Gaétane Poitras avait 69 ans lorsque la pyrrhotite s’est manifestée dans sa nouvelle maison il y a 10 ans.
Gaétane Poitras avait 69 ans lorsque la pyrrhotite s’est manifestée dans sa nouvelle maison il y a 10 ans.

Une vie brisée par la pyrrhotite

TROIS-RIVIÈRES — Gaétane Poitras avait 69 ans lorsqu’elle a découvert des fissures dans les fondations de sa toute nouvelle maison.

Elle et son mari avaient quitté leur ancienne demeure, devenue trop grande, pour en acheter une plus petite et plus facile à entretenir. Mme Poitras se remettait en effet d’un cancer. «Je pensais m’y installer pour être tranquille et remonter un peu la pente», confie-t-elle.

On peut se douter que son répit n’aura pas été de très longue durée. Mme Poitras constate un jour que les murs commencent à s’ouvrir. Au sous-sol, elle peut facilement insérer la clef de sa voiture dans les craques du béton qui se multiplient de semaine en semaine. Les fondations se désagrégeaient peu à peu sous ses yeux.

C’est le choc total. «Mon mari est devenu invalide à la suite de ça», raconte-t-elle. C’était pourtant un solide travailleur de la construction.

«On était tous les deux des musiciens. C’est pourquoi on avait mis beaucoup d’argent pour finir le sous-sol et s’y amuser.» L’investissement deviendra vite de l’argent jeté à l’eau.

Le couple a produit trois albums de musique traditionnelle. C’était leur loisir principal.

Loin de se douter que les problèmes directs et surtout indirects engendrés par la pyrrhotite allaient les hanter pendant plus de 10 ans, ces propriétaires victimes de la pyrrhotite ont entrepris de vider leur sous-sol, en espérant que les choses allaient vite s’arranger pour eux. «On a mis les meubles en consignation et on a littéralement sorti le sous-sol par la fenêtre», raconte Mme Poitras qui a récemment soufflé 80 chandelles, car une longue et pénible décennie est passée depuis le début de cette crise.

Comme des milliers d’autres victimes de cette pierre maudite, Mme Poitras attend toujours un dédommagement financier de la part des défendeurs. En attendant, elle et son mari ont essayé de se débrouiller de leur mieux pour se reloger, mais sans grand succès.

Une fois leur maison réparée, ils ont d’abord entrepris la finition de leur sous-sol en espérant reprendre le cours de leur vie normale. L’opération, trop coûteuse dans les circonstances, les oblige à placer une pancarte devant leur propriété. «On a vendu notre maison à perte», raconte-t-elle. Puis, ils ont acheté une nouvelle maison, moins chère, à Saint-Boniface.

Eux qui étaient destinés à une retraite confortable, au départ, commencent à manquer de plus en plus de ressources financières. Il a donc fallu vendre aussi cette maison et à perte également.

Depuis, «mon mari et moi sommes séparés», signale l’octogénaire qui attend toujours l’argent du procès contre SNC-Lavalin et les autres défendeurs. Surtout, elle se demande si elle pourra en profiter un jour, de ce fameux montant.

Au cours de cette saga, le couple avait enregistré un troisième et dernier album dans lequel il avait rendu hommage à l’ancien président de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite, Yvon Boivin. Une autre chanson de leur cru, La Maudite pyrrhotite, aura été une façon bien à eux de se défouler face à ce drame.

Cette pierre «a détruit ma vie», indique Mme Poitras qui a déménagé depuis dans un logement et qui s’apprête à déménager une fois de plus dans encore plus petit pour survivre. «J’espérais avoir un HLM», confie-t-elle pour démontrer où en est maintenant sa situation.

Lorsqu’elle se compare, Gaétane Poitras préfère toutefois ne pas s’apitoyer sur son sort «car il y a des gens qui ont perdu la vie à cause de ça», rappelle-t-elle.

Dans son cas, depuis que la crise a commencé, elle s’est retrouvée à deux reprises à l’hôpital pour des opérations à cœur ouvert, comme si son drame n’était pas déjà de trop.

Selon elle, même lorsqu’elle recevra le montant des dommages que la pyrrhotite a causés sur sa propriété et ses finances, ça n’arrangera pas sa relation avec son ex-mari. Le drame et les ennuis d’argent «ont éteint plein de choses», laisse-t-elle entendre. «Ça ne reviendra pas même si on est resté en bons termes.»

Inutile de dire que si les défendeurs, dans la cause de la pyrrhotite, arrivaient à obtenir la permission d’aller jusqu’en Cour Suprême, il est clair que Mme Poitras et son ex-mari ne pourront jamais profiter du montant de dédommagement qui leur est dû. Et même si l’argent lui revenait prochainement, dit-elle, «à 80 ans, le plus beau est passé», fait-elle valoir.