Les employés du Centre national de vérification et de recouvrement de Shawinigan se sont mobilisés pour donner des vêtements d’hiver aux moins nantis, dans le cadre de la Nuit des sans-abri. De gauche à droite: Effie Vallée, travailleuse de milieu au TRÀSH Shawinigan, Julie Provencher, coordonnatrice des logements supervisés du Centre Roland-Bertrand et Marie-Hélène Trudel, directrice clinique au Centre Roland-Bertrand et coordonnatrice du Hamac.

Une réalité qui change

SHAWINIGAN — La Nuit des sans-abri, organisée dans une quarantaine de villes à travers le Québec le 19 octobre, ne vise pas seulement à sensibiliser la population au phénomène de l’itinérance. À Shawinigan, cette réalité touche surtout des personnes qui vivent de pénibles périodes de transition.

Marie-Hélène Trudel, directrice clinique au Centre-Roland Bertrand et coordonnatrice du Hamac, a apporté cette nuance mercredi matin, dans le cadre de l’annonce locale de la Nuit des sans-abri qui se déroulera, cette année, au parc Antoine-St-Onge, de 19 h à 22 h. La population est invitée à se rendre sur place pour échanger au rythme des Tam-tam du Saint-Maurice. Des activités d’improvisation, une soupe populaire, un feu et des animations sont également prévus.

Le Hamac est un centre d’hébergement de huit places pour personnes sans-abri ou vivant une crise psychosociale. Mme Trudel est donc bien placée pour analyser l’évolution du profil des bénéficiaires au fil des années.

«À Shawinigan, l’itinérance est présente, mais pas telle qu’on l’imagine, comme on le voit dans les rues de Montréal», explique-t-elle. «Ce qu’on vit, c’est des expulsions de logement, des déménagements récurrents, des sorties d’hôpital ou de prison... C’est vraiment variable.»

Mme Trudel observe qu’il s’agit de phénomènes en croissance à Shawinigan.

«Le taux d’occupation du Hamac augmente chaque année», fait-elle remarquer. «Pour cette année, au 30 septembre, c’était de 69 %. Mais en septembre seulement, c’était de 86 %. Nous avons donc eu beaucoup d’admissions et beaucoup de gens qui sont restés plus longtemps. Beaucoup de ces personnes se déplacent d’une ressource à l’autre, ou d’ami en ami. Les revenus ne sont pas très élevés et pour certains, il y a aussi des difficultés d’adaptation sociale. On ne se le cachera pas, il y a aussi des problèmes de santé mentale et de toxicomanie.»

Le taux d’occupation au Hamac était passé de 60 % à 69 % de 2016 à 2017. Au 30 septembre, ce service avait déjà accueilli 203 personnes, comparativement à 269 pour toute l’année dernière. Bon an mal an, les hommes représentent environ 80 % des bénéficiaires.

L’organisme Travail de rue à Shawinigan (TRÀSH) s’associe une fois de plus à la Nuit des sans-abri. Effie Vallée, travailleuse de milieu responsable du projet d’accueil, indique que le nouveau portrait de l’itinérance ne modifie pas les méthodes d’intervention de son équipe de trois travailleurs de rues. Elle retient surtout qu’un climat de confiance s’est installé dans le milieu au fil des ans, améliorant ainsi la qualité des interventions.

«Majoritairement, ces gens vivent la désaffiliation sociale et sont en itinérance ou à risque de le devenir, en raison des problématiques multiples», confie-t-elle. «C’est rare que ça vient seul. Souvent, la personne vit deux ou trois problèmes en même temps. Ces gens ont peu ou pas de réseau et se sentent désemparés. Ils ne sentent plus qu’ils font partie de la société.»

D’où, justement, le thème retenu pour l’activité, «Citoyen(ne) même dans la rue!». «C’est vraiment important, pour nous, de passer le message autant à la communauté qu’aux gens concernés», pointe Mme Vallée. «On est tous partie prenante de la société, de la communauté.»

Générosité

L’activité de cette année sera également marquée par une distribution de vêtements d’hiver aux personnes à faible revenu, grâce à la mobilisation des employés du Centre national de vérification et de recouvrement de Shawinigan. Une centaine d’items ont été recueillis et ils seront donnés au centre communautaire Bruno-Rivard, entre 13 h et 16 h le 19 octobre. «C’est le centre fiscal qui nous a contactés pour proposer ce partenariat», se réjouit Julie Provencher, coordonnatrice des logements supervisés du Centre Roland-Bertrand. «Bien sûr que nous avons accepté! Des manteaux d’hiver, des articles chauds, c’est toujours apprécié parce que c’est toujours manquant.»

L’an dernier, la Nuit des sans-abri de Shawinigan était organisée au parc Trois-L. Mme Trudel exprime le souhait que ce rendez-vous annuel devienne «itinérant», en proposant un site différent chaque année afin de toucher le plus de gens possible.