Depuis trois ans, l’infirmière de métier Andrée Gilbert est chef de mission en Haïti pour Médecins du Monde.

Une Latuquoise en Haïti

La Tuque — «On est ici pour donner un appui et apporter de l’aide, est-ce qu’on s’en va quand ça va mal?» Andrée Gilbert affirme définitivement que non. La Latuquoise a passé plus de 30 ans en Haïti et elle y est toujours. Depuis trois ans, l’infirmière de métier est chef de mission en Haïti pour Médecins du monde et l’idée d’abandonner en raison de la situation de crise qui règne en Haïti ne l’intéresse pas.

«Non, au contraire, je me dis, est-ce qu’on s’en va quand ça va mal? Bien sûr que non», lance-t-elle.

C’est la passion pour différents projets et organismes qui ont amené la Latuquoise à passer autant de temps en Haïti.

«Médecins du monde a un gros programme en Haïti, on appuie le ministère de la Santé publique de manière globale […] On appuie la Santé publique dans la formation des infirmières et des médecins. On finance des ressources nouvelles, des médecins, des infirmières et des laborantins», explique Andrée Gilbert.

Des médicaments, des équipements, des toitures, des lits, il y a également beaucoup d’efforts qui sont mis pour essayer de donner un mieux-être et à l’accueil des patients. «On focusse sur la santé materno-infantile, la nutrition et le choléra», spécifie la Latuquoise.

«Il ne faut pas oublier que dans certains endroits, les femmes marchent trois ou quatre heures pour aller accoucher. C’est pour ça aussi qu’on travaille énormément pour que les hôpitaux soient accueillants, qu’il y ait du personnel formé. Je pense que c’est important de le dire», ajoute-t-elle.

Haïti est présentement déchirée par une crise aiguë. Des milliers de personnes se sont massées dans les rues dans les derniers mois. Elles réclament notamment la lumière sur l’utilisation des Fonds de Pétrocaribe et la démission du président. La mobilisation populaire s’est intensifiée au début du mois de février.

«Quand on a eu le ‘‘Pays lock’’, c’est-à-dire quand le pays a été fermé pendant huit jours, il y a eu de gros problèmes d’approvisionnement dans les hôpitaux», raconte la Latuquoise.

«On a eu des demandes qu’on n’a jamais, il n’y avait plus rien parce qu’il n’y avait pas de possibilité de transport pour rentrer sur Port-au-Prince pour faire des achats parce que tout était fermé, les routes étaient bloquées. Par contre, le problème le plus criant, c’était le manque d’oxygène et de carburant. On n’a très peu d’électricité en Haïti et les hôpitaux fonctionnent avec des génératrices. Il n’y avait pas de carburant. Sans carburant, il n’y a pas de chirurgie parce que les salles d’opération ne peuvent pas fonctionner», ajoute-t-elle.

Mais jamais Mme Gilbert ne s’est sentie menacée et aucun membre de son équipe non plus précise-t-elle.

«Quant à la sécurité, je dois dire que c’est correct. On prend des mesures de sécurité supplémentaires tout le temps. On est au maximum et c’est la sécurité des employés d’abord […] On s’assure le matin que tout va bien, que les routes ne sont pas bloquées pour aller travailler», insiste-t-elle.

Les conditions de vie de la population sont difficiles en raison, entre autres, de l’inflation et de la dévaluation de la monnaie.

«La misère devient de plus en plus grande et profonde. […] Le coût de la vie a énormément augmenté parce qu’il y a eu des mauvais choix. Tous les produits de première nécessité ont augmenté de façon catastrophique et les salaires évidemment n’ont pas augmenté», fait remarquer l’infirmière.

Malgré tout ce climat instable, la Latuquoise note des avancements sur le terrain notamment en ce qui a trait au dossier du choléra.

«On travaille sur le choléra depuis des années et des années, l’épidémie est presque enrayée. Des équipes ont travaillé très fort avec les équipes du ministère», insiste-t-elle.

La reconnaissance de la population et du ministère de la Santé publique sont également des aspects positifs notés par Andrée Gilbert qui retourne dans son havre de paix à La Tuque une fois par année pour se ressourcer.

«Ils se demandent ce qu’ils peuvent faire pour nous aider pour que nous puissions continuer à les appuyer, ça, c’est un des plus beaux cadeaux qu’ils pouvaient nous faire.»