Rafael Jacob, chercheur et analyste spécialisé en politique américaine et membre de la Chaire Raoul-Dandurand.
Rafael Jacob, chercheur et analyste spécialisé en politique américaine et membre de la Chaire Raoul-Dandurand.

Une réélection de Trump peu probable, selon Rafael Jacob

Mathieu Lamothe
Mathieu Lamothe
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — À moins d’un changement draconien d’allégeance d’une grande partie de l’électorat au cours des prochains jours, il serait peu probable que Donald Trump soit réélu à la présidence des États-Unis, selon le Trifluvien d’origine Rafael Jacob, chercheur et analyste spécialisé en politique américaine et membre de la Chaire Raoul-Dandurand.

Même s’il reconnaît qu’il s’était amèrement trompé en 2016 en prévoyant l’élection d’Hillary Clinton – erreur qui lui avait valu quelques railleries, notamment de la part de l’animateur de Radio-Canada Patrice Roy – il n’hésite pas à se mouiller relativement au résultat du scrutin qui se tiendra mardi prochain.

«Ça serait très, très improbable que [Joe] Biden ne gagne pas. Donald Trump est nettement dans une situation beaucoup plus difficile en ce moment qu’il y a quatre ans», constate-t-il.

Par contre, le fait que l’adversaire démocrate de l’actuel président soit celui qui était vice-président sous Barack Obama ne constitue pas la raison pour laquelle il prévoit la défaite de Donald Trump. Selon lui, il ne s’agit pas cette fois d’une élection opposant deux candidats, mais plutôt d’un référendum sur un président impopulaire. Après quatre années qu’il qualifie de «véritable cirque», il estime que les électeurs américains veulent retrouver un semblant de normalité à la Maison-Blanche.

En ce sens, il ne croit pas que l’impopularité de Joe Biden auprès d’une importante tranche de l’électorat aidera la cause du président sortant. Par contre, il ne considère pas non plus que le candidat démocrate a démontré pendant la campagne qu’il était la personne dont les Américains ont besoin à la tête de leur pays.

«On ne pourra pas dire qu’il aura un mandat fort pour gouverner. Ce qu’il a, c’est qu’il ne porte pas le nom Donald Trump. Il est l’équivalent d’un médicament générique. Il a été très peu visible depuis le début de la campagne. C’est à peine si on parle de ce type là! C’est fascinant, car il est en position pour gagner», poursuit l’analyste.

L’impact de la COVID-19

Sa gestion de la pandémie ainsi que son attitude face à la COVID-19, qu’il a lui-même contractée on se souviendra, n’ont également pas aidé la cause de Donald Trump selon le chercheur.

«Ce n’est pas seulement une question de si ç’a été bien géré ou non, car certains des politiciens les plus populaires aux États-Unis en ce moment, dont le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, sont ceux qui ont les pires bilans [relativement au nombre de décès attribuables à la COVID]. C’est beaucoup une question d’empathie et ce n’est pas une grande révélation que de dire que Donald Trump en manque. Dans le contexte actuel, ça lui fait mal. Au fil des mois, il a fait preuve d’un manque d’empathie presque total face aux victimes et leurs proches», analyse-t-il, avant de préciser que l’incohérence dont il a fait preuve, notamment en contredisant les scientifiques et les autres élus, a aussi eu un effet négatif sur sa cote de popularité.

Une campagne «stable»

En ce qui concerne précisément la campagne qui mènera au scrutin de mardi, M. Jacob note qu’elle s’est déroulée sous le signe de la stabilité, contrairement à ce qui s’est produit chaque fois que les Américains ont été appelés à choisir leur président depuis le début du 21e siècle.

«Si on regarde les courses en 2004, 2008, 2012 et 2016, les candidats des deux partis s’étaient échangé l’avance à plusieurs reprises. Cette fois, ce n’est pas arrivé à une seule reprise. Joe Biden est en avance de façon hyper stable avec environ la même marge depuis presque un an. Ça me frappe, car ça arrive dans un contexte qui n’a jamais été aussi volatile, avec un président très imprévisible», mentionne-t-il.

Vers des tensions sociales

Sans aller jusqu’à dire comme certains que le résultat de l’élection pourrait être l’élément déclencheur d’un large soulèvement populaire, ou même d’une guerre civile, le spécialiste entrevoit des tensions sociales, notamment si Donald Trump n’est pas réélu.

«S’il entretient le spectre de la fraude électorale, je pense qu’il y a de très bonnes chances que des millions d’Américains vont continuer à penser que leur candidat a perdu en raison d’une fraude. Ce n’est pas très bien d’un point de vue démocratique, mais on ne parle quand même pas d’une guerre civile», laisse-t-il tomber.