Guy Marchand a troqué la casserole pour la perceuse.
Guy Marchand a troqué la casserole pour la perceuse.

Une saison chamboulée pour les traiteurs

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — La période des Fêtes est synonyme de grosses journées pour les traiteurs occupés à préparer des buffets pour des centaines de personnes. Ça, c’était avant 2020.

Guy Marchand devrait travailler entre 110 et 115 heures par semaine pour préparer ses quelque 200 à 300 buffets prévus pour le temps des Fêtes. L’accalmie forcée par la pandémie l’amène à occuper ses journées à rénover sa salle de réception, lui qui est propriétaire de Buffet Champion de Trois-Rivières.

«C’est pourri à l’os. Tout est annulé. On avait pourtant une belle croissance depuis les quatre dernières années.»

Fondée il y a 24 ans, cette entreprise de Trois-Rivières devra se contenter de préparer des buffets pour une dizaine de personnes. M. Marchand s’attend à travailler entre 15 et 20 heures par semaine, lui qui a trouvé un emploi de cuisinier dans une résidence de personnes âgées à raison de trois jours par semaine.

«L’année 2020, c’est 99 % de pertes. On va souhaiter que les gens commandent pour le temps des Fêtes. Mais il faut être réaliste. Si ça ne change pas d’ici le printemps, j’ai un espace énorme à mon terrain qui va virer en casse-croûte avec des tables à pique-nique. Le buffet va continuer l’été prochain.»

Copropriétaire de Buffet Frigon de Louiseville, Danielle Lemay a l’habitude de cuisiner des buffets des Fêtes pour près de 10 000 personnes. En 2020, ce nombre chutera à environ 1500.

«Je m’attends à des buffets froids pour 10 à 12 personnes. On a dû se réinventer. On a remplacé la perte des buffets par des mets cuisinés proposés en menu. On a des menus complets chaque semaine sur notre page Facebook. Avec ce que je vends à mon comptoir, je vends 500 plats cuisinés par semaine. On fait la livraison. Ça marche. Et on un bon 400 plats par semaine pour la popote roulante du Centre d’action bénévole de la MRC de Maskinongé. C’est quelque chose, cette année. On est plus dans l’inconnu, car les gens tardent à réserver pour le menu du temps des Fêtes», raconte Mme Lemay, elle qui voit tout de même un bon côté à la situation : son niveau de stress est nettement moins élevé même si la préparation de plats individuels exige plus de travail que des buffets à grand volume.

Et les restaurateurs?

Les dirigeants d’établissements de restauration avec salle à manger auraient bien aimé avoir un peu de jeu en cette période lucrative des Fêtes. Mais le gouvernement a décidé de maintenir fermées les salles à manger jusqu’au 11 janvier. Ceux-ci essayent de se débrouiller du mieux qu’ils peuvent.

L’Auberge Godefroy est un lieu animé durant la période des Fêtes avec ses nombreuses réceptions et ses banquets. L’hôtel de Bécancour va rouvrir son restaurant le 3 décembre afin de permettre à ses clients de prendre un repas à leur chambre de façon sécuritaire et en respect des règles. Mais Marie-Eve Boisclair se demande bien pourquoi le gouvernement ne permet toujours pas aux hôteliers et propriétaires de salles de réception d’accueillir des groupes de 10 personnes.

«Il y a une réflexion à faire. Les gens peuvent se retrouver 10 personnes dans une maison. Mais 10 personnes dans un salon privé au Godefroy, ce serait logique. On aurait assez de place pour tout le monde, je les mettrais dans une salle de 40 personnes. On respecterait la distanciation sociale. Je ne veux pas travailler contre le gouvernement, je ne veux pas travailler contre les mesures sanitaires. Mais j’ai une meilleure capacité pour accueillir des groupes de 6 à 10 personnes», raconte la vice-présidente et directrice générale du Godefroy, en ajoutant que les gens ont été nombreux à téléphoner à l’hôtel dès l’annonce du gouvernement Legault concernant les rassemblements durant les Fêtes afin de réserver une chambre et de profiter d’un bon moment en famille.

Le Rouge vin, restaurant de l’hôtel Gouverneur de Trois-Rivières, concocte normalement de nombreux repas durant les Fêtes. Pandémie oblige, le restaurant lance un nouveau service, soit des plateaux des Fêtes pour quatre personnes proposés en livraison et en formule à emporter.

«Les plateaux offrent des viandes braisées, des gratins de fruits de mer, le dessert, une bouteille de mousseux. On pense que ça va fonctionner», dit Patrick Buisson, président du Rouge vin et du restaurant Pacini de l’Auberge Gouverneur de Shawinigan.

Le Pacini continue de fournir la nourriture au Gouverneur via le service aux chambres et offre le service pour emporter à la clientèle shawiniganaise. Mais malgré toutes ces initiatives, les pertes seront énormes. Selon M. Buisson, le chiffre d’affaires baissera de 90 %.

«On se plie à ce que le gouvernement dit. Mais la seule chose plate est qu’au Canadian Tire et au Costco, il passe 1000 personnes. Et nous, on respecte toutes les demandes. On écoute ce que le gouvernement dit, mais se réinventer en gastronomie, c’est plus difficile. Un carré d’agneau fait en cuisine et livré à la maison, c’est plus difficile.»