La ministre du Tourisme et de la région de la Mauricie, Julie Boulet.

Une enquête sera menée assure Boulet

Trois-Rivières — «Une enquête sera menée», assure la ministre du Tourisme et de la région de la Mauricie, Julie Boulet, en lien avec le décès d’une octogénaire, Anita Trépanier, qui avait été laissée sans surveillance dans le salon du CHSLD de Sainte-Thècle.

La dame de 88 ans, qui éprouvait des problèmes cognitifs, était alors en présence d’un bénéficiaire ayant lui aussi des problèmes cognitifs. Une série d’interactions entre eux, le 7 janvier dernier, a fait en sorte que la dame a fait une chute qui lui a infligé une fracture de la hanche. Le tout s’est terminé le 10 janvier dernier par le décès de Mme Trépanier.

La famille demande au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de revoir les façons de faire dans les CHSLD où le personnel n’est pas assez nombreux et croule sous le travail.

Rappelons qu’un peu plus tôt, cette semaine, d’autres familles avaient aussi fait front commun pour dénoncer les conditions dans lesquelles évoluent leurs proches placés en CHSLD et la surcharge de travail imposée aux préposés aux bénéficiaires.

Selon les informations recueillies jusqu’à présent dans le cas de Mme Trépanier, le CHSLD de Sainte-Thècle «n’était pas en déficit de personnel quand ça s’est produit», indique la ministre Boulet.

«Ma mère a résidé dans ce CHSLD-là pendant plus de sept ans et je peux dire qu’elle a toujours eu d’excellents soins et un accompagnement extraordinaire de la part du personnel», dit-elle. «Alors, il faudra voir, dans ce cas-ci, ce qui est arrivé. Pour le reste, effectivement, il y a des défis importants», reconnaît-elle.

Mme Boulet rappelle que «le gouvernement a mis de l’argent» pour s’attaquer à cette problématique, soit «plus d’une centaine de millions $ au cours des derniers mois», dit-elle.

«L’argent est là. La consigne est d’embaucher», réitère la ministre.

Le défi qui demeure, c’est de rendre le travail de préposé aux bénéficiaires plus attrayant, explique-t-elle. «Il faut s’y attaquer rapidement», dit-elle.

Le salaire versé aux préposés nuit-il à leur recrutement? «Est-ce qu’il faut leur offrir de meilleurs salaires? C’est une très, très bonne question», répond la ministre.

Anita Trépanier

En établissement, ces derniers gagnent entre 18 $ et 22 $ de l’heure, précise le président et directeur général du CIUSSS MCQ, Martin Beaumont. Ce dernier croit plutôt que la pénurie de personnel dans les CHSLD dépend de causes multiples.

Il y a d’abord la longueur de la formation, dit-il.

Il y a aussi la pénurie de main-d’œuvre. «Plus on embauche de préposés aux bénéficiaires, plus on va drainer dans le milieu, au niveau de nos ressources intermédiaires, de nos entreprises d’économie sociale», explique-t-il. Or, «ce sont des vases communicants», fait-il valoir.

«Ce n’est pas juste le CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec qui est en pénurie au niveau des préposés, ce sont tous les collaborateurs du soin en Mauricie et Centre-du-Québec.
Il ne faut pas qu’on devienne non plus le gros requin qui enlève aux gens de la base», plaide le p.d.g. du CIUSSS.

M. Beaumont indique que des stratégies sont envisagées dont une de réduction de la formation et de diminution de la précarité. «On a fait des offres au syndicat pour rehausser tout le monde à temps complet. Il y a des enjeux de convention collective qui nous empêchent d’aller plus loin», explique-t-il.

«On est à revoir une stratégie, avec Stratégie Carrière, pour recruter des retraités pour des blocs de trois heures pour être capable de venir prêter main-forte à l’aide aux repas, pour être en mesure d’aller chercher un autre bassin de main-d’œuvre qui ne risquera pas de dépouiller Paul pour Pierre», raconte M. Beaumont. En d’autres termes, «on est en train de rétablir la pauvreté à tout le monde équitablement pour être sûr que tout le monde ait le même impact et ne pas se ramasser avec des zones en grand, grand déficit», dit-il.

«On est en train de travailler ça collectivement pour que la Mauricie et le Centre-du-Québec soient en mesure de continuer à offrir des services de qualité sécuritaires», ajoute M. Beaumont en
assurant qu’il «ne nie pas l’enjeu, actuellement, de cette grande précarité-là».

«L’événement qui est arrivé est extrêmement triste», dit-il. «On était en plein emploi. On a avisé les familles. On n’a rien gardé caché», assure-t-il. «On a été très transparent. Et là, on est en train de faire une enquête», dit-il.

«On ne baissera pas les bras. On va trouver des solutions novatrices pour contrecarrer cet effet-là de main-d’œuvre», dit-il.

M. Beaumont croit qu’il faut «introduire un autre type de professionnel pour assister le bénéficiaire dans sa journée: aide à la marche, faire les lits, donner à manger», bref, des tâches «qui ne nécessitent pas nécessairement l’expertise fine d’un préposé», explique-t-il. C’est ce que proposent d’ailleurs les familles, dit-il et «on prend la balle au bond».

Un événement malheureux, dit Barrette

Trois-Rivières — Qualifiant de malheureux le décès d’Anita Trépanier à la suite d’une chute survenue le 7 janvier au CHSLD de Sainte-Thècle, Gaétan Barrette croit que le bénévolat pourrait aider le gouvernement du Québec dans ses efforts de mieux servir les résidents des centres d’hébergement.

D’entrée de jeu, le ministre de la Santé et des Services sociaux offre ses condoléances à la famille de cette femme de 88 ans qui a rendu l’âme le 10 janvier des suites d’une fracture de la hanche causée par la chute. Mme Trépanier a fait cette chute alors qu’elle était dans le salon du CHSLD avec un autre bénéficiaire et que les deux personnes étaient sans surveillance.

À ce sujet, Gaétan Barrette répète que le gouvernement a annoncé il y a environ un an un investissement de 65 millions de dollars pour justement accentuer l’embauche de préposés aux bénéficiaires et de personnel, ce qui représentera 1300 employés de plus au Québec. «On a embauché principalement des préposés pour avoir de meilleurs soins et aussi une meilleure surveillance. C’est pour ce genre de situation qu’on a décidé d’engager tant de monde.»

La fille d’Anita Trépanier, Guylaine Veillette, estime que le bénévolat pourrait être une solution au manque de personnel dans les CHSLD. Cette idée est accueillie favorablement par le ministre Barrette.

«C’est envisageable. Dans la plupart des CHSLD, il y a beaucoup de bénévolat. C’est favorisé et encouragé. Le bénévolat est bienvenu partout au Québec.»

Questionné à savoir si un bénévolat accru viendrait délester le gouvernement d’une partie de ses responsabilités, M. Barrette répond par la négative.

«Le bénévolat, c’est de l’altruisme. On ne va pas décourager ce genre de comportement.»