La Dre Marie-Josée Godi, directrice régionale de la Santé publique de la Mauricie et du Centre-du-Québec.
La Dre Marie-Josée Godi, directrice régionale de la Santé publique de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Une grande région, deux épidémies [VIDÉO]

TROIS-RIVIÈRES — Alors que le cap des 2000 cas de COVID-19 ainsi que des 200 décès vient d’être franchi en Mauricie et au Centre-du-Québec, force est de constater que le coronavirus a durement affecté la région. Mais comme l’explique la directrice régionale de la Santé publique, nous vivons collectivement deux épidémies bien distinctes aux réalités fort différentes et les dernières données épidémiologiques sont malgré tout encourageantes.

«Pour la pandémie, on a eu deux épidémies pour les régions les plus touchées. Celle qui s’est déroulée dans la communauté et celle qui s’est déroulée dans les milieux fermés. Je parle ici des centres d’hébergement pour les soins de longues durées, mais également pour les résidences privées pour aînés», mentionne la Dre Marie-Josée Godi, directrice régionale de la Santé publique de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Alors que le Québec est en phase de déconfinement, les derniers bilans quotidiens de la pandémie du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) sont toutefois de bon augure, estime la médecin. En effet, on ne dénombrait vendredi que douze nouveaux cas en 24 heures, ce qui porte à 2010 le total du nombre de contaminations au coronavirus dans la région.

«On voulait s’assurer qu’avec la réouverture de certains secteurs d’activités, nous n’ayons pas une flambée de cas. Et ça semble être le cas actuellement», précise la Dre Godi. «Le nombre de personnes hospitalisées et de décès est également en baisse. Cela semble encourageant.»

Un taux de décès dans les plus élevés 

La Mauricie et le Centre-du-Québec affichent un des taux de décès par 100 000 habitants les plus élevés au Québec. À l’exception des régions de Montréal et de Laval, c’est en Mauricie et au Centre-du-Québec qu’on retrouve le plus de morts de la COVID-19 en proportion de la population dans toute la province. Et c’est en Mauricie, avec notamment 120 décès uniquement en CHSLD, qu’on dénombre le plus de victimes. À elle seule, cette région a 87 % des décès survenus sur le territoire du CIUSSS MCQ. Vendredi, on déplorait dans la région un 50e décès au CHSLD Cloutier-du Rivage de Trois-Rivières, ce qui porte le nombre de victimes de la pandémie à 205 pour l’ensemble du territoire du CIUSSS MCQ.

«On sait très bien que les personnes âgées avec des problèmes de santé et chroniques sont beaucoup plus vulnérables», ajoute la Dre Godi. «C’est dans les CHSLD qu’on a observé le plus de décès. Pour utiliser l’image du premier ministre, c’est comme mettre le feu à la paille. C’est bien dommage ce qu’on a observé dans notre région.»

Cette pandémie causée par le coronavirus n’affecte pas tous les groupes d’âge dans une même proportion. Les personnes âgées de 80 ans et plus sont surreprésentées pour ce qui est du nombre de cas par tranche d’âge. En effet, 21 % des cas de COVID-19 dans la région ont affecté des personnes de 80 ans et plus, alors que les personnes de 70 à 79 ans ne totalisent que 8 % des cas. Chez les autres tranches d’âge de la population active, on ne remarque pas d’écart aussi significatif.

Tableaux préparés par le CIUSSS MCQ

Quant aux décès, les plus de 80 ans sont aussi surreprésentés. Pas moins de 72 % des victimes de la COVID-19 dans la région étaient dans cette tranche d’âges. En comparaison, 19 % des personnes décédées de la COVID-19 étaient âgées entre 70 et 79, alors que ce pourcentage chute à 8 % chez les 60-69 et moins de 1 % chez les 50 à 59 ans.

Tableaux préparés par le CIUSSS MCQ

«Nous sommes en Mauricie une des régions au Québec où la population est la plus vieillissante. Surtout en Mauricie, comparé au Centre-du-Québec», note la Dre Godi pour expliquer ces statistiques.

«Le risque de développer la maladie est toutefois le même chez toute la population, peu importe son âge. Autant les nourrissons que les personnes très âgées. C’est l’évolution de la maladie qui est variable selon l’âge.»

2010 cas: la pointe de l’iceberg 

Mais qu’en est-il des personnes asymptomatiques? Contrairement à plusieurs maladies causées par des virus, une personne atteinte de la COVID-19 peut être contagieuse sans qu’aucun symptôme ne se soit manifesté ou sur le point de se faire sentir. Souvenons-nous du cas de Manon Trudel, cette Québécoise passagère du navire de croisière Diamond Princess qui avait contracté la COVID-19 sans jamais ressentir quoi que ce soit.

Tableaux préparés par le CIUSSS MCQ

«Ce qu’on détecte par les tests de dépistage, ce n’est que la pointe de l’iceberg. Des personnes ont peut-être la maladie, mais on ne les a jamais identifiées», avoue la Dre Marie-Josée Godi.

Par ailleurs, les femmes sont aussi plus nombreuses que les hommes à avoir contracté la COVID-19 dans la région, dans une proportion de 6 contre 4.

Tableaux préparés par le CIUSSS MCQ

Cela s’explique en partie par deux éléments. Les femmes âgées de plus de 90 ans, un groupe d’âge fortement affecté, sont plus nombreuses que les hommes. Et les femmes sont plus nombreuses que les hommes en première ligne dans les hôpitaux et les CHSLD, donc plus nombreuses à pouvoir contracter le virus dans le cadre de leurs fonctions. Les hommes sont toutefois plus nombreux à vivre de graves complications liées à la COVID-19, mentionne la Dre Godi.

Le «mystère» des enfants

Le retour en classe de plusieurs élèves de la région du niveau primaire démontre que les enfants sont aussi sujets à développer la COVID-19.

Rappelons que six cas ont été déclarés à l’école Saint-Paul, un à l’école Saint-Philippe, un à l’école Jacques-Hétu et onze à l’école Louis-de-France.

Les plus jeunes sont toutefois de façon générale bien moins touchés que les autres tranches de la population.

«Il y a toujours ce mystère sur les jeunes enfants qui demeure. Au début de la pandémie, ils étaient moins testés et moins exposés. Maintenant, on observe ce qui se passe avec le déconfinement dans tous les pays et la réouverture des écoles. Ce qui semble ressortir, c’est que les enfants et les adolescents font des maladies très, très légères, ils s’en sortent toujours bien», explique la directrice régionale de la santé publique.

«Les décès dans cette tranche d’âge sont survenus chez des enfants ayant des maladies chroniques ou qui étaient immu- nosupprimées.»