Les travaux de réhabilitation en cours au coin de la 9e Rue de la Pointe et de l’avenue Broadway entraînent des surprises à l’hôtel de ville de Shawinigan.

Une nouvelle facture difficile à digérer

SHAWINIGAN — Pour la deuxième fois en une semaine, Entreprises G.N.P. vient d’obtenir une directive de changement au contrat de réhabilitation environnementale d’un lot situé sur la 9e Rue de la Pointe à Shawinigan, dans le cadre du projet de construction d’une importante résidence pour personnes âgées du Groupe Château Bellevue. Cette facture supplémentaire de 408 635 $, qui s’ajoute à celle de 337 782 $ consentie pas plus tard que le 19 mars, passe de travers à l’hôtel de ville.

En fait, Entreprises G.N.P., dont le siège social est situé à Victoriaville, avait obtenu ce mandat en janvier dernier, pour la somme de 608 541 $. Mais en l’espace d’une semaine, le conseil municipal a dû se résoudre à accorder pour un total de 746 417 $ supplémentaires à ce contrat. En résumé, jusqu’ici, les imprévus surpassent de 23 % le montant de l’entente initiale en raison d’une contamination beaucoup plus importante qu’anticipé.

«Ma première réaction, c’est que je suis vraiment en colère», s’indigne le maire, Michel Angers. «D’habitude, quand on demande à une firme de faire cette vérification, on doit s’attendre à une bonne estimation. Règle générale, on va forer jusqu’à la roche.»

«La première fois, j’étais très surpris», poursuit le maire. «Et là, je le suis encore plus. On construit une résidence pour personnes âgées sur un terrain qu’on savait contaminé, mais peut-être pas dans cet état.»

C’est Roche Groupe-Conseil, devenu Norda Stelo, qui avait obtenu de la Ville le mandat des services professionnels pour les études environnementales sur des sites contaminés, en mars 2015. Ce contrat s’élevait à 192 774 $, mais il comprenait alors trois autres endroits.

«Quand on paye pour des tests, je veux qu’on fore jusqu’au fond», tonne M. Angers. «Je ne veux pas qu’on gratte le sol avec son pied pour voir si tout est correct. On s’attend à un travail dans les règles de l’art. On va demander des comptes.»

Du côté de Norda Stelo, Annie Michaud, conseillère en communication, n’a pas trop voulu s’avancer sur ce dossier précis.

«Nous n’avons pas eu vent d’une situation particulière avec la Ville de Shawinigan», indique-t-elle. «Les rapports que nous avons fournis avec des recommandations appartiennent à la Ville.»

Le maire rappelle qu’il s’est engagé auprès du Groupe Château Bellevue afin que le terrain soit décontaminé pour qu’il puisse aménager un stationnement sous-terrain de deux étages. Voilà pourquoi la Ville n’a pas beaucoup d’autre choix que celui d’avaler la pilule et de payer le montant supplémentaire demandé par le responsable du chantier.

Si une facture s’ajoute pour le même objet que la résolution adoptée le 19 mars, c’est simplement parce que Entreprises G.N.P. s’est déplacée sur le même lot et que ses découvertes l’ont amenée à réclamer ce montant pour poursuivre les travaux. La Ville s’attend à ce que cette somme supplémentaire de 408 635 $, consentie par résolution en assemblée extraordinaire le 26 mars, soit la dernière dans ce dossier.

En octobre 2016, la Ville avait établi un budget de 1 387 700 $ pour ces travaux de réhabilitation sur la 9e Rue de la Pointe. Le dernier ajout porte la facture à 1,355 million $.

Terrain maudit
À l’hôtel de ville, des vérifications ont aussi été faites pour savoir comment la Ville s’était retrouvée avec ce terrain entre les mains.

«Nous avons découvert qu’en octobre 1986, juste avant l’élection de Roland Desaulniers, la Ville a acheté ce terrain de Placements Jean-Guy Roy pour la somme de 100 000 $ sans s’être assurée qu’il n’y avait pas de contamination. J’étais on ne peut plus surpris de cette situation. On va donc fouiller pour voir ce qui s’est passé», raconte M. Angers.

Le maire mentionne qu’aujourd’hui, la Ville ne ferait même pas l’acquisition d’un terrain aussi contaminé pour une somme nominale. Il se demande donc pourquoi les élus ont autorisé cette transaction en 1986.

«Ce sont les terrains de l’ancienne Shawinigan Chemicals», rappelle M. Angers. «À ce moment, c’était une coulée. On aurait peut-être dû savoir que des déchets avaient été envoyés là. Une couche d’argile avait été mise par-dessus ça.»

«Comment peut-on acheter un terrain contaminé pour 100 000 $?», questionne le maire. «Je me pose énormément de questions. C’est encore moi qui voit la poussière sous le tapis et ce sont les citoyens d’aujourd’hui qui vont assumer la facture pour des personnes qui n’ont pas agi avec toute la responsabilité qu’on aurait dû dans un contexte comme celui-là. J’ai énormément de difficulté à cela. Je suis indigné et en colère devant cette situation.»

Aucune mauvaise intention, assure Grenier

La vente d’un terrain fortement contaminé de Placements Jean-Guy Roy à la Ville de Shawinigan en 1986 ressasse de vieux souvenirs chez les personnes impliquées dans ce dossier à ce moment. Selon toute vraisemblance, ce lot situé à l’intersection de l’avenue Broadway et de la 9e Rue de la Pointe était avant tout destiné à un usage de stationnement. 

Le conseil municipal de Shawinigan avait adopté une résolution qui autorisait le maire Dominique Grenier et le greffier à signer l’offre de vente de Placements Jean-Guy Roy à la Ville du fameux terrain pour la somme de 100 000 $ le 16 octobre 1986. Il s’agissait de la dernière séance publique de la carrière politique de M. Grenier, qui n’avait pas présenté sa candidature à l’élection du 2 novembre suivant, lors de laquelle Roland Desaulniers avait été élu.

De formes irrégulières, les lots vendus à ce moment correspondent à peu près aux dimensions du terrain où les travaux de réhabilitation causent présentement tant de soucis à la Ville de Shawinigan. 

Interrogé sur les motifs de cette acquisition, M. Grenier mentionne que son souvenir demeure «très vague», près de 32 ans plus tard. «Mais je pense que personne ne savait que ce terrain était contaminé à ce point», suggère-t-il. «Personne n’est à blâmer là-dedans. Personne n’était mal intentionné.»

Conseiller du district des Hêtres, Jean-Yves Tremblay amorçait sa carrière politique municipale au début des années 80. Lui non plus ne possède aucun souvenir précis de cette transaction. Pour mémoire, la résolution pour la signature de l’acte de vente, adoptée à l’unanimité, avait été proposée par Estelle Corriveau et appuyée par Fernand Giroux.

Incompréhensible

Le vendeur, Jean-Guy Roy, se souvient beaucoup mieux de cette transaction. 

«C’est bien vrai; j’ai vendu ce terrain en 1986», reconnaît-il. «La Ville voulait m’exproprier pour faire un stationnement à l’aréna (Jacques-Plante).»

M. Roy s’explique plutôt mal la surprise des autorités municipales sur la contamination de cette propriété. En fait, personne n’en aurait entendu parler si ce terrain était demeuré un simple stationnement. Les travaux d’excavation pour la résidence du Groupe Château Bellevue changent la donne.

«Tout le monde savait que ce terrain était contaminé!», indique l’homme d’affaires. «On a charrié de la glaise pendant pratiquement un été sur ce stationnement pour le stabiliser. Qui a fait les tests?»

Le 15 février dernier, un avis de contamination de ce terrain a été donné au bureau de la publicité des droits. Il contient notamment un résumé des études de caractérisation préparées par Roche et Pluritec. Cette dernière firme n’a pas donné suite à nos demandes de précisions.

Néanmoins, un passage de cet avis indique qu’une étude de caractérisation complémentaire a été réalisée en janvier et en février pour répondre à une demande d’information reliée au dépôt d’un plan de réhabilitation pour le lot en question au ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. 

«Historiquement, le seul élément problématique sur le lot 6 082 273 est le remblayage du terrain entre 1937 et 1938 au moment de la construction de l’aréna Jacques-Plante», avance l’étude. «Aucune activité directement reliée avec la Shawinigan Chemical ou le site des neiges usées de la Ville n’ont eu lieu sur le lot. Le terrain a fait partie à un moment ou un autre de l’ensemble des lots où ont eu lieu ces activités visées mais sans qu’il soit directement utilisé pour ces usages.»