L'usine de l'A.B.I.

Une semaine critique à l'A.B.I.

Bécancour — «Nous avons tous fait des concessions au cours des derniers mois et nous sommes maintenant à la fin d’un long processus. La semaine prochaine est une date critique. Nous attendons tous la décision qui sera prise. Mais de notre côté, c’est une offre très raisonnable sur la table».

Voilà comment le directeur exécutif, opérations-Atlantique, Aluminium, chez Rio Tinto, Gervais Jacques, voit les choses alors que les syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour se prononceront sur l’offre finale et globale de l’employeur les 9 et 10 janvier prochains et ce, sans aucune recommandation de la part de leur comité de négociation, a appris Le Nouvelliste.

Selon M. Jacques, les travailleurs ont eu le temps de réfléchir à la proposition patronale. «Ils auront l’opportunité de voter la semaine prochaine et nous souhaitons tous que le bon sens prévaudra, que cette offre sera acceptée, qu’on pourra aller de l’avant et commencer à penser au futur», a-t-il déclaré.

Pour sa part, le vice-président opérations des Amériques, Division Aluminium d’Alcoa, Agnello Borim, a parlé aussi de la «meilleure offre finale» qui fut présentée. «Nous avons été de bonne foi durant les négociations. Nous avons mis tout ce que nous pouvions sur la table. Nous ne pourrons pas aller plus loin», a-t-il affirmé. 

Et si jamais les syndiqués devaient rejeter l’offre, celui-ci rappelle que les propriétaires de l’A.B.I., soit Alcoa (75 %) et Rio Tinto (25 %), sont «préparés pour tout scénario possible». «Nous nous attendons à ce que ce sera oui», ajoute M. Borim. Et le duo est catégorique: «il n’y a pas de fonds de pension à deux vitesses dans l’offre finale».

Par ailleurs, M. Jacques fait remarquer que «le monde a changé» depuis la construction de l’A.B.I., la production globale étant passée de 20 à 55 millions de tonnes d’aluminium. «On a besoin de continuer à changer et s’adapter à cette nouvelle situation et on a besoin de s’assurer que l’A.B.I. va rester compétitive dans le court, moyen et long terme. Cette offre va permettre de continuer à travailler ensemble pour rendre cette place plus fructueuse», poursuit-il.

Or, aucun engagement d’investissements n’est lié à l’acceptation de l’offre. «Il n’y a rien de spécial dans l’entente en terme d’investissements. Au fil des ans, on continue à investir à l’A.B.I. pour la garder compétitive et c’est ce qu’on veut continuer à faire. C’est ce qu’on attend la semaine prochaine, soit commencer à travailler ensemble sur le futur pour s’assurer que l’A.B.I. reste compétitive dans un marché très compétitif», insiste M. Jacques.

Ce qui ne l’empêche pas de dire «qu’on n’a pas de boule de cristal pour le futur». «En tant que dirigeants et propriétaires, ce qu’on veut faire, c’est de s’assurer d’avoir les conditions les plus favorables pour garder l’A.B.I. compétitive», martèle-t-il.

Selon les deux hommes, la direction a fourni tous les efforts pour arriver à une entente satisfaisante tant pour l’entreprise que pour les 1030 employés syndiqués. 

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, croit qu’un seul objectif doit être partagé par les deux parties: «garder l’usine ouverte pour les 25 prochaines années».

«Car l’objectif, ce n’est pas d’avoir des gagnants et des perdants, mais d’avoir juste des gagnants des deux côtés. Je ne connais pas les tenants et aboutissants et les éléments techniques fondamentaux qu’il y a là-dedans, mais qu’on ne pense qu’à une chose: garder cette entreprise là vivante, prospère, productive pour les 25 prochaines années. C’est tout ce que je souhaite», réitère le premier magistrat.

Avec en poche un mandat de grève, le Syndicat des Métallos avait déploré la décision de l’employeur d’interrompre les négociations avec une offre unilatérale plutôt que de poursuivre les efforts communs pour arriver à une entente négociée.

Le 22 novembre dernier, les syndiqués rejetaient une proposition patronale tout en disant oui à un mandat de grève à exercer au moment jugé opportun. Deux jours avant, l’employeur avait obtenu une injonction interdisant tout ralentissement des opérations. Cette ordonnance provisoire est d’ailleurs toujours en vigueur jusqu’au 15 janvier 2018. Et depuis la fin du contrat de travail, les parties avaient convenu de faire appel aux services d’un conciliateur, Jean Nolin. 

La situation qui prévaut actuellement à l’Aluminerie de Bécancour n’est pas sans rappeler celle qui a marqué le renouvellement de la convention collective il y a cinq ans, au terme de cinq mois de pourparlers.

À quelques jours de l’expiration du contrat de travail, des menaces de grève et de lock-out planaient déjà sur l’usine du parc industriel. Et à l’aube d’un arrêt de travail potentiel, les syndiqués avaient aussi été sommés de cesser immédiatement tout ralentissement de la production et de reprendre l’exercice normal de leur boulot.

Par contre, les 31 séances de conciliation avaient permis la conclusion d’une entente en février 2013. En vigueur jusqu’au 22 novembre 2017, la convention collective prévoyait des hausses salariales totales de 13,55 %.