Une forêt d’Indonésie rasée en 2006 pour faire place à une plantation de palmiers à huile. Selon des scientifiques, c’est le mode de développement des humains qui, en détériorant les habitats naturels de la Terre, accélère les risques de propagation aux humains de virus et de bactéries d’origine animale.
Une forêt d’Indonésie rasée en 2006 pour faire place à une plantation de palmiers à huile. Selon des scientifiques, c’est le mode de développement des humains qui, en détériorant les habitats naturels de la Terre, accélère les risques de propagation aux humains de virus et de bactéries d’origine animale.

Une pandémie annoncée?

COLLABORATION SPÉCIALE / Quelle coïncidence! Des douze mois de l’année, c’est en mars que l’ONU souligne, chaque année, la contribution inestimable au bien-être de l’humanité à la fois de la faune et de la flore sauvages (3 mars) et de la forêt (21 mars). Et c’est durant ce même mois que s’est répandue à l’échelle planétaire l’actuelle pandémie dont l’origine aurait à voir avec l’impact qu’a le présent modèle de développement sur les forêts et la faune qui y vit.

Indicateur de l’état de santé de la planète, le couvert forestier mondial ne cesse de décroître. Selon les plus récentes évaluations, 80 % des forêts originales de la Terre auraient été rasées, 50 % au cours du seul 20e siècle.

Les chiffres de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) sont alarmants: 13 millions d’hectares de forêt, soit 8 % de la superficie du territoire québécois, disparaissent chaque année.

C’est surtout au Sud, au Brésil et en Indonésie notamment, que sévit cette déforestation excessive. Si les forêts du Nord sont principalement coupées à des fins industrielles (la fabrication de papier, le bois d’œuvre), celles du Sud sont rasées prioritairement pour faire place aux cultures d’exportation (soja, huile de palme, etc.) ou à l’élevage intensif du bétail.

Faune et flore sous pression

Les activités de déboisement ont des effets perturbateurs sur les écosystèmes forestiers. Aussi, le rythme actuel de décroissance du couvert forestier exerce-t-il une pression phénoménale sur la faune et la flore. Le nombre d’individus (animaux et plantes) diminue à une cadence telle qu’on assiste à la disparition de nombreuses espèces et cela avec une rapidité jamais vue dans l’histoire de l’humanité.

Un groupe international d’experts sur la biodiversité (l’IPBES) réunis sous l’égide de l’ONU pour assister les gouvernements et renforcer les moyens des pays émergents sur les questions de biodiversité évalue à environ 1 million le nombre d’espèces animales et végétales menacées d’extinction au cours des prochaines années.

On considère que les trois quarts de l’environnement terrestre et les deux tiers du milieu marin de la planète ont été modifiés significativement par l’activité humaine. L’empreinte des humains sur la nature est à ce point forte que les animaux sauvages ne représentent plus qu’un famélique 4 % du poids de tous les mammifères présents sur Terre, les 96 % restants appartenant aux humains (36 %) et aux animaux d’élevage et de compagnie (60 %).

Covid-19, un scénario qui se répète...

Tout cela n’est pas sans conséquence sur l’équilibre écologique. La pandémie de COVID-19 en constitue une éloquente démonstration. En dépit de certains doutes émis surtout par les États-Unis sur l’origine de la maladie, le virus proviendrait, croit-on, d’une chauve-souris, et aurait été transmis à un pangolin (un mammifère d’Afrique et d’Asie) qui s’est finalement retrouvé sur un étal de viande sauvage d’un marché chinois, passant ainsi à l’humain.

Il aura fallu à peine trois mois pour que le virus frappe la planète entière et provoque une paralysie de l’économie mondiale affectant gravement les conditions de vie de milliards de personnes. Le monde assiste en quelque sorte à la répétition d’un scénario connu, voire même annoncé.

La déforestation galopante, à laquelle participe l’expansion des milieux de vie des humains, provoque la perte d’habitats naturels pour des animaux sauvages amenés à se rapprocher ainsi toujours plus des communautés humaines. Tout pour faciliter la propagation des virus et autres infections, par ailleurs inoffensifs pour les animaux qui en sont porteurs.

À preuve, l’épisode du SRAS en 2003, une autre transmission à l’humain d’un virus provenant d’une civette infectée par une chauve-souris. Idem pour l’Ebola, transmis à l’humain par la consommation de viande de gorille braconné.

La dégradation accélérée des habitats naturels est une bombe à retardement à la fois environnementale et sanitaire, préviennent les scientifiques. La continuation du modèle de développement actuel pourrait bien nous faire revivre des épisodes de pandémie de plus en plus fréquemment.

Pour en savoir plus: www.cs3r.org