«Une question de transparence»

Trois-Rivières — Si le conseil municipal souhaite procéder à une révision de son traitement salarial, il devra le faire lors des prochaines élections municipales, ou alors à la faveur d’une consultation populaire. Tel est le verdict du maire Yves Lévesque, qui confirme qu’il ne donnera pas sa bénédiction à une révision de la rémunération des élus, et ce, même si un comité formé de trois conseillers municipaux travaille le dossier depuis plusieurs mois déjà.

On se souviendra qu’au printemps, les conseillers Ginette Bellemare, François Bélisle et Maryse Bellemare ont amorcé, avec l’aval de leurs collègues, un travail de révision du traitement salarial des élus municipaux. Ayant une volonté de ramener une certaine équité au niveau des salaires versés aux élus, les conseillers envisageaient notamment de répartir les primes versées aux membres du comité exécutif ainsi qu’aux membres du comité de la STTR afin de les répartir de façon égale entre tous les élus. Par ailleurs, l’augmentation de la charge de travail décriée par plusieurs depuis les dernières élections a aussi motivé ce travail, alors que plusieurs estiment désormais que le travail de conseiller municipal est un travail pratiquement à temps plein.

Or, le maire Lévesque estime que si les élus avaient voulu se voter une révision salariale, à la hausse pour la majorité, ils auraient dû faire connaître leurs couleurs dès la campagne électorale de l’automne dernier.

«En tant qu’élu, je n’ai jamais demandé une hausse salariale. Nous avons choisi de nous présenter en connaissant le traitement, les salaires, et changer les règles du jeu en cours de mandat, je trouve ça délicat. C’est une question de transparence», croit M. Lévesque, qui reconnaît à quel point le sujet est sensible puisque les élus sont à la fois juge et parti.

Le maire Yves Lévesque
La conseillère municipale et mairesse suppléante Ginette Bellemare

Le maire ne partage pas du tout l’avis des conseillers, qui clament que la charge de travail a augmenté depuis la dernière élection, l’abolition de deux postes de conseillers et l’ajout de divers comités de travail. «Nous sommes les membres d’un conseil d’administration, nous ne sommes pas des fonctionnaires. Notre rôle est de donner les grandes orientations, mais il n’y a pas de quoi dire que c’est un travail à temps plein», martèle Yves Lévesque.

Par ailleurs, le fait de commencer à faire des comparatifs avec le traitement réservé aux élus des autres villes, indique-t-il, peut devenir dangereux puisque les syndicats des employés municipaux pourraient être tentés de faire la même chose et ainsi créer un précédent qui augmenterait de façon considérable la masse salariale de la Ville de Trois-Rivières.

Yves Lévesque se défend toutefois de renier aujourd’hui le travail de ses collègues, qui avaient pourtant annoncé leurs couleurs au printemps, lors de la formation de ce comité de travail. «Ce n’est pas moi qui ai formé le comité. J’ai été informé de la démarche par Ginette et Maryse (NDLR : les conseillères Ginette Bellemare et Maryse Bellemare), mais c’est tout», mentionne Yves Lévesque, qui déplore que le gouvernement fédéral revoit les règles du jeu en rendant désormais imposables les allocations de dépenses des élus municipaux, un montant d’un peu plus de 14 000 $ qui deviendra imposable dès le 1er janvier 2019.

«Mais encore là, lorsque les taxes scolaires ont augmenté pour les citoyens, chaque citoyen n’est pas allé voir son employeur pour lui demander une augmentation de salaire parce qu’il était davantage imposé», fait remarquer Yves Lévesque.

Ce dernier ne s’oppose pas à ce qu’on tienne une consultation populaire sur la question, mais se demande quel mécanisme pourra être mis en place pour que cette consultation soit efficace et représentative.

Ginette Bellemare
L’avis de motion annonçant l’adoption prochaine d’un règlement pour la révision salariale des élus municipaux devait être déposé lors de la séance du conseil municipal de mardi. Or, puisqu’un tel règlement doit être approuvé par les 2/3 des élus, dont le maire, cette forme de véto rendait inutile de présenter l’avis de motion, qui a été retirée de l’ordre du jour.

La mairesse suppléante Ginette Bellemare, qui a initié cette révision salariale, entend toutefois s’assurer que le point revienne à l’ordre du jour prochainement, et ne ferme absolument pas la porte à une consultation populaire sur la question. Le sujet sera discuté au retour des vacances du maire Lévesque, qui part ce vendredi pour les deux prochaines semaines.

«Le maire va partir en vacances et nous en rediscuterons à son retour», signale Mme Bellemare, qui ajoute ne pas être prête à laisser tomber complètement ce projet.

«On est rendu là. C’est une vérité que la charge de travail a augmenté passablement depuis le dernier mandat. Nous sommes plusieurs à le dire. Quand c’est rendu que chacun met plus de 30 heures par semaine sur son travail de conseiller municipal, ce n’est plus un travail à temps partiel, c’est pas mal plus un travail à temps plein», mentionne-t-elle.