Gisèle Lacerte, vice-provinciale de la congrégation des Filles de Jésus, en compagnie de Ghislain Aubin, directeur général des Habitations populaires du Québec, et du maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque.

Une nouvelle vie pour un couvent

Contraintes de quitter le couvent du Kermaria de Trois-Rivières, les Filles de Jésus ont accepté que leur imposant bâtiment du boulevard Saint-Louis soit transformé en résidence pour personnes âgées à faible ou à moyen revenu. Cette conversion, réalisée par les Habitations populaires du Québec, sera faite au coût de 8 millions $ et permettra d'aménager 73 unités d'habitation.
«Cette décision [de vendre le bâtiment] est mûrie depuis longtemps. Voyant l'avenir qui se dessine, on a de moins en moins de personnel. Et les soeurs sont de plus en plus âgées. C'est difficile de faire la gestion de ces grandes maisons. C'est ce qui a motivé la décision de passer à autre chose», avoue Gisèle Lacerte, vice-provinciale de la congrégation des Filles de Jésus, qui est consciente qu'une page de l'histoire de Trois-Rivières se tourne. 
Malgré le choix très difficile, les religieuses acceptent cette réalité. N'empêche qu'elles ont vécu toutes sortes d'émotions lorsqu'elles ont accepté de se départir du vaste bâtiment du boulevard Saint-Louis. «Elles ont un pincement au coeur de devoir vendre la maison où elles sont depuis toujours, mais nous sommes heureux de ce projet. Ça continue l'oeuvre que nous avons toujours réalisée. Vraiment, les soeurs sont à l'aise avec la décision», assure soeur Lacerte. 
«Le projet de résidence pour personnes âgées à faible ou à moyen revenu nous rejoint vraiment.» 
Les religieuses des Filles de Jésus iront habiter avec leurs consoeurs des Ursulines et des Carmélites dans une nouvelle résidence actuellement en construction sur la rue Perreault, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. En tout, près de 200 religieuses logeront à cet endroit. Il s'agit d'une résidence plus adaptée à ces religieuses qui avancent en âge. 
Et les besoins de résidences pour personnes âgées sont nombreux à Trois-Rivières. «Trois-Rivières est une des villes au Québec où il y a le plus de personnes âgées. Et il y a une demande pour les résidences pour gens à faible ou moyen revenu», précise Ghislain Aubin, directeur général des Habitations populaires du Québec.
La conversion de l'immeuble des Filles de Jésus sera réalisée au coût de 8 millions $, dont la moitié est financée par les Habitations populaires du Québec via le programme AccèsLogis. La Ville de Trois-Rivières participe aussi au projet en accordant une subvention de 250 000 $ ainsi que des crédits de taxes foncières pour dix ans. 
«On anticipe autour de 5 millions $ en rénovation sur ce projet. C'est donc majeur pour Trois-Rivières», soutient Ghislain Aubin. 
«Les autres 3 millions $ seront consacrés notamment aux honoraires professionnels, à la décontamination de l'amiante et à l'achat du bâtiment. Ce qui est intéressant, c'est que c'est un bâtiment qui a été bien conservé et que c'est un site extraordinaire.» 
Ce changement de vocation sera réalisé par la firme d'architecture Bourassa et Mayer. Et l'architecte Marc-André Mayer assure que l'histoire du bâtiment sera préservée et respectée. 
«C'est un bâtiment chargé d'histoire. Le mot d'ordre pour ce projet est respect: respect du patrimoine bâti et respect des gens qui y ont habité», affirme l'architecte responsable du projet de conversion. «J'espère que ce projet sera reconnu comme un projet phare dans le recyclage de bâtiments.»
Tous les intervenants de ce projet assurent que la magnifique chapelle du couvent sera préservée. En fait, tout le projet est élaboré autour d'elle. «Pour nous, la chapelle était vraiment très importante. De voir qu'il y a un respect pour elle, c'est un bonheur», estime la vice-provinciale des Filles de Jésus.  
De son côté, le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, affirme que l'aide financière de la Ville est très justifiée, considérant que le bâtiment sera préservé et que des personnes âgées qui ont moins de revenus pourront accéder à un tel logement. 
Alors que nous apprenons que le couvent Kermaria sera converti, la question de l'avenir des bâtiments des Ursulines dans le Vieux-Trois-Rivières se pose. Bien qu'il indique qu'il n'a pas de projet sur la table pour convertir les immeubles en logements, le maire assure que la Ville ne veut en aucune circonstance voir ces bâtiments historiques disparaître et qu'elle appuierait un éventuel projet. 
«Non, non, non. C'est sûr que nous ne voulons pas laisser aller les bâtiments des Ursulines», répète à plusieurs reprises en entrevue le maire lorsqu'on l'interroge à ce sujet. 
«Ma volonté est de garder le musée, la Ville travaille sur ça. Mais il faut aussi que le ministre de la Culture participe financièrement. On a sauvé l'église St. James et elle était en mauvais état. Et les bâtiments des Ursulines sont en très bon état.»