Toute la communauté s'est sentie concernée par l'enlèvement de la petite Cédrika Provencher. Encore aujourd'hui sur les lieux de la découverte de ses ossements dans un boisé à Trois-Rivières, certaines personnes prennent le temps de se recueillir et d'y déposer fleurs et toutous

Une question de protection

La nécessité de protéger ses enfants est à l'origine du lien qui se tisse très souvent entre la population et une famille heurtée par un drame comme celui de l'enlèvement et de la mort de Cédrika Provencher.
Jean-Pierre Gagnier
Selon Jean-Pierre Gagnier, professeur au département de psychologie de l'Université du Québec à Trois-Rivières et spécialiste dans le domaine de l'intervention familiale, deux processus existent en parallèle lors d'un tel événement. Le drame est vécu dans l'intimité de la famille, mais aussi au niveau de la communauté. Le fait qu'une famille demande la collaboration du public fait en sorte que toute la communauté se sent concernée.
«Pour la population, c'est tout notre lien avec la protection des enfants, notre sentiment de protéger nos propres enfants. Les gens s'identifient à cette nécessité de protéger les enfants. Quand un enfant est assassiné, c'est terrible. C'est comme si notre rapport à la fragilité et notre sensibilité aux enfants nous rendent complices de la détresse de cette famille. On se pose tous la question: et si c'était le mien? C'est ce qui crée les manifestations de solidarité avec la famille. On peut s'identifier aux enfants en danger, aux parents dans la peine.»
Une famille frappée par le malheur vivra une série d'émotions, à commencer par la panique, rappelle Jean-Pierre Gagnier.
«Ensuite, il y a la cruauté de l'attente. Quand une perte se fait par disparition ou enlèvement, le deuil sera différé. C'est dans l'incertitude totale que ça se passe, on n'a pas de données sur ce qui est arrivé à l'enfant. On ne peut pas entreprendre de deuil, car il y a l'espoir que des indices soient trouvés. L'espoir est très tenace et garde les gens en contact avec le disparu. C'est normal. L'espoir aide à vivre et repousse le deuil, mais il est souffrant. Dans l'attente, il n'y a pas de réponse. Tant qu'il n'y a pas d'indice tangible de la mort, l'espoir est là. Tout demeure possible. Sans espoir, ce serait excessivement difficile de survivre, surtout par rapport à un enfant.»
Le soutien de la population
s'est rapidement manifesté autour de la famille de Cédrika Provencher. Les membres de la famille ont cependant dû gérer la situation entre eux, car tous les membres d'une même famille ne réagissent pas de la même façon face à un tel drame.
La confirmation du décès d'une personne demeure une étape cruciale dans l'amorce du processus de deuil. Plusieurs sentiments marquent cette étape, comme le confirme M. Gagnier, qui offre sa collaboration dans le domaine des soins palliatifs.
«Quand le corps est retrouvé, c'est très difficile, car une partie de soi est soulagée parce qu'on a une information plus claire. Mais comment intégrer une réalité qui est indigeste? C'est profondément injuste.»
Selon M. Gagnier, les proches ayant vécu un tel événement doivent intégrer cette réalité, c'est-à-dire la considérer comme étant réelle. 
«Il va falloir intégrer cette réalité, car ça tue l'espoir, mais le deuil peut s'enclencher. L'annonce de la mort est le début du travail de deuil, car il faut intégrer la perte d'un enfant d'une façon définitive. C'est un événement difficile de ne pas pouvoir protéger un enfant. Le plus torturant pour un adulte est l'impossibilité de protéger l'enfant même s'il n'y avait aucune possibilité que ça ait pu être autrement. Ça reste souffrant et c'est un réflexe normal.»
Jean-Pierre Gagnier rappelle que le départ du processus de deuil va aider les proches à vivre avec cette situation. La mise en terre de la personne défunte est un rituel qui joue un rôle important, soit de rassembler les gens durant un moment marquant: la fin d'une vie.
«C'est un rituel qui ''désisole''. La perte d'un proche est un événement individuel et social: tous les gens qui l'ont connu sont touchés par sa mort. Les rituels redonnent la dimension familiale et la dimension sociale à l'événement. Il va rester des images de ce moment de rituel. Ça peut être réconfortant pour les gens. Ça laisse un souvenir. De là l'importance de vivre le deuil. C'est un processus où on essaie de guérir la perte pour continuer à investir la vie et s'en remettre. Le deuil aide à remettre le temps en marche.»
M. Gagnier précise qu'il faut du temps pour vivre cette étape, encore plus lors d'un événement dramatique comme l'ont vécu les proches de Cédrika Provencher. Mais il faudra malgré tout avancer.
«Il faut en sortir, car si toute la vie de l'environnement n'est que centrée sur cet événement, c'est difficile pour les enfants et les parents. Ça fera moins mal avec le temps. C'est comme une cicatrice qui ne ferme jamais complètement, mais la douleur devient moins vive avec le temps. On ne peut pas s'empêcher de réinvestir la vie, de s'occuper des frères et soeurs, de reprendre les liens avec nos amis. Le fait de réinvestir la vie crée des attachements et apaise la douleur progressivement. La vie continue. Les enfants ont une vie à vivre, les parents aussi.»
Plusieurs enfants sont toujours disparus au Québec
Le triste 10e anniversaire de l'enlèvement et de l'assassinat de la petite Cédrika Provencher, à Trois-Rivières, rappelle à la mémoire les disparitions de plusieurs autres jeunes au Québec.
C'est le cas notamment de David Fortin, à Alma, au Lac-Saint-Jean. Il est disparu depuis février 2009. Il aurait 23 ans aujourd'hui.
À Terrebonne, Julie Surprenant est portée manquante depuis novembre 1999. Elle serait âgée de 34 ans aujourd'hui.
À Québec, on est sans nouvelles de Marilyn Bergeron depuis février 2008.
Dans certains cas, les corps ont été trouvés, mais non les meurtriers. Le dossier de Jolène Riendeau, à Montréal, dont les restes ont été découverts en 2011, est toujours non résolu, entre autres.
À Trois-Rivières, la famille de Cédrika Provencher a pu faire une partie de son deuil lorsque ses ossements ont été trouvés l'an dernier. Mais le meurtrier court toujours.
Afin d'obtenir des informations, le Réseau Enfants-Retour Québec continue de publier les photos des disparus sur son site web, et incite la population à le consulter.