Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

Une Route des brasseurs sans Shawinigan

SHAWINIGAN — L’impossibilité d’effectuer un rapprochement et un vote divisé au comité du Fonds d’appui au rayonnement des régions ont scellé le sort de la Route des brasseurs de la Mauricie au cours des derniers jours. Le Trou du diable sera bel et bien exclu de ce parcours touristique, un résultat que digère très mal le maire de Shawinigan, Michel Angers.

«La Mauricie a souvent de la difficulté à se démarquer comme région administrative», fait-il remarquer. «On a une belle preuve qu’on manque de solidarité entre nous.»

Robert Lalonde, président de la Table des préfets et président du comité régional de sélection des projets du Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR), s’est penché sur le dossier pour tenter de dénouer l’impasse. En août, le maire de Shawinigan suggérait de tout simplement retirer l’aide financière de 53 000 $ prévue au FARR si le Regroupement des microbrasseries de la Mauricie maintenait sa position d’exclure Le Trou du diable de sa Route des brasseurs.

Le vote s’est finalement tenu lors d’une conférence téléphonique. Les MRC de Maskinongé, de Mékinac et des Chenaux préféraient le statu quo, soit le projet initialement approuvé sans la présence du Trou du diable sur le circuit. Shawinigan et La Tuque ne faisaient pas le poids. Il semble que Trois-Rivières n’ait pas participé à ce vote.

M. Angers rappelle que l’un des objectifs du FARR consiste à... favoriser la concertation entre les territoires.

«On aura manqué une très belle occasion de dire à des gens qui souhaitent faire un débat idéologique de refaire leurs devoirs et que dans l’éventualité où il y aurait des exclusions, il n’y aurait pas d’argent», rage le maire de Shawinigan. «S’il avait fallu qu’une microbrasserie de n’importe quel territoire soit exclue d’une démarche semblable, je me serais opposé de façon systématique à la remise d’argent. Je suis profondément déçu que trois préfets représentant de plus petites microbrasseries qui ont été aidées par Le Trou du diable réagissent ainsi. Tout ce qu’on réussit à faire, c’est d’exclure d’une démarche régionale une entreprise qui a ouvert des portes. Je ne comprends absolument pas ce genre de réflexion.»

«C’est toute une jambette», déplore M. Angers. «On prend de l’argent public pour faire la promotion d’une division. C’est un peu paradoxal.»

Autres réactions

M. Lalonde confirme avoir reçu le mandat d’évaluer le dossier à la Table des préfets.

Robert Lalonde, président de la Table des préfets.

«C’est ce que j’ai fait et j’ai remis mes commentaires», explique-t-il. «J’en concluais qu’on devrait aider le projet de la Route des brasseurs tel qu’il nous avait été présenté. Mais ça n’empêche pas qu’au cours des prochaines années, Le Trou du diable puisse être dedans un jour.»

Marie-Claude Thiffeault, cofondatrice du Regroupement des microbrasseries de la Mauricie, prévoit une annonce publique sur le fonctionnement de la Route des brasseurs à court terme. Outre le montant de 53 000 $ du FARR, le projet inclut une aide financière de 27 000 $ de l’Entente sur le partenariat régional en tourisme et une mise de fonds de 20 000 $ des douze microbrasseries partenaires.

«On n’a pas réussi à s’entendre avec Molson Coors sur la forme d’une éventuelle rencontre», explique Mme Thiffeault. «Notre projet met de l’avant les microbrasseries indépendantes de la Mauricie. La filiale de Molson Coors, Le Trou du diable, ne correspond pas à ce critère. Nous décidons donc d’aller de l’avant.»

Visiblement, Isaac Tremblay, cofondateur du Trou du diable, veut mettre cette histoire derrière lui.

«On voit qu’il n’y a pas de consensus», observe-t-il. «Alors on dit c’est beau, on ne sera pas là. Je pense que ce serait mieux qu’on y soit, mais si ça fait de la chicane, on préfère ne pas être là.»

«C’est plate, parce que ça s’appelle la Route des brasseurs de la Mauricie et je suis un brasseur de la Mauricie», ajoute-t-il. «Mais ce n’est pas moi qui pilote ça. Des gens ne veulent pas qu’on soit dedans, alors on ne sera pas dedans.»

Tel qu’exprimé l’été dernier, la direction du Broadway Pub continuera d’être solidaire au Trou du diable dans ce dossier. Même si elle répond aux critères de la Route des brasseurs de la Mauricie, elle refuse, dans les conditions actuelles, de se joindre au circuit.

«On ne veut pas faire partie d’une association qui tire à boulets rouges sur l’autre microbrasserie de Shawinigan», commente Jean-Luc Marchand, coactionnaire et directeur général du Broadway Pub. Selon lui, les relations se sont même améliorées avec Le Trou du diable depuis la fameuse transaction.

«On se parle encore plus!», sourit-il. «Nous sommes en communication constante. Ils nous ont même offert d’analyser nos bières dans leur laboratoire. La coopération est vraiment bonne. Je me vois bien mal faire partie d’une organisation qui veut les sortir partout. Le débat a été complètement dévié. On parlait d’une route touristique et c’est devenu un combat idéologique.»