Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé.
Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé.

Une partie du Centre-du-Québec et Trois-Rivières passent au rouge

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Trois-Rivières — Une partie du Centre-du-Québec et Trois-Rivières basculent au palier rouge, soit l’alerte maximale, a annoncé jeudi en fin d’après-midi le ministre de la Santé du Québec.

Christian Dubé a mentionné que l’augmentation du nombre de nouveaux cas d’éclosions et de transmissions communautaires explique ce changement de palier. Les MRC de Drummond, de Nicolet-Yamaska et de Bécancour sont les secteurs touchés au Centre-du-Québec. En Mauricie, il n’y a que Trois-Rivières qui bascule en zone rouge. La MRC de Portneuf vire aussi au rouge.

«Ce sont les endroits où on a vu les plus grandes hausses en nombre de cas et en proportion avec la population. On remarque aussi une hausse des hospitalisations en provenance de ces territoires», confirme Kelly Forand, agente d’information au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec. 

On dénombrait vendredi 232 cas de COVID-19 à Trois-Rivières depuis la fin de la première vague, le 12 juillet, soit neuf de plus que la veille. On en dénombre 278 dans la MRC de Drummond (+21), 30 dans la MRC de Nicolet-Yamaska (+3) et 16 dans la MRC de Bécancour (+0). 

En ce qui concerne la MRC de Bécancour, même si la hausse du nombre de cas n’est pas aussi élevée que sur d’autres territoires, Mme Forand indique que la population y est moins nombreuse, mais que proportionnellement, le nombre de cas est assez élevé pour justifier le passage en zone rouge. 

La Santé publique a rapporté jeudi 41 nouveaux cas de COVID-19 dans la région, dont 29 au Centre-du-Québec et dix à Trois-Rivières. Un 213e décès attribuable à la COVID-19 est aussi signalé. 

On dénombre jeudi toujours neuf hospitalisations, dont deux aux soins intensifs. Il s’agit d’une personne de plus aux soins intensifs que mercredi. Globalement, la région compte 414 cas actifs de COVID-19. 

Fermeture des bars et salles à manger

Le passage au rouge entraîne de nouvelles restrictions, comme la fermeture des bars, des salles à manger des restaurants, la fermeture des salles de conditionnement physique ainsi que l’arrêt de plusieurs sports. Ces mesures entreront en vigueur samedi, à minuit. 

Les élèves de quatrième et de cinquième secondaire seront aussi présents à l’école qu’une journée sur deux. Lorsqu’ils sont à la maison, ils devront poursuivre leurs cours à distance. 

Par ailleurs, le port du masque en tout temps est obligatoire dans les écoles secondaires situées en zone rouge. Les activités parascolaires et les sports sont aussi suspendus. Les mesures concernant les écoles s’appliqueront à partir du 14 octobre. 

Le basculement en zone rouge implique une certaine forme de confinement. Il est interdit d’accueillir des visiteurs d’une autre adresse, sauf par exemple pour la visite d’un proche aidant. Une personne vivant seule peut recevoir un seul visiteur. 

Si les pratiques sportives en groupe sont proscrites en zone rouge, il est possible de pratiquer des sports individuels ou en duo. Il faut toutefois respecter les consignes sanitaires. La Ville de Trois-Rivières a d’ailleurs annoncé la fermeture de ses arénas et l’interdiction de pratiquer des sports et loisirs de groupe dans ses gymnases et dans les salles communautaires. 

Il en va de même pour les activités culturelles. L’accès aux bibliothèques municipales trifluviennes sera fermé. Il sera possible de commander des documents en ligne ou par téléphone et de venir les chercher selon un horaire restreint. Culture Trois-Rivières a également annoncé la fermeture de ses salles de spectacles et musées. La billetterie de la salle J.-Antonio-Thompson demeurera cependant ouverte. L’organisation promet de s’inspirer de sa programmation des derniers mois pour «présenter une offre diversifiée cet automne». 

Le Cégep de Trois-Rivières indique pour sa part que tous les cours seront donnés à distance, sauf les laboratoires nécessitant du matériel ou des produits particuliers. Ces mesures entreront en vigueur à compter du 19 octobre, soit au retour de la semaine de relâche, et demeureront en place jusqu’à la fin des cours, le 10 décembre, «à moins d’une évolution significative de la situation». Des ordinateurs portables pourront être prêtés aux étudiants qui doivent étudier à distance et dont la situation financière est précaire. 

Les services étudiants comme l’aide psychosociale demeureront aussi disponibles en présence pour les situations urgentes et les stages sont maintenus. La bibliothèque ainsi que les locaux et salles de travail demeureront accessibles aux étudiants. Enfin, tous les matchs et entraînements des Diablos sont annulés tant que le Cégep sera en zone rouge. 

Tous les rassemblements sont interdits, à l’exception des funérailles et des lieux de culte. Un maximum de 25 personnes à la fois peuvent toutefois y être présentes.

Point de contrôle à La Tuque

Des points de contrôle seront aussi installés afin «de protéger le Saguenay-Lac-Saint-Jean», a dit le ministre. Un de ces points de contrôle sera à l’entrée de La Tuque. 

«On veut vérifier si les déplacements des gens sont essentiels», soutient le ministre de la Santé.

Ce dernier n’interdit pas aux citoyens des zones rouges d’aller à leur chalet situé dans une autre région, par exemple. «Mais vous n’avez pas le droit de faire là-bas ce que vous n’avez pas le droit de faire chez vous», résume le ministre.

La situation dans les nouvelles régions en rouge n’est «pas plus grave qu’ailleurs», explique le Dr Horacio Arruda, directeur national de la santé publique, qui se trouvait aux côtés du ministre Dubé jeudi après-midi.

«On sait qu’il y a de la transmission communautaire et on ne veut pas que ça monte plus haut pour semer le feu. Alors on applique les mêmes mesures qu’on a prises pour Montréal et Québec. Certains secteurs sont peut-être même plus orange que rouges, mais sont collés sur des zones rouges et ça fait un tout.»

Pas de durée déterminée

Combien de temps ces quatre territoires resteront-ils en zone rouge? Impossible de le savoir. Selon Kelly Forand, il faudra cependant attendre deux à trois semaines avant de connaître l’impact du resserrement des mesures sanitaires. 

«Il faudrait observer une baisse du nombre de nouveaux cas et d’hospitalisation. On va aussi surveiller si le nombre d’éclosions venait à baisser, puisqu’il est assez préoccupant», indique-t-elle. 

La Mauricie et le Centre-du-Québec sont aux prises en ce moment avec une vingtaine d’éclosions, notamment dans les écoles et les cégeps. Par ailleurs, l’âge des personnes ayant contracté la COVID-19 peut faire partie des facteurs expliquant pourquoi la situation s’est autant dégradée ces dernières semaines. 

«Les personnes plus jeunes sont portées à avoir plus de contacts et c’est ce qu’on remarque: le nombre de personnes qui ont été en contact avec des cas positifs est plus élevé que lors de la première vague. Il y a aussi une tendance depuis quelques semaines, les strates d’âges touchés tendent à se stabiliser. Ça veut dire que l’ensemble de la population recommence à être touché. Même si les personnes plus jeunes sont moins à risque, elles peuvent le transmettre à des personnes qui le sont, et c’est ce qu’on constate en ce moment. C’est pour ça que ce reconfinement partiel tombe à point, pour éviter que les personnes plus vulnérables attrapent le virus», souligne Mme Forand. 

«On peut encore changer les choses»

En point de presse avec le directeur national de la Santé publique, Dr Horacio Arruda, le ministre Dubé a continué d’implorer les Québécois de réduire leurs contacts sociaux. «On peut encore changer les choses», répète-t-il depuis quelques jours pour convaincre les gens que leurs comportements ont un effet réel sur la situation de la contagion à travers la province.

D’un bord comme de l’autre. S’il espère voir la courbe des nouveaux cas rester stable autour de 1000 cas avant de redescendre dans les prochaines semaines, le ministre Dubé reconnaît qu’après presque l’entièreté de la vallée du Saint-Laurent, comme ce sera bientôt le cas, rien ne dit que le Québec ne finira pas par être peint en rouge à la grandeur. «Est-ce que ça se pourrait qu’on soit tous en rouge? Ça se peut», répond celui qui préfère être positif et dit refuser «de lancer la serviette».

L’étape suivante semble être le reconfinement complet. Mais MM. Dubé et Arruda martèlent qu’ils n’en sont pas là.

«C’est comme si on était en séries éliminatoires. On commence un quatre de sept et vous me demandez de prédire le résultat du septième match!», illustre le ministre de la Santé. On joue le premier match, ce n’est pas facile, mais on essaie de gagner ce match-là et de préparer le suivant. Mais je ne peux pas vous prédire le pointage du septième match», tranche M. Dubé.