De gauche à droite: Mgr Pierre-Olivier Tremblay, évêque auxiliaire de Trois-Rivières et recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, Josée Grandmont, directrice du musée des Ursulines et présidente du Conseil du patrimoine religieux du Québec, et René Beaudoin, historien responsable du comité sur l'avenir des églises de la Mauricie.

Une réflexion sur l'avenir du patrimoine religieux

TROIS-RIVIÈRES — La question de la préservation du patrimoine religieux est critique, selon trois intervenants familiers avec ce milieu, qui ont discuté de la question samedi, à la Maison Rocheleau, lors d'une table ronde. Tous trois s'entendent également pour dire que la société québécoise doit rapidement se poser une importante question: que faire de ce patrimoine et quel sort doit-on lui réserver?

Le nombre de lieux de cultes catholiques diminue. Selon René Beaudoin, historien responsable du comité sur l'avenir des églises de la Mauricie et l'un des intervenants invités à la table ronde, il reste 93 églises catholiques, 16 chapelles de communautés religieuses et 26 lieux de culte non catholiques dans la région. À Trois-Rivières, il reste 20 églises et quelques chapelles. Et ce nombre diminue rapidement, souligne Josée Grandmont, directrice du musée des Ursulines et présidente du Conseil du patrimoine religieux du Québec. 

«Depuis cinq ou six ans, 40 édifices religieux changent de vocation, ferment ou sont démolis chaque année. À titre de comparaison, c'était trois par an dans les années 70», raconte-t-elle. 

Or, les fabriques, qui gèrent les édifices religieux paroissiaux, n'arrivent plus à assumer les frais d'entretien de ces bâtiments. Certains peuvent compter sur un coup de pouce du gouvernement, notamment, par le biais du Conseil du patrimoine religieux du Québec. Mais cette aide n'est pas accessible à tous les bâtiments religieux et, surtout, l'organisme n'a pas les moyens de répondre à tous les besoins. Cette année, il a reçu des demandes totalisant 40 millions $ alors que son budget était de 15 millions $.

Plusieurs voix s'élèvent depuis quelque temps déjà pour demander à Québec d'intervenir. Elles n'ont cependant pas encore réussi à se faire entendre.

«Ça fait quelques années qu'on dit au gouvernement : dépêchez-vous. Mais on nous répond : ''dans 10 ans, vous pourrez nous dire que vous nous aviez avertis. Je suis optimiste, je pense qu'il n'est pas trop tard, mais il faut qu'on s'y mette. Il ne faut pas attendre encore 10 ans», estime Mme Grandmont.

Réflexion et discussion sociétale

Pour Mgr Pierre-Olivier Tremblay, évêque auxiliaire de Trois-Rivières et recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, les Québécois doivent s’interroger sur la valeur qu'ils devraient accorder au patrimoine religieux. Il invite notamment à surmonter l'héritage de la Révolution tranquille et à penser à la religion catholique non pas uniquement pour les abus, qui ont été dénoncés dans les années 70 et ont mené à la séparation de l'Église et de l'État, mais pour son rôle dans la fondation du Québec.

«On se bat pour notre identité et notre langue, mais on laisse des pans entiers de notre culture s'effondrer. Est-ce que qu'on est capable de faire une reprise en main de notre héritage? La religion catholique, c'est un peu comme l'histoire d'une famille: il y a certains éléments dont on est fier et d'autres moins», illustre-t-il.

Parmi les questions que devront se poser les Québécois, il y a celle de l'intervention de l'État: les contribuables sont ils prêts à mettre la main à leur poche, comme ils le faisaient jadis avec la dîme, pour sauver, peut-être pas tous, mais au moins un nombre suffisant d'édifices religieux de la démolition ou de la décrépitude?

«Je pose parfois la question aux gens qui viennent me voir parce qu'ils veulent sauver leur église: que voulez-vous faire avec ce patrimoine-là? Moi, je suis en fin de carrière, c'est vous qui allez payer avec impôts et taxes. Êtes-vous prêts à sauver le patrimoine? C'est une question de société», estime Mme Grandmont.

Mgr Tremblay abonde dans le même sens et croit que l'État doit intervenir davantage. «Il faut faire comprendre que les églises ne servent pas juste aux messes. Il y a des contributions sociales avec des regroupements, comme les Chevaliers de Colomb, des fêtes, des célébrations, des moments culturels et des spectacles. Il faut une prise de conscience collective de ce à quoi servent ces lieux», soutient-il.

Des limites à la reconversion?

Incapables d'assumer les dépenses reliées aux églises, des conseils de fabrique ont décidé, à travers les années, de vendre les édifices. Plusieurs anciens lieux de cultes ont donc changé de vocation et sont devenus des salles communautaires, des salles de spectacle, des restaurants, même des logements.

Certaines reconversions des lieux font toutefois tiquer des paroissiens. Dans les dernières semaines, la possibilité que l'église Saint-Jean-de-Brébeuf soit vendue au Centre culturel islamique de la Mauricie, qui en ferait son lieu de prière, a suscité de vives réactions. Réactions tout à fait prévisibles, selon Mgr. Tremblay, et qui montre qu'il y a une limite aux vocations qu'on peut vouloir donner à une église.

«Avec un changement de religion, on étire beaucoup la sensibilité. Les réactions étaient prévisibles. Mais il faut discuter. Je n'ai pas de réponse toute faite sur Saint-Jean-de-Brébeuf, mais c'est une belle étude de cas. Est-ce qu'on va prendre une décision émotive ou on va être capable de redescendre et de discuter tous ensemble», s'interroge-t-il.

Pour René Beaudoin, le cas de cette église représente l'occasion d'avoir un «dialogue interreligieux». Il rappelle par ailleurs que le Centre culturel islamique y loue déjà des locaux.

«C'est sensible de parler du patrimoine religieux, parce que le sujet de la religion est sensible. Mais je suis tout à fait d'accord que des musulmans achètent Saint-Jean-de-Brébeuf, comme je suis d'accord pour que des églises servent à des centres de jardinage. Il faut avoir un dialogue, pas des chicanes. Il faut dialoguer sur ce qu'on veut de notre vivre ensemble », estime-t-il.