Olivia a reçu une voiture de patrouille en mousse des mains du policier venu la rencontrer, en juin dernier.
Olivia a reçu une voiture de patrouille en mousse des mains du policier venu la rencontrer, en juin dernier.

Une rencontre avec des policiers pour vaincre sa peur

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — L'image des policiers a été mise à rude épreuve ces derniers mois. La mort de George Floyd, étouffé par un policier lors de son arrestation en mai dernier à Minneapolis, aux États-Unis, a suscité la colère partout sur la planète, menant à de nombreuses manifestations, plusieurs tournant à la confrontation entre manifestants et policiers. Chez Olivia, 10 ans, la succession des reportages sur cet événement a mené au développement d'une vive crainte des forces de l'ordre. Crainte qui a cependant été résorbée lorsqu'un policier de la Sûreté du Québec a accepté, en juin dernier, de la rencontrer pour lui expliquer son travail.

«Elle croyait que tous les policiers étaient racistes. Je lui disais que non, ils ne le sont pas tous, mais ça n'a pas suffi à la rassurer et elle s'est mise à avoir peur des policiers. Un jour, alors qu'on rentrait à la maison, on a vu des gyrophares allumés et elle m'a dit : ''papa, j'ai peur. Il y a la police, ils vont nous taper dessus''», raconte le père d'Olivia, Nicolas Quaderno.

Il faut préciser que ce dernier est français, mais aussi en partie d'origine tunisienne. D'où la crainte encore plus exacerbée d'Olivia que les forces de l'ordre s'en prennent à elle et à son père. Ce dernier a rapidement prévenu la mère d'Olivia, son ex-conjointe, de l'apparition de cette phobie. Elle en a d'ailleurs été témoin elle aussi.

«Alors qu'elle était en auto avec sa mère, elles sont passées devant des policiers et Olivia s'est cachée sur la banquette, répétant à sa mère qu'elle avait peur. Alors sa mère s'est dit qu'on ne pouvait pas laisser ça aller comme ça. S'il lui arrive quelque chose, on ne veut pas qu'elle fuie la police, mais qu'elle aille la voir», explique M. Quaderno.

Visite à domicile

Il faut également préciser qu'Olivia a reçu un diagnostic d'autisme léger. Chez elle, les peurs deviennent facilement des phobies, et celles-ci ont tendance à l'obnubiler.

La mère d'Olivia a donc décidé de contacter la Sûreté du Québec (SQ) pour expliquer la situation et demander au corps policier s'il était possible pour quelqu'un d'écrire à sa fille, pour la rassurer. Or, les responsables du poste de Shawinigan, à qui cette demande a été transférée, ont décidé de faire bien plus: permettre à Olivia de rencontrer un policier, pour que celui-ci lui explique son métier, afin de la rassurer. C'est l'agent Francis Trudel, qui est donc venu la voir, en juin.

«Il est arrivé chez nous, avec la voiture de patrouille, avec deux cadets de police. Olivia avait peur à son arrivée, même si on l'avait préparée, elle se cachait derrière sa mère. Puis, ils se sont mis à échanger, elle lui a posé des questions. Il lui a donné son nom et son numéro, lui a dit qu'elle pouvait l'appeler si elle avait des problèmes. Ensuite, elle a visité la voiture de police et à la toute fin, il lui a donné une petite voiture de police, une sorte de balle antistress. À la fin, elle était super confiante. Ils sont repartis en mettant les gyrophares et Olivia était toute contente. Depuis, elle a compris que ce ne sont pas tous les policiers qui sont racistes, seulement quelques-uns, comme dans tous les corps de métier», raconte le père d'Olivia.

Du côté de la Sûreté du Québec, on indique que s'il est fréquent que les policiers aillent à la rencontre des enfants pour leur permettre de comprendre leur métier, c'est habituellement dans un contexte scolaire.

«On fait régulièrement des rencontres dans les écoles et même dans les garderies. De le faire ''à la pièce'', je n'ai jamais entendu parler de ça, mais ça se peut», indique Hélène Nepton, porte-parole de la SQ.

Ce n'est toutefois pas la première fois que des agents du poste de Shawinigan vont à la rencontre de jeunes, en dehors de l'école. L'agent Maxime Tremblay s'était fait filmer, en 2016, en train de faire des prouesses sur une planche à roulettes dans l'un des parcs à planches de Shawinigan. Le même policier avait par ailleurs indiqué, lors de l'inauguration du parc à planches du parc Antoine-St-Onge, que pour les policiers, aller dans de tels endroits permettait «de rencontrer les jeunes dans leur milieu et de créer des liens plus étroits» et de briser «la barrière qui est créée par l’uniforme».

«Du baume au coeur»

Pour M. Quaderno aussi, l'expérience a été positive.

«Ça m'a fait plaisir. C'est sûr que moi, j'ai vécu en France jusqu'à 22 ans. Étant issu d'une minorité visible, j'ai vécu de la violence policière à Paris. Alors de voir ce que ce policier a fait pour ma fille, ça m'a mis du baume au cœur. J'ai trouvé ça très généreux», souligne-t-il.

Le père confirme par ailleurs que l'attitude des policiers dans ses pays d'origine et d'accueil est bien différente.

«La culture sociale est très différente entre les deux pays. Je viens des cités, dans les banlieues parisiennes, et ça brassait: le taux de délinquance était plus élevé, donc la police ne fait pas de cadeaux quand c'est le cas. Mais ici, les policiers ont toujours été corrects avec moi», souligne-t-il.