Joanne Blais, directrice de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie.

Une place à prendre en politique municipale

Trois-Rivières — «L’idée c’est qu’il y ait le plus de femmes possible qui se présentent pour devenir des modèles et inspirer d’autres femmes.» Joanne Blais, directrice de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie, aimerait bien voir plus de femmes aux élections municipales et ultimement voir une première mairesse à Trois-Rivières. Cependant, elle est réaliste et souligne que plusieurs défis se dressent sur la route ardue qui mène au siège de première magistrate.

«Les femmes en politique municipale se trouvent confrontées à ce qu’on appelle le plafond de verre. Il faudrait qu’il y ait de plus en plus de femmes candidates, mais surtout élues, qui pourraient faire changer la façon de faire les choses, car il y a aussi l’obstacle de la conciliation travail-famille. C’est quand même un obstacle important. On entend que c’est maintenant plus présent auprès des jeunes hommes mais c’est encore les femmes qui vont majoritairement assurer les soins à la famille et les tâches domestiques. On est encore dans cette division sexuelle des rôles tant au niveau du travail à la maison que sur le marché du travail. On a encore du travail à faire pour changer les mentalités et sensibiliser pour que, tranquillement pas vite, on décloisonne ces stéréotypes afin que les hommes partagent un peu mieux les tâches au niveau de la sphère privée et publique.»

En 2013, trois femmes étaient candidates pour le poste de maire à Trois-Rivières. Une lancée qui ne s’est pas poursuivie à l’élection 2017 puisqu’aucune femme ne s’est manifestée. Pourtant, ailleurs en Mauricie, plusieurs femmes se hissaient à la tête des municipalités. «En 2017, il y a 12,2 mairesses ainsi que 40 % de femmes qui sont conseillères municipales.»

L’élection partielle trifluvienne de 2019 fait piètre figure au niveau de la représentativité des femmes. «C’est décevant. En 2013, il y avait eu plusieurs femmes et ça s’était avéré être des élections difficiles pour les femmes qui se sont présentées. J’ai comme l’impression que ç’a pu contribuer à décourager les femmes.»

Ce n’est évidemment pas la seule raison qui explique cette situation selon Mme Blais.

«C’est sûr que, selon les femmes qui nous ont partagé leur situation, celles qui se sont présentées à la mairie avec de jeunes enfants vivaient une réalité plus difficile. Souvent les femmes qui vont se présenter à la mairie ont des enfants plus grands et qui demandent moins de soin à la maison, donc plus autonomes.» Elle souligne cependant que cet enjeu n’est pas exclusivement féminin.

«Le conseiller François Belisle a dit qu’il ne voulait pas se présenter [à la mairie] parce qu’il avait de jeunes enfants et, pour lui, sa priorité c’était sa famille. Quand il en a parlé avec les gens de son entourage et de son district pour savoir comment ils percevraient le fait que, s’il se présentait à la mairie, sa priorité demeurerait sa famille, il s’est fait dire que ça ne passerait pas. Ce n’est pas seulement les femmes qui peuvent avoir des craintes ou des appréhensions par rapport au fait de se présenter à la mairie si elles ont des enfants dont elles doivent prendre soin. Je pense que c’est quelque chose qui est sociétal dans la façon de percevoir le rôle d’un maire ou d’une mairesse. Je pense qu’on aurait avantage à travailler sur le mode de fonctionnement. Le partage des tâches, des responsabilités et du pouvoir pour que ça devienne plus accessible pour plus de monde et qu’on ne soit pas obligé d’être sur le bord de notre retraite pour être capable d’avoir accès à ces postes-là.»

Le côté financier est également un frein aux aspirations de certaines. «Ça prend du temps et de l’argent. Les femmes dans notre région, quand elles travaillent, elles ont des emplois qui ne sont pas très rémunérateurs et qui sont parfois précaires. Pour plusieurs, ce n’est pas vraiment possible de penser laisser son emploi un certain temps pour faire une campagne pour accéder à la mairie.»

«On sait que les femmes de notre région gagnent annuellement un revenu médian de 20 947 $. C’est sûr que si elles n’ont pas un revenu annuel suffisant leur permettant de mettre des sous de côté en prévision d’arrêter de travailler pour une campagne électorale... c’est un beau défi!»