Les dénonciations de manque de personnel dans les CHSLD s’accumulent dans la région.

Une femme de 88 ans est décédée après avoir été laissée sans surveillance

Saint-Tite — Les dénonciations de manque de personnel dans les CHSLD s’accumulent en Mauricie. Cette fois, c’est la famille d’Anita Trépanier qui interpelle directement le ministre Gaétan Barrette dans une lettre qui lui sera envoyée incessamment. La famille déplore que cette femme de 88 ans ait été laissée sans surveillance avec un autre bénéficiaire, un événement qui a entraîné des conséquences mortelles pour l’octogénaire.

Le 7 janvier, Mme Trépanier se trouve au salon du CHSLD de Sainte-Thècle en compagnie d’un bénéficiaire. La dame éprouvant des troubles cognitifs est dans un fauteuil roulant. Aucun membre du personnel ne se trouve sur les lieux, car ils sont occupés à coucher d’autres résidents, raconte sa fille, Guylaine Veillette.

Anita Trépanier

«Elle a été laissée seule avec un autre bénéficiaire qui a des troubles cognitifs. Dans sa maladie, il replace les chaises et fait du ménage. Le monsieur demande à ma mère de se lever, car il veut laver sa chaise. Ma mère lui dit non, le monsieur dit oui, ma mère dit non. Le monsieur la soulève et part avec la chaise et ma mère se retrouve par terre», dit Mme Veillette, une des quatre filles de Mme Trépanier.

La chute sera dramatique pour la dame. Elle subit une fracture de la hanche et doit être opérée. Mais en raison d’un problème de santé, Mme Trépanier prend un médicament pour éclaircir le sang. Selon les informations fournies à Mme Veillette par un médecin de l’hôpital de Shawinigan, l’opération doit donc être retardée de quatre jours, le temps que l’effet du médicament se dissipe afin de réduire les risques d’hémorragie. Mais en même temps, le médecin explique à la famille que ce délai forcera Mme Trépanier à vivre de très grandes douleurs.

«La personne qui aurait dû opérer ma mère me dit qu’à cause de son âge, de sa médication, de la douleur, le risque qu’elle meure sur la table d’opération, elle suggère un plan B: soins palliatifs avec confort et ça va se terminer comme ça... Ma mère a de la misère à comprendre, elle n’aurait pas géré ses exercices à faire pour récupérer. La décision a été les soins palliatifs pour qu’elle souffre le moins. Ça a fini trois jours plus tard. Pour ma mère, ça aurait dû se passer autrement», continue Mme Veillette, évoquant le décès de sa mère le 10 janvier dernier.

Guylaine Veillette indique que tout allait plutôt bien dans sa famille il y a quelques mois à peine. Son père et sa mère vivaient ensemble dans leur maison de Saint-Tite. Le monsieur de 93 ans était dans une forme étonnante et prenait soin de son épouse. Mais le 30 juin, il s’est fait renverser par une voiture dans le stationnement d’un commerce de Saint-Tite. Avec une hanche cassée et un séjour forcé à l’hôpital, l’homme ne pouvait plus prendre soin de sa femme. C’est à ce moment que Mme Trépanier a fait son entrée dans le réseau des centres d’hébergement.

«Elle a passé deux mois au CHSLD de Saint-Tite, dans un lit de dépannage. Ils ne pouvaient pas la garder. J’ai trouvé une résidence privée à Saint-Georges. Après trois semaines, la propriétaire nous dit qu’elle ne peut plus la garder, car elle est trop avancée dans sa maladie. On la ramène au pavillon Beauregard. Après un mois, la propriétaire me dit qu’elle n’est pas à la bonne place. On l’a déménagée une autre fois, à Sainte-Thècle. Quatre déménagements en cinq mois, je trouve ça beaucoup pour une personne avec des pertes cognitives. Mais en arrivant à Sainte-Thècle, je me suis dit que ma mère est à la bonne place. Les gens lui parlent doucement, c’est propre, ça sent bon, c’est calme. Les choses sont enfin placées. Et il arrive ce qui est arrivé le 7 janvier.»

Si Mme Veillette accepte de raconter son histoire, c’est pour mentionner à son tour que les préposés aux bénéficiaires sont débordés et non pas pour leur lancer la pierre. Elle n’en veut pas non plus au CHSLD car elle considère le tout comme un accident.

«Ce sont des employés en or. Mais il manque de personnel. Ils se dépêchent. C’est pour ça que je propose que des stagiaires puissent travailler durant des blocs de quatre heures pour l’heure du souper et les couchers. Plein de monde cherche à faire du bénévolat, ça pourrait être un projet d’école pour impliquer des élèves. Ce sont des solutions faisables et ça ne coûte pas cher», raconte Mme Veillette, qui avance ses suggestions dans sa lettre au ministre Barrette et qui souhaite être mise au courant des mesures qui seront mises en place pour éviter la répétition d’une telle situation.

À l’instar de Pierre-Alexandre Savard, un gériatre qui a témoigné dans les pages du Nouvelliste de mercredi, Guylaine Veillette souhaite ne jamais avoir à mettre les pieds dans un CHSLD.

«Je demeure près de la voie ferrée. Et avec ce qui s’est passé à Lac-Mégantic, des gens me disent: ‘‘T’as pas peur d’un déraillement?’’ J’ai moins peur de ça que du cancer ou d’un CHSLD.»