À en croire Yvon Carignan, l’ancien directeur général et fondateur du centre de thérapie, il est inconcevable qu’on n’ait pas aussitôt contacté les policiers afin de signaler un bris de conditions émises par la Cour.

«Une mort inadmissible et inconcevable»

Trois-Rivières — La jeune femme de 21 ans décédée d’une overdose à la Maison Carignan le 27 décembre 2016 aurait-elle dû rester au centre de thérapie après avoir admis qu’elle avait consommé lors de sa sortie autorisée? À en croire l’ancien directeur général et fondateur du centre de thérapie, Yvon Carignan, il est inconcevable qu’on n’ait pas aussitôt contacté les policiers afin de signaler un bris de conditions émises par la Cour, renvoyant automatiquement la jeune femme vers un établissement carcéral mieux surveillé.

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«C’est une mort inadmissible et inconcevable. Ils auraient dû appeler la police aussitôt qu’elle a admis avoir consommé, mais ils ne l’ont pas fait», constate celui qui, rappelons-le, a été congédié de la Maison Carignan à l’été 2014. D’ailleurs, M. Carignan poursuit toujours le centre à la suite de ce congédiement, une cause qui sera entendue devant la Cour au mois de mai prochain. M. Carignan déplore aussi que la jeune femme n’ait pas fait l’objet d’une fouille plus importante.

Au moins trois résidents de l’époque avec qui Le Nouvelliste a pu s’entretenir ont d’ailleurs remis en question certaines conclusions du rapport. Alors que deux d’entre eux ont préféré conserver l’anonymat, Karine Dallaire a quant à elle voulu que leur version des faits soit connue. La dame, qui étudie aujourd’hui en soins infirmiers, avait agi à titre de «conscience» lors du retour de la victime au centre après sa sortie, c’est-à-dire qu’on lui avait demandé de partager sa chambre et que la jeune femme devait s’adresser à elle seulement.

Toutefois, selon ses dires, la victime a été changée de chambre un peu plus tard ce soir-là pour aller partager la chambre d’une autre résidente. «Ils n’ont pas fouillé sa chambre lorsqu’elle a été changée de chambre. Je me souviens être allée la retrouver dans les toilettes pas longtemps après. Elle pleurait, elle était en détresse et disait qu’elle ne voulait pas retourner en prison. Elle avait très peur de ce qui s’en venait pour elle. J’ai essayé de la rassurer le plus possible», se souvient-elle.

Selon au moins deux résidents de l’époque, la jeune femme présentait des signes d’intoxication importants à son retour à la Maison Carignan, et plusieurs résidents auraient avisé les intervenants. Ces deux mêmes résidents affirment que le personnel avait remis au lendemain le contact avec les policiers pour bris de conditions étant donné qu’il se faisait déjà tard. Parmi toutes les personnes contactées, aucune n’a pu s’adresser aux policiers ou au coroner lors de l’enquête sur cette mort suspecte pour donner leur version des faits.

Une version complètement contredite par le directeur général Alain Poitras, qui assure que tout le travail a été fait dans les règles de l’art. Les intervenants assurent que la chambre de la jeune femme a été fouillée, une information qui apparaît d’ailleurs au rapport du coroner. De plus, M. Poitras réfute les allégations voulant qu’on ait repoussé son dossier au lendemain pour éviter de payer du temps supplémentaire. «C’est complètement farfelu. On en paie beaucoup de temps supplémentaire ici et jamais on ne mettrait en danger un résident pour éviter d’en payer. Le rapport de police et le rapport du coroner vont dans le même sens, ce qui indique que nous avons fait notre travail de façon consciencieuse et professionnelle», affirme-t-il, ajoutant aussi que l’intervenant en poste ce soir-là avait bien évalué le cas de la jeune femme et qu’il estimait qu’il pouvait attendre au lendemain afin de faire un suivi avec l’équipe du centre et, au besoin, contacter les policiers.

À ce sujet, M. Poitras se dit particulièrement irrité de voir la campagne de salissage qui prévaut à l’endroit de la Maison Carignan depuis le congédiement d’Yvon Carignan. «Nous sommes victimes de salissage depuis trop longtemps et nous déplorons les actions de certains individus qui tentent de miner notre crédibilité comme ressource. Nous sommes une organisation qui fonctionne bien et qui effectue un travail consciencieux auprès de nos résidents», ajoute Alain Poitras.