La murale a été découverte mardi lors des travaux de démolition de la bâtisse voisine.
La murale a été découverte mardi lors des travaux de démolition de la bâtisse voisine.

Une pétition pour sauver la murale de la rue Hart

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
La découverte d’une murale publicitaire du marchand de fourrure Ovide Rocheleau sur une façade latérale d’un bâtiment à la suite de la démolition de l’immeuble voisin de la rue Hart à Trois-Rivières incite une citoyenne à lancer une pétition visant à préserver cette publicité qui daterait des années 20. L’arrière-petit-fils d’Ovide Rocheleau, Maxime Desbiens, souhaite aussi que la Ville préserve cette trace du passé commercial du centre-ville de Trois-Rivières.

Elizabeth Leblanc-Michaud a amorcé ce mouvement d’appui mercredi. Selon le libellé de la pétition, «la bâtisse appartenant à des investisseurs privés, la murale devrait à nouveau être cachée sous la brique au cours de la prochaine année. Pour l’instant, tout laisse croire que la Ville de Trois-Rivières ne tentera pas de la conserver. Pourtant, cette murale appartient à notre patrimoine collectif et tous devraient pouvoir en profiter». Voilà pourquoi Mme Leblanc-Michaud souhaite recueillir le maximum de signatures pour cette pétition qui sera remise à la prochaine séance du conseil de Trois-Rivières. En soirée mercredi, cette pétition avait déjà recueilli près de 1000 signatures. 

«Je suis vraiment surprise que le nombre de signatures monte aussi rapidement», avouait en soirée l’instigatrice de la pétition. «Je suis très heureuse que ça touche autant de gens à Trois-Rivières. Cette murale publicitaire a une valeur patrimoniale autant pour les citoyens que pour l’art d’une autre époque. Elle révèle beaucoup de choses sur les moyens utilisés par les entrepreneurs de cette époque.»

Bien qu’elle avoue comprendre que cette murale se trouve sur une propriété privée et qu’un autre bâtiment doit être construit à l’endroit de celui qui a été démoli mardi, Elizabeth Leblanc-Michaud demande à la Ville d’étudier la possibilité de préserver la murale et de la mettre en valeur. «Je comprends que cette découverte peut contrecarrer les plans des entrepreneurs, mais ils doivent analyser la situation avec cette nouvelle donne», soutient-elle. 

Une page de l’histoire de Trois-Rivières

Cette murale a été découverte à la suite de la démolition de la bâtisse qui abritait jadis le défunt bar Le Monkey. L’enseigne publicitaire du commerce d’Ovide Rocheleau se trouve sur le mur d’une bâtisse adjacente à celle qui a été détruite. Le fait que les bâtisses soient collées les unes sur les autres dans cette partie de Trois-Rivières a permis de conserver l’enseigne publicitaire qui se trouve en bon état.

Le souvenir du commerce d’Ovide Rocheleau est encore bien présent chez ses descendants dont certains vivent ou travaillent encore au centre-ville de Trois-Rivières. Son arrière-petit-fils, Maxime Desbiens, savait que le commerce de son ancêtre était sur la rue Hart. Plusieurs membres de sa famille ont même continué d’habiter l’immeuble après la fermeture du commerce. Alors qu’il était au travail lundi au centre-ville, un collègue lui a appris la nouvelle de la découverte de la murale de son arrière-grand-père. Dès qu’il a eu quelques minutes, il s’est rendu sur place pour l’admirer. 

«Ma grand-mère Liliane, la fille d’Ovide Rocheleau, était tellement contente de revoir la murale dans Le Nouvelliste de mercredi. Elle a découpé l’article pour le garder précieusement. Elle se souvient très bien de cette enseigne», confie avec une certaine fierté Maxime Desbiens qui souhaite que la Ville mette en valeur cette découverte. 

«J’aimerais que la Ville fasse de quoi. Le commerce a été fondé après le grand feu de 1908. La murale témoigne d’une époque où le centre-ville était bien plus vivant. C’est du patrimoine et c’est notre histoire.»

Maxime Desbiens mentionne que son arrière-grand-père Ovide Rocheleau était un commerçant très impliqué dans sa communauté. Son descendant soutient qu’il a été échevin et une décision qu’il a prise lui a mis l’Église catholique à dos. «Lorsqu’il était échevin, il trouvait ça injuste que les familles ne puissent se rendre à la piscine de l’Expo parce que les garçons ne pouvaient se baigner avec les filles. Une famille ne pouvait donc pas aller se rafraîchir l’été. Il a donc rendu la piscine mixte», affirme Maxime Desbiens. 

«Vraiment pas heureuse de ce changement, l’Église a excommunié mon arrière-grand-père. On m’a dit qu’il n’a plus jamais remis les pieds à l’église par la suite.»

Pourtant, Ovide Rocheleau était proche de l’ancien député de Trois-Rivières et premier ministre du Québec, Maurice Duplessis, lui-même plutôt fervent catholique. «Il venait manger chez mon arrière-grand-père le dimanche soir», précise Maxime Desbiens. 

Le commerce de fourrure d’Ovide Rocheleau a fermé ses portes faute de relève, car le fils du commerçant est décédé prématurément. Ses deux filles, Liliane et Lucienne (aujourd’hui
Lucienne Charest), sont toutefois en vie et habitent toujours Trois-Rivières.  

La Ville analyse cette découverte

Les nouveaux propriétaires des lieux ont l’intention de reconstruire un immeuble sur le terrain maintenant vacant. Les travaux prévus pour 2020 permettront d’ériger une bâtisse de trois étages. Le rez-de-chaussée sera réservé à de l’activité commerciale, alors que les deux étages supérieurs abriteront entre quatre et six logements.

À la lumière de la récente découverte, le conseiller municipal du district Marie-de-l’Incarnation, Denis Roy, soutient que la Ville analyse actuellement l’importance historique de la murale. Professionnel de la publicité, Denis Roy avoue avoir une sensibilité à l’égard des publicités d’une autre époque, mais il précise que «la valeur patrimoniale de la murale reste à être démontrée».  

«On a été obligé d’augmenter de 0,75 % les taxes pour la STTR. Les besoins sont nombreux», soutient-il. «Mais ça vaut la peine de réfléchir sur la question.»

Avec la collaboration de Martin Lafrenière