L’ex-mannequin Marie-Ève Lavoie s’est jointe à l’équipe de la Résidence au Soleil levant de Bécancour pour faire sa part en cette période de pandémie.
L’ex-mannequin Marie-Ève Lavoie s’est jointe à l’équipe de la Résidence au Soleil levant de Bécancour pour faire sa part en cette période de pandémie.

Une ex-mannequin préposée aux bénéficiaires: «Ça m’a fait reconnecter avec le meilleur de moi-même»

Kim Alarie
Kim Alarie
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Marie-Ève Lavoie aurait bien pu rester chez elle pendant la pandémie qui lui a fait perdre son emploi. Elle aimait bien son travail pour le grossiste en voyages Tours Amérique mais elle se doutait que l’industrie du tourisme en aurait pour un petit bout à se relever du coup dur qu’elle venait d’encaisser. Elle a bénéficié de la Prestation canadienne d’urgence, passé du bon temps avec son petit garçon de 3 ans et demi mais, après six semaines, le travail lui manquait. Travailler, elle aime ça. Simple comme ça.

«Ce qui m’a frappée, c’est quand ils ont fait appel à l’armée. Je me suis dit que ça n’avait pas de bon sens! Je ne pouvais pas croire qu’on était rendu là!», confie celle dont le frère est membre des Forces armées canadiennes.

Ç’a été le déclic. «S’ils ont besoin d’aide, je ne peux pas rester assise chez moi à regarder mes quatre murs!»

Elle s’est rendue sur le site mis en ligne par le gouvernement pour recruter rapidement de la main-d’œuvre. «C’était vraiment n’importe quoi!», tranche-t-elle. Elle a donc épluché les sites d’offres d’emplois pour constater une fois de plus l’ampleur de la demande. Comme la majorité des postes demandaient de l’expérience dans le domaine, ce qu’elle n’avait pas du tout, on lui a donné une chance dans une résidence privée, la Résidence au Soleil levant de Bécancour, où on l’a formée et accueillie à bras ouverts.

«Tu m’aurais dit il y a un an que j’allais être préposée aux bénéficiaires, j’aurais ri!», raconte celle qui a été mannequin dans sa jeune vingtaine.

Si elle rit aujourd’hui, c’est par bonheur d’avoir eu la chance d’expérimenter ce métier qu’elle aime de plus en plus au fil des jours qui passent. «Je n’ai jamais été aussi bien dans mon cœur que depuis que je fais ce métier et ça fait juste trois semaines!»

Elle ne cache pas avoir eu un choc lorsqu’elle a fait ses débuts mais le sentiment de fierté de contribuer à l’effort a vite pris le dessus.


« Je suis étonnée de constater comment ce métier est complet et complexe. »
Marie-Ève Lavoie

«Ce sont de grosses responsabilités et pour le salaire, ça n’a juste pas de sens. Je le fais avec mon cœur, je ne le fais pas pour le salaire.» L’organisation familiale, complexifiée par les garderies fermées, aurait très bien pu la pousser à abandonner le projet, aussi interpellant soit-il. Elle a finalement trouvé une garderie non subventionnée, avec le montant que ça implique au bout de la ligne. «Il faut vraiment vouloir! Comme c’est là, je ferais plus d’argent à rester à la maison.»

L’autre coup dur est venu dernièrement alors que sa famille refuse de la voir par crainte d’attraper la COVID-19. «Je n’avais pas réalisé tout ça... Je les comprends, alors on a fait le choix de ne pas se voir mais je réalise que je ne les reverrai pas avant un petit bout», se désole-t-elle.

«Je fais beaucoup d’efforts pour garder cette job. Il faut vraiment que j’aime ça parce que j’ai beaucoup d’obstacles.» Puis, après un court silence, elle ajoute: «Ça m’a fait reconnecter avec le meilleur de moi-même et ça, ça ne s’échange pas!»

Pourtant, elle a eu des expériences de travail hors du commun quand elle était mannequin au Québec, en Italie et à Tokyo. «C’est l’fun mais ce n’est pas aussi gratifiant quand on y pense.»

Maintenant, elle se sent sur son X et reconnaissante qu’on lui ait donné la chance de faire sa part avec une clientèle qu’elle aime tout particulièrement. «Tu te sens vraiment importante. J’ai vécu des moments avec eux qui étaient extraordinaires», expose-t-elle en soulignant qu’elle se sent bien loin de la jeune femme qui était dans les pages du Elle Québec ou du Vogue italien quand elle revient de ses quarts de travail avec une queue de cheval, un bandeau et son uniforme de préposée aux bénéficiaires. «On devient moins superficielle.»

Amener de la douceur dans la vie de ses résidents la motive au plus haut point et elle raconte de nombreuses anecdotes pour appuyer ses propos, comme la fois où elle a endormi une nouvelle patiente avec une berceuse que sa grand-mère lui chantait. «C’est une dame qui ne parle pratiquement pas et avec qui la communication est difficile. Au fil de la chanson, elle s’est mise à chanter le refrain avec moi...», raconte-t-elle avec beaucoup de fierté et d’émotion. Trouver des solutions pour réconforter ces gens parfois malmenés par la vie ou la maladie est la partie qu’elle préfère de son nouveau travail. «Quand tu n’as jamais fait ça, le hamster tourne pour trouver une solution!»

Elle songe même à retourner sur les bancs d’école, en travail social, pour œuvrer auprès de la clientèle plus âgée, même si la maman est à l’aube de la quarantaine. «Il n’est jamais trop tard!» Le coup de foudre a été à ce point puissant et elle espère que son histoire en convaincra d’autres de se lancer.