Pour Denis Jean, coordonnateur à la paroisse Sainte-Marguerite-D’Youville, le sauvetage de l’église Saint-Pierre doit non seulement passer par sa restauration, mais peut-être surtout par l’identification de sa future vocation.

Une église à la croisée des chemins

Shawinigan — Confrontée à une liste de travaux toujours plus onéreux avec les années qui s’accumulent et à une vocation future difficile à déterminer, l’église Saint-Pierre de Shawinigan se retrouve, à son tour, à la croisée des chemins. Des réunions cruciales organisées mercredi et jeudi par la fabrique et l’équipe pastorale dicteront l’avenir de la majestueuse infrastructure qui veille sur la Pointe-à-Bernard depuis près de 90 ans.

«Nous avons une décision évidente à prendre et déchirante à réaliser», résume Denis Jean, coordonnateur de la paroisse Sainte-Marguerite-D’Youville, pour illustrer le mur devant lequel se trouvent les divers intervenants.

L’avenir de l’église Saint-Pierre préoccupe la communauté depuis plusieurs années. En 2010, la paroisse estimait à 1,5 million $ la somme nécessaire pour réaliser d’importants travaux de réfection à l’immeuble construit en 1929 et 1930 par l’architecte Ludger Lemieux. Le montant incluait la restauration des fresques et murales de l’artiste d’origine italienne Guido Nincheri, ainsi que celle de l’orgue Casavant.

L’appel public pour amasser des fonds n’a pas levé, de sorte qu’en 2012, la paroisse annonçait que le projet était abandonné. L’orgue a été restauré, mais pour le reste, l’usure a poursuivi son œuvre. Aujourd’hui, les travaux atteindraient tout près de deux millions de dollars... sous réserve de possibles surprises.

«Nous avons un problème d’infiltration d’eau dans la structure», explique M. Jean. «Quand notre architecte a fait le carnet de santé de l’église (en mai et en juin 2017), il a très bien dit que certains éléments n’avaient pas pu être observés. Par exemple, il n’a pas pu aller avec une nacelle sur le toit pour savoir quel était l’état du cuivre.»

Néanmoins, plusieurs constats émanent de son rapport et certains réclament une intervention urgente. «Plusieurs contreforts sur les coins avant et la façade sud présentent des dislocations, fissures et dommages importants qui justifient une réfection majeure à court terme», indique l’architecte Louis R. Carrier, de la firme Régis Côté et associés.

Les infiltrations d’eau, la détérioration de la toiture de la sacristie, l’absence d’un réseau paratonnerre, la détérioration des enduits de plâtre et de la peinture à plusieurs endroits en raison de l’humidité ont notamment attiré son attention.

«Bien qu’il ne semble pas y avoir d’enjeux majeurs pour la sécurité immédiate des occupants, il faut constater qu’il y a des préoccupations importantes sur la pérennité du bâtiment», suggère le rapport. Selon une première évaluation, les coûts de rénovation, les honoraires professionnels et les nouvelles expertises entraîneraient une facture d’au moins deux millions de dollars.

«L’estimation que nous avons est à 1,985 million $... si on ne trouve rien d’autre!», glisse M. Jean.

Même avec une aide financière du Conseil du patrimoine religieux du Québec, qui pourrait couvrir jusqu’à 70 % des frais, la paroisse devrait trouver au moins 600 000 $, un joli contrat. Tout cela en ne négligeant pas les priorités pastorales de la paroisse.

«C’est une drôle de situation», fait remarquer le coordonnateur. «À supposer qu’on serait capable de trouver cet argent, on injecterait deux millions $ sans s’occuper des plus pauvres.»

Quel besoin?
Constat au moins aussi préoccupant, même si l’argent requis tombait du ciel, les intervenants n’ont pas encore trouvé l’idée lumineuse qui assurerait la pérennité de l’église Saint-Pierre.

«C’est clair qu’elle doit avoir une nouvelle vocation», tranche M. Jean. «Cette vocation doit répondre à un besoin.»

«Ça ne peut pas être touristique. Ça a été tenté avec des visites guidées et il n’y a pas 120 personnes qui viennent pendant l’été. Ça ne peut pas être une vocation religieuse: nous avons 60 personnes qui viennent et nous avons quatre autres églises dans la paroisse. De plus, on manque de prêtres». En fait, depuis le début février, la messe du dimanche à 10 h 30 a été retirée.

«Ça ne peut pas être une salle de spectacles, il y en a trop actuellement», poursuit M. Jean. «Alors, à quel besoin ça répond? Nous avons aussi approché des maisons funéraires et elles ne sont pas intéressées.»

En 2009, la firme Patri-Arch avait attribué une valeur patrimoniale «supérieure» à l’église Saint-Pierre, d’où le malaise devant ce manque de perspective. M. Jean reconnaît qu’il faut, à tout le moins, «tout faire» pour sauver les vitraux.

«Ça prendrait un mécène, quelqu’un qui achèterait l’église pour répondre à ses besoins», réfléchit le coordonnateur. «Il est minuit moins cinq. La vocation doit être extraparoissiale. Ça pourrait être une vocation mixte.»

«Le côté patrimonial, c’est un problème des Shawiniganais, voire de la province», ajoute-t-il. «Est-ce que les gens de Shawinigan veulent sauver ce patrimoine? Quiconque s’impliquera dans ce dossier devra en arriver à la question des besoins.»

Régler les déficits, un autre défi

En plus du soutien financier à obtenir et de la vocation à déterminer, l’église Saint-Pierre doit trouver une façon de freiner l’accumulation des déficits annuels. Au rythme actuel, la fabrique ne tiendra plus le coup à compter de 2021.
La semaine dernière, une importante réunion avec des représentants du conseil des marguilliers, de l’équipe pastorale, de Patrimoine Saint-Pierre, de Culture Shawinigan et de la Ville a permis de faire le point sur la situation. L’un des objectifs qui en est sorti consiste à équilibrer le budget de la fabrique d’ici trois ans.
Au cours des dernières années, les dépenses ont été compressées avec succès, mais les revenus suivent la même courbe. En 2017, le déficit s’est établi à 73 068 $, ce qui correspond grossièrement à la moyenne depuis 2010, avec un sommet à 127 284 $ en 2015.
«La paroisse a déjà vendu des terrains, des églises et nous puisons là-dedans», mentionne Denis Jean, coordonnateur à la paroisse Sainte-Marguerite-D’Youville. «Dans trois ans, il n’y aura plus rien à puiser au rythme où ça va.
Nous avons aussi d’autres avoirs, comme par exemple quand on reçoit un legs testamentaire pour l’éducation chrétienne des jeunes, mais on ne peut pas affecter cela au bâtiment.»
L’an dernier, les seules dépenses liées à l’exploitation de l’immeuble se sont établies à près de 42 500 $ et les deux tiers de ce montant sont accaparés par le chauffage, réglé maintenant par minuterie pour minimiser les coûts.