«Une minute à la fois»

Ma première nuit a été pire que ce que je pensais. Elle a été vraiment difficile.
Je n'ai dormi que de petites siestes ici et là. Et des fois, je me réveillais et je ne sentais plus mes pieds. J'ai eu pour la première fois de ma vie peur pour des engelures. Je n'ai normalement pas froid aux pieds et aux mains. Quand je grelottais trop et que je sentais l'hypothermie passer le premier stade, je marchais dans la poudreuse, même si j'avais de la neige souvent jusqu'à la taille. Question de bouger et d'activer ma circulation. Pendant ce temps, ma chienne Nanook a ronflé toute la nuit.
J'ai réussi à me fabriquer des raquettes en déchirant des bouts de mon foulard scout. Il faut que ça serve. J'ai eu du plaisir à les fabriquer. À partir du moment où le soleil se lève et que je m'active, je n'ai plus froid aux pieds. Grâce à mes raquettes, j'ai pu me déplacer. J'ai exploré les environs à la recherche de matériaux. Je commence à avoir hâte d'allumer un feu.
Je n'ai encore rien trouvé à manger. Il n'y a que des épinettes. Les premières 24 heures la faim fait mal, mais par la suite, c'est moins pire. La nourriture de ma chienne ne me tente pas encore. Il faut que je prenne une minute à la fois et que j'essaie d'améliorer mon sort.
Après deux jours à manger de la neige, je crois que j'ai prouvé que c'est viable. Demain (aujourd'hui) je vais trouver autre chose pour boire. Il y a un endroit ou peut-être je vais avoir accès à de l'eau.
L'«Opération ours polaire» est vraiment un bon défi. Il me reste deux nuits à passer dehors et je peux déjà dire que c'est le défi le plus difficile de ma vie.
Propos recueillis par Gabriel Delisle