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Cynthia Gagné se réjouit de savoir que les femmes qui ont dû aller aux États-Unis pour se faire retirer leur bande sous-urétrale seront remboursées par la RAMQ.
Cynthia Gagné se réjouit de savoir que les femmes qui ont dû aller aux États-Unis pour se faire retirer leur bande sous-urétrale seront remboursées par la RAMQ.

Une victoire d'une vie pour Cynthia Gagné, mais la bataille est loin d'être terminée

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
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Trois-Rivières — C’est une immense victoire qu’a remportée Cynthia Gagné, jeudi. Le ministère de la Santé et des Services sociaux a annoncé que les Québécoises qui, comme elle, ont dû débourser plus de 20 000 $ pour se faire retirer une bandelette urinaire par un chirurgien américain seront remboursées, en totalité ou presque. Elle demeure toutefois inquiète pour celles qui n’ont pas eu l’occasion de subir cette chirurgie aux États-Unis avant le 31 décembre 2020, puisque passé cette date, les frais ne seront plus remboursés.

Concrètement, les femmes qui ont subi une chirurgie de retrait radical de leur bandelette à l’extérieur du Québec entre le 1er octobre 2018 et le 31 décembre 2020 pourront recevoir une aide financière de 22 500 $. Pour en bénéficier, elles devront avoir dû en assumer les coûts.

«Je suis très heureuse, c’est une belle victoire, presque inespérée. C’est un beau cadeau de Noël», se réjouit Mme Gagné, qui avait dû se rendre au Missouri pour pouvoir se faire enlever sa bandelette.

Déception malgré la victoire

La résidente de Saint-Boniface déplore cependant que les femmes qui n’auront pas pu subir leur chirurgie aux États-Unis avant la fin de l’année 2020 ne puissent pas bénéficier de ce programme. Le ministère indique en effet que dès janvier 2021, les femmes qui ont des problèmes occasionnés par leur bandelette pourront se tourner vers des «centres d’expertise» au sein du réseau de la santé québécois, qui «seront en mesure d’effectuer une prise en charge complète des femmes présentant des complications à la suite de la mise en place d’une bandelette sous-urétrale.

Or, selon Mme Gagné, il est impossible à l’heure actuelle de subir au Québec une opération à la hauteur de celle qu’offre le Dr Dionysios Veronikis, qui l’avait opérée. Elle doute que les médecins québécois puissent développer une telle expertise rapidement.

«Je ne remets pas en cause l’expertise de nos urologues, mais je ne pense pas qu’ils pourront retirer la bandelette et obtenir le même résultat. Je suis inquiète, car ces centres d’expertise doivent avoir des gens qui ont de l’expérience. J’ai demandé quelle formation ils auraient et on m’a dit qu’ils ont suivi un séminaire web de trois heures. Ce n’est pas suffisant», estime-t-elle.

«Le Dr Veronikis m’a dit qu’il a dû faire plus de 600 chirurgies avant d’avoir de bons résultats. Ça lui a pris des années de pratique, à faire deux à trois chirurgies par jour. Donc je suis assez pessimiste à savoir si un jour on aura des médecins qui seront capables d’avoir le même résultat que lui», ajoute Mme Gagné.

Accueil favorable du Collège des médecins

Pour sa part, le Collège des médecins du Québec a salué jeudi la création de ces centres d’expertise. Il s’est également réjoui d’apprendre la mise sur pied d’un registre provincial des bandelettes sous-urétrales installées.

«La création des centres d’expertise dans la province est une bonne nouvelle pour les Québécoises. Je suis heureux que les femmes ayant choisi de subir une opération à l’extérieur de la province obtiennent une compensation financière et que celles qui devront se faire retirer leur bandelette dans le futur aient désormais accès, dès janvier, à des centres d’expertise au Québec. La préoccupation première du Collège est de s’assurer que les femmes qui sont aux prises avec des complications reçoivent des soins de qualité, ici même au Québec. Enfin, je remercie vivement toutes les patientes qui ont participé à notre enquête. Leurs précieux témoignages ont permis cette avancée», mentionne par communiqué le Dr Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins du Québec.

Le Collège rappelle par ailleurs que les mesures mises en place par Québec faisaient partie des demandes qu’il a formulées après avoir mené une enquête auprès de plus de 400 femmes qui se sont fait installer une bandelette sous-urétrale.

Le combat est fini, mais le soutien se poursuit

Préférant voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, la Bonifacienne se dit malgré tout heureuse pour les 135 femmes qui pourront être remboursées. Elle considère par ailleurs que son combat politique est terminé, après deux ans de travail acharné. Elle assure toutefois qu’elle demeurera impliquée au sein du groupe Facebook qu’elle a créé pour recueillir les témoignages d’autres femmes vivant avec les effets secondaires de ces bandelettes et pour accompagner celles qui voulaient subir la même chirurgie qu’elle, au Missouri.

«Je veux continuer à documenter la situation, à colliger les données et à soutenir les femmes qui veulent aller aux États-Unis, qui préfèrent investir sur leur corps pour avoir une meilleure qualité de vie», souligne-t-elle.