Geneviève Magier prend des photos de confinement de ses concitoyens qui le désirent. Elle en profite pour recueillir des dons pour les Demois’Ailes..
Geneviève Magier prend des photos de confinement de ses concitoyens qui le désirent. Elle en profite pour recueillir des dons pour les Demois’Ailes..

Une photographe au secours des Demois’Ailes

SAINTE-ANNE-DE-LA-PÉRADE — Avec l’annulation des festivals et événements publics jusqu’au 31 août, de nombreuses activités de collecte de fonds sont et seront perturbées cette année. C’est le cas des Demois’Ailes, qui soutiennent financièrement des maisons d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale depuis sept ans. Une ancienne participante a toutefois eu une idée originale pour soutenir cette organisation, tout en amenant un peu de soleil dans le quotidien de ses concitoyens confinés.

Depuis plusieurs semaines, Geneviève Magier fait le tour de Sainte-Anne-de-la-Pérade, le samedi, pour prendre en photo les gens qui désirent avoir une photo de famille ou de couple en cette période trouble. L’idée originale ne vient pas d’elle: plusieurs photographes ont choisi de mettre leur talent à profit pour mettre un peu de baume au cœur des personnes confinées. La photographe a toutefois ajouté une plus-value à ce concept: elle sollicite des dons auprès des personnes photographiées, sur une base volontaire, pour les Demois’Ailes, dont la campagne de financement tourne au ralenti.

«J’ai déjà fait partie des Demois’Ailes et je devais être leur photographe officielle cette année. Mais en raison du confinement, la course n’aura pas lieu de la même manière que d’habitude, alors je me suis dit: on peut utiliser le confinement et aller chercher des dons. Tout est gratuit, mais sur une base volontaire, les gens font des dons», explique Geneviève Magier.

En temps normal, les Demois’Ailes font une course à relais sur 750 km, pendant cinq jours. Or, en raison du confinement, cette course qui devait se dérouler cette année du 8 au 12 juillet ne pourra avoir lieu selon la formule habituelle.

«La campagne de financement est à la baisse de 50 %, parce que c’est difficile avec la période de confinement. Avec les dons des gens, j’ai recueilli environ 500 $ en trois semaines. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est quand même un petit montant qui peut aider», croit Mme Magier.

La photographe demande aux intéressés de se manifester sur sa page Facebook professionnelle. À la fin de la semaine, elle prépare un horaire et le publie également sur une page Facebook privée, réservée aux résidents de Sainte-Anne-de-la-Pérade. Elle assigne à chacun une plage horaire et fait sa tournée, le samedi.

«Je mets des thèmes, au lieu que les gens soient simplement assis sur leur balcon. La semaine passée, c’était des films. Ça occupe les gens, ils décorent leur balcon et se déguisent», poursuit-elle.

«On a été vraiment touchées»

Le soutien apporté par Geneviève Magier aux Demois’Ailes a été grandement apprécié par ces dernières.

«On a été vraiment touchées, parce que ce n’était pas nécessairement son rôle d’amasser des fonds en tant que photographe officielle. Toutes les Demois’Ailes ont été très touchées aussi de voir que la population de Sainte-Anne-de-la-Pérade a choisi de faire des dons. C’est difficile pour nous, normalement on s’appuie beaucoup sur le groupe pour se soutenir et là, on ne peut pas se voir, mais l’aide de Geneviève leur a littéralement donné des ailes», se réjouit Jolyane Damphousse, présidente du conseil d’administration des Demois’Ailes.

Bien que la collecte de fonds subisse les impacts du confinement et des mesures de distanciation sociale, l’organisation tente de s’adapter à cette nouvelle réalité.

«C’est plus difficile parce que plusieurs activités publiques étaient prévues dans les prochains mois, dont des barrages routiers et d’autres courses. Mais il va y avoir une course virtuelle, le 13 juin. Les gens sont invités à faire un don en échange duquel ils vont recevoir un dossard personnalisé par courriel. Ils pourront l’imprimer et le porter pour courir», indique Mme Damphousse.

Les inscriptions pour cette course se font via la page Facebook des Demois’Ailes. Outre cette activité, les Demois’Ailes maintiennent également leur prédéfi, les 2 et 3 mai. Elles devront cependant courir chacune de leur côté, comme pour l’événement principal de juillet.

La violence toujours présente

Jolyane Damphousse rappelle par ailleurs que même si la société québécoise vit au ralenti depuis plusieurs semaines, surtout sur le plan de l’économie, la violence conjugale ne disparaît pas pour autant. «La violence conjugale n’arrête pas pendant le confinement, c’est même pire. C’est pourquoi on veut continuer à remettre de l’argent aux maisons d’hébergement», soutient Mme Damphousse. Depuis 2013, les Demois’Ailes ont distribué 408 000 $ à une dizaine de maisons d’hébergement, situées principalement en Mauricie et au Centre-du-Québec.