Daniel Jalbert et sa conjointe Michelle Rheault ont adopté Bones.

Une nouvelle vie pour Bones

C'était à la mi-octobre 2015. Un chien errant trouvé par une citoyenne de Shawinigan avait été confié à la succursale de Shawinigan de la Société protectrice des animaux de la Mauricie. Les employés avaient surnommé le boxer Bones.
Il était déshydraté. Il souffrait tellement de faim que ses muscles avaient fondu. On pouvait voir presque tous les détails de son squelette. Du pus s'échappait de ses oreilles et de ses narines. À 17 kilos à peine, il s'agissait du pire cas de sous-alimentation que la SPAM avait eu à soigner.
Ce pauvre chien avait ému toute la région, en particulier le photographe bien connu Daniel Jalbert et sa conjointe, Michelle Rheault qui, en le voyant dans les médias, ont décidé que sa misère deviendrait chose du passé.
Un mois à peine avant de découvrir la triste histoire de Bones, le couple avait été obligé de faire euthanasier Chico, son grand danois, ce qui avait laissé un grand vide. «C'était clair qu'on aurait un autre chien», raconte Mme Rheault qui a eu trois boxers au cours de sa vie. «C'est ma race», dit-elle, «parce que ce sont de gros bébés, de gros nounours», dit-elle. «Ça n'a pas de malice.»
Bones pèse aujourd'hui 34 kilos et vit près d'un lac avec une famille aimante.
Bones à son arrivée à la SPAM de Shawinigan alors qu'il ne pesait que 17 kilos, soit la moitié de son poids actuel.
À l'arrivée du Nouvelliste à Saint-Paulin, lundi, où Bones vit maintenant avec ce couple, c'est à deux mains de Daniel Jalbert retenait son nouveau compagnon à quatre pattes. Bones est aujourd'hui fort et énergique. Des faméliques 17 kilos qu'il faisait à son arrivée à la SPAM, il y a un an, le voici tout en muscles qui arbore fièrement 34 kilos, soit deux fois son poids.
Les amis et la visite qui arrivent à la maison l'excitent au plus haut point et il demeure dans un état de frénésie jusqu'à ce que chaque centimètre carré des mains ou du visage du visiteur ait été soigneusement humecté, voire trempé, à grands coups de langue. Une fois la tempête calmée, il revient périodiquement chercher doucement des caresses d'un coup de tête. Le visiteur fait partie de sa meute.
Bones ne manque jamais d'imprimer son gros museau brun dans la vitrine en laissant échapper quelques supplications quand il veut aller dehors. C'est qu'à proximité de la maison où il habite maintenant, à Saint-Paulin, il y a un lac et suffisamment de vie, dans les boisés et sur le grand terrain, pour laisser libre cours à tous ses instincts de chasseur.
C'est un véritable conte de fées que vit maintenant ce chien de quatre ans.
Malgré tout, Bones porte encore quelques cicatrices psychologiques de son mystérieux et douloureux passé. «On a essayé de connaître ses antécédents», raconte Daniel Jalbert, mais sans succès. «J'ai sorti la pelle à neige, à un moment donné, et il en a eu peur», dit-il. «Même chose avec le râteau. Il s'en méfie.» On peut imaginer par quelle horreur il a pu passer. Michelle Rheault raconte qu'il avait un petit quelque chose à la mâchoire, au début, comme s'il avait été frappé violemment à la tête. «Tout est rentré dans l'ordre maintenant», dit-elle. Tout sauf un problème chronique de digestion que seule une moulée sans gluten semble contrôler.
S'il est un couple qui méritait d'adopter Bones, c'est bien celui-ci, car il a fallu ramasser patiemment pas mal de vomissures avant de mettre le doigt sur le problème et en venir à bout. Malgré tout, ces amoureux des chiens n'ont jamais regretté leur décision.
«La maltraitance, ça me touche beaucoup», confie Mme Rheault. Malgré tous les bons soins et l'amour que lui prodigue sa nouvelle famille, Bones demeure anxieux, reconnaît le couple. Tout laisse croire qu'il n'a pas été socialisé quand il était petit.
À la SPAM, on avait constaté que Bones avait une certaine peur des hommes. Quand Daniel Jalbert s'était rendu sur place pour jouer avec lui, toutefois, «la connexion s'est faite tout de suite», dit-il.
Le couple, qui faisait partie d'une longue liste de personnes désireuses d'adopter Bones, a eu droit de faire une petite marche avec lui, devant la SPAM de Shawinigan. «Quand on est revenu, il s'est couché en dessous de ma chaise», raconte Michelle Rheault. «Il nous avait choisis», dit-elle en racontant qu'elle avait pleuré de joie quand elle a su que la SPAM avait accepté leur candidature. «Je l'aimais. Dans mon coeur, c'était mon chien», confie-t-elle. «Il y avait une chimie entre nous.»
«Maintenant, il fait partie de la famille», ajoute Daniel Jalbert.
Le couple Jalbert-Rheault n'a pas voulu changer Bones de nom après son adoption. «C'est son histoire après tout», plaide Daniel Jalbert. Ce dernier a toutefois développé le réflexe de toujours mettre un «Ti» devant Bones, quand il l'appelle. C'est son ti-pitou, maintenant, et T-bone, ça sonne tellement mieux que Bones quand on est passé de la famine à une famille aimante sur qui on peut compter.