Valérie Lalbin, directrice générale de l’Office de tourisme, foires et congrès de Shawinigan, lors du dévoilement du projet commémoratif du 100e anniversaire du premier vol d’aviation de brousse, vendredi après-midi dans le secteur Lac-à-la-Tortue.

Une exposition numérique lancée pour les 100 ans de l'aviation de brousse

SHAWINIGAN — Au cours des dernières années, l’aviation dans le secteur Lac-à-la-Tortue a surtout attiré l’attention en raison du débat sur le bruit causé par les vols touristiques. Vendredi après-midi, un comité spécialement formé pour la commémoration du 100e anniversaire du premier vol d’aviation de brousse au Canada a présenté diverses initiatives pour mettre en valeur un pan important de l’histoire de cette communauté.

Le 8 juin 1919, La Vigilance, un hydravion Curtiss HS-2L offert au Canada par les États-Unis après la Première Guerre mondiale, amerrit au lac à la Tortue. Il avait décollé d’Halifax trois jours plus tôt. Ce vol est considéré comme le fait saillant du développement de l’aviation commerciale de brousse au pays.

Avec un autre appareil semblable, Ellwood Wilson, ingénieur forestier à l’emploi de la papeterie Laurentide, développera la surveillance aérienne contre les feux de forêt. Le lac à la Tortue deviendra le berceau de la photographie aérienne, de la distribution de la poste et évidemment, du transport de passagers.

Pour commémorer ce centenaire, Tourisme Shawinigan, le Pôle en patrimoine et en muséologie numérique du DigiHub et Culture Shawinigan ont annoncé la création d’une exposition numérique sur ce thème à la Place de l’aviation, située devant la bibliothèque Gisèle-M.-Beaudoin. Une imposante sculpture de l’artiste Myriam Fauteux inspirée de La Vigilance complétera l’aménagement.

Ce projet est réalisé notamment grâce à une aide financière de 33 175 $ de Patrimoine Canada et de 28 325 $ de la Ville de Shawinigan. La participation de la Société d’histoire et de généalogie de Shawinigan a également été soulignée.

Les festivités entourant ce 100e anniversaire seront aussi marquées par l’organisation de nombreuses activités gratuites jusqu’au 5 juillet, principalement dans les bibliothèques Gisèle-M.-Beaudoin et Bruno-Sigmen. Vendredi soir d’ailleurs, Rénald Fortier, conservateur du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, offrait une conférence sur l’histoire de l’aviation de brousse. Il s’agit d’un autre important collaborateur pour la mise en valeur de cet événement.

Plusieurs dignitaires ont témoigné de l’importance du rôle joué par le lac à la Tortue dans l’histoire de l’aviation canadienne. Dorothy Jean Lupien et Danielle Mongrain, instigatrices de l’événement historique national de l’établissement de l’aviation commerciale de brousse au Canada dans ce secteur en 2012, vivaient une journée chargée en émotion.

«Mon souhait le plus grand, c’est que les générations futures se souviennent toujours de ce moment», lance Mme Mongrain, vice-présidente de Bel-Air Laurentien aviation, qui accueillait cette cérémonie à l’ancien restaurant L’Hélice.

Ombrage

Ce 100e anniversaire survient alors que le débat judiciaire autour du recours collectif n’est toujours pas réglé. Le 28 février, la juge Suzanne Ouellet rejetait les prétentions de la Coalition contre le bruit portant sur les inconvénients causés par les vols d’hydravions touristiques. Le jugement a toutefois été porté en appel.

Valérie Lalbin, directrice générale de l’Office de tourisme, foires et congrès de Shawinigan, considère que cette controverse ne doit pas miner la particularité historique de ce secteur.

«La façon de développer un territoire, au plan touristique, est de repérer ce qui appartient à son ADN, ce qui lui donne un caractère unique», explique-t-elle. «À mon arrivée à l’office de tourisme, je n’avais jamais entendu parler de cette histoire, même si je suis dans la région depuis 25 ans. Pourtant, c’est une reconnaissance d’exception. La clientèle touristique ne le sait pas, mais les résidents de Shawinigan et de la Mauricie ne sont généralement pas au courant non plus.»

Mme Mongrain fait d’ailleurs remarquer que lors du fameux débat sur l’harmonisation des noms de rues en 2015, des citoyens du secteur Lac-à-la-Tortue s’étaient élevés contre l’apparition de certains toponymes à consonance anglophone dans leur quartier. Il s’agissait pourtant de pionniers locaux de l’aviation.

Au-delà des panneaux d’interprétation et de la reconnaissance historique, Mme Lalbin croit que la création d’un musée s’inscrirait très bien dans l’offre de découverte.

«Il y a toute la place requise pour continuer à développer», sourit-elle. «Il existe un petit musée de l’aviation dans l’antre de l’aéroport, mais ce n’est pas valorisé. Je caresse l’espoir qu’on développe, dans une autre phase avec la Ville, un musée de l’aviation où on intégrerait toute la dimension de la réalité augmentée.»

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, croit aussi que le conflit entre la Coalition contre le bruit et Bel-Air Laurentien aviation ne doit pas porter ombrage à la place historique de cette industrie.

«Nous reconnaîtrons toujours cet apport important», assure-t-il. «La meilleure preuve, c’est que nous participons à cette commémoration. Nul ne peut nier l’histoire; on n’a pas le droit d’oublier.»