Sonia Tremblay passe le flambeau de l’Auberge Gouverneur à un groupe d’investisseurs composé notamment de Bing Zhao, Emma Liu et Linxin Fang.
Sonia Tremblay passe le flambeau de l’Auberge Gouverneur à un groupe d’investisseurs composé notamment de Bing Zhao, Emma Liu et Linxin Fang.

Une page se tourne à l’Auberge Gouverneur de Shawinigan

SHAWINIGAN — Forte secousse au centre-ville de Shawinigan mardi, alors que la propriétaire de l’Auberge Gouverneur, Sonia Tremblay, a annoncé la vente de l’établissement qu’elle dirigeait depuis 19 ans à un groupe de cinq investisseurs mené par Bing Zhao, pour qui il s’agit d’une huitième propriété hôtelière au Québec. Par ailleurs, le restaurant Pacini et le centre des congrès seront dorénavant exploités par les propriétaires du Rouge Vin de Trois-Rivières.

Leader de la communauté aux opinions assumées, Mme Tremblay a dû combattre une vive émotion en confirmant la nouvelle dans le foyer Louis-Beaudoin en début d’après-midi, devant plusieurs représentants du milieu politique et de celui des affaires.

Les rires et les larmes se sont entremêlés pendant son allocution d’une dizaine de minutes, durant lesquelles elle s’est notamment appliquée à remercier ses nombreux partenaires et complices d’affaires pendant son règne.

En entrevue, Mme Tremblay ne cache pas que la crise sanitaire du printemps l’avait poussée dans ses derniers retranchements. À 53 ans, elle s’est demandé si elle posséderait l’énergie et la volonté pour participer à la lente relance de l’industrie touristique, sérieusement touchée par la COVID-19.

«Ce goût de liberté, je l’ai quand même depuis un petit bout de temps», confie-t-elle. «Le coronavirus a fait que je me suis demandé si c’était un combat que je voulais mener à nouveau? À cela, j’ai répondu non. Je n’en avais pas envie.»

«L’hôtellerie sera un combat au cours des prochaines années», assure-t-elle. «Revivre dans un monde touristique et un monde corporatif comme nous les avons connus, ce n’est pas demain que nous reverrons cela. J’ai trop aimé l’hôtellerie de la façon d’avant. Je ne voyais pas comment je pouvais gérer ça différemment. En plus, j’aurais pris du retard dans ma vision d’entreprise, dans les rénovations, par exemple. Tant qu’à hypothéquer le futur de l’hôtel, à ne plus le voir comme je le voulais, je préférais vendre à des gens solides financièrement qui pourront amener l’hôtel ailleurs.»

Les discussions se sont déroulées rondement. M. Bing avait déjà tenté de faire l’acquisition de l’Auberge Gouverneur en 2014. Le même intermédiaire montréalais a remis les parties en contact en mars et la transaction a été signée lundi soir.

Le montant de la vente n’a pas été dévoilé, mais on peut facilement imaginer que dans le contexte actuel, M. Bing et son groupe possédaient le gros bout du bâton, avec un marché complètement déprimé. Mme Tremblay assure pourtant que ce contexte n’a rien changé.

«J’avais établi une valeur avant la COVID et elle est restée la même», confie la femme d’affaires. «J’ai travaillé ici près de vingt ans. Je n’aurais pas fait une vente de feu. Ces gens-là ont payé la juste valeur de l’hôtel. Ils ont su, dès le départ, que s’ils voulaient une vente de feu, ils n’étaient pas à la bonne place.»

L’exploitation de la bannière Pacini sera confiée à l’équipe du Rouge Vin traiteur de Trois-Rivières. Sur la photo apparaissent Hugo Hamelin (vice-président et chef) et Patrick Buisson (président).

Des projets

Le groupe de M. Bing est complété par Linxin Fang, Emma Liu, Ying Kong et Songwang He. Le principal actionnaire est associé à d’autres partenaires à l’hôtel Le Victorin de Victoriaville, à l’Hôtel Brossard, à un Éconolodge de Québec, au Manoir des sables de Magog, l’Hôtel Cheribourg d’Orford, de même qu’à un Confort Inn & Suites et à un Days Inn à Lévis.

L’homme d’affaires avance qu’il investira environ un million de dollars à Shawinigan au cours de la prochaine année pour refaire une beauté à une soixantaine de chambres. Il souhaite également donner plus d’éclat à l’éclairage extérieur.

«D’ici cinq ans, je veux posséder 20 hôtels au Québec», annonce M. Bing, qui a entrepris sa carrière dans ce milieu avec l’acquisition du Motel Bienvenue de Saint-Hyacinthe, en 2004.

L’homme d’affaires n’est donc pas trop effrayé par les lendemains de la pandémie, qui bousculent les certitudes dans le monde touristique dans un horizon encore indéterminé.

«Nous avons regardé les chiffres et normalement, l’hôtel serait plein à ce temps-ci de l’année», convient-il. «Mais avec le support du gouvernement et le travail de notre équipe, nous pourrons surmonter ces difficultés et atteindre nos objectifs.»

Du côté du Rouge Vin traiteur, il s’agit d’une intégration souhaitée depuis longtemps à Shawinigan. Au fil des années, certains se désolaient que cette entreprise trifluvienne soit retenue pour le service de traiteur du Gala Distinction Desjardins de la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan.

Le Rouge Vin s’occupera désormais de la gestion du restaurant Pacini et du centre des congrès de l’Auberge Gouverneur.

«Nous étions déjà traiteur ici depuis environ deux ans», mentionne Patrick Buisson, président de l’entreprise. «Personnellement, je me suis toujours dit que nous étions de la Mauricie. Mais nous nous sentirons maintenant encore plus à l’aise à Shawinigan pour aider la région à développer le tourisme.»

M. Buisson s’attend à ce que les nouveaux propriétaires procèdent à des rénovations au centre de congrès d’ici deux à trois ans.

Aucune perte d’emplois n’est prévue avec l’arrivée de ces nouveaux propriétaires. Des embauches sont même attendues.

Dans l’ère pré-COVID-19, l’Auberge Gouverneur et le restaurant Pacini employaient 80 personnes. Environ la moitié du personnel est revenue progressivement au travail au cours des dernières semaines.