensemble, vont peaufiner leur pratique, mais aussi renforcer leur réseautage, leur désir de travailler ensemble. C’est clairement démontré quand on parle d’agression sexuelle et de violence conjugale que la clé du succès, c’est d’unir nos forces. C’est la seule et unique façon de faire en sorte que les victimes se sentent soutenues, qu’elles sachent qu’il y a un réseau qui est là pour elles. (...) En se tenant ensemble, on démontre qu’il y a une force qui est là pour les soutenir. En se parlant, en travaillant ensemble par le biais de journées comme celle-là, on peut agir directement sur la diminution des incidents de violence», soutient Sophie Bergeron, directrice générale du CAVAC du Centre-du-Québec.

Selon des données du ministère de la Sécurité publique qui datent toutefois de 2015, près de 1200 infractions contre la personne dans un contexte conjugal ont été commises en Mauricie-Centre-du-Québec. Pour ce qui est des infractions d’ordre sexuel, elles s’élevaient à 379 en 2015. Toutefois depuis le mouvement #MoiAussi, le nombre de dénonciations a augmenté. Mme Bergeron a été à même de le constater dans son travail au CAVAC. «Il est évident qu’il y a eu un impact. Chez nous, l’impact majeur, c’est qu’on a maintenant des personnes victimes qui osent nous téléphoner. Elles se disent: ‘‘Maintenant, ce que je comprends par ce mouvement de masse, c’est qu’on va me croire’’. Il y a comme un espoir. C’est un message très positif qui a été envoyé aux victimes d’agressions sexuelles. L’idée qu’effectivement elles seront reçues, qu’elles seront crues, et surtout, qu’elles seront soutenues.» Une quinzaine de conférences ont été présentées, jeudi. Parmi celles-ci, la conférence d’Ingrid Falaise. La comédienne et l’auteure du Monstre duquel a été tirée une série télévisée souhaitait expliquer à ceux qui travaillent sur le terrain les rouages d’une relation amoureuse qui devient peu à peu toxique.

«Je tenais à démontrer comment ça se passe à l’intérieur d’une relation toxique. Être intervenant, c’est une chose. Moi, je ne suis pas psychologue, je ne suis pas thérapeute, mais je l’ai vécue. Avec mon témoignage, je peux sans censure expliquer comment ça se passe, je peux expliquer que chaque histoire de violence conjugale commence par une histoire d’amour. Je peux décortiquer tout le cycle à travers mon histoire avec des exemples concrets véridiques.»

Comme les participants au Forum, elle croit qu’unir les forces ne peut qu’être bénéfique. «Toute seule, je peux combattre un monstre, mais ensemble, on peut combattre une armée. Je trouve que ça fait une différence quand on se réunit. On peut soulever des montagnes.»

Avec La Presse canadienne