Les employés de la Villa Champêtre ont organisé une dernière fête de Noël pour les résidents, à quelques jours de la fermeture de la résidence.

Une dernière fête de Noël à la Villa Champêtre

TROIS-RIVIÈRES — L’émotion était palpable à la Villa Champêtre, dimanche, alors que les résidents ont eu droit à une dernière fête de Noël, à quelques jours de la fermeture de l’établissement.

Fidèle à son habitude depuis 21 ans, le curé François Doucet est venu célébrer une dernière messe de Noël au sein de la résidence. Le curé de Pointe-du-Lac était accompagné d’une chorale et a terminé la messe avec Ça bergers, assemblons-nous, dans l’intention de rappeler aux résidents forcés de déménager d’ici quelques jours qu’ils ne sont pas seuls.

Les résidents ont également reçu la visite du père Noël et dépouillé le sapin de Noël. Leur famille était également conviée à un souper de Noël.

Ce sont les employés de la Villa Champêtre qui ont organisé cette fête, question d’essayer d’égayer les cœurs des résidents. «On essaie de faire ça dans la gaieté, avec le sourire, parce qu’il y a eu assez de pleurs dans les dernières semaines», explique Chantal Ricard, cuisinière à la résidence.

Un deuil de trop

La détresse vécue a toutefois poussé un résident à tenter de mettre fin à ses jours, samedi matin. L’homme a été conduit à l’hôpital et a été traité pour des blessures mineures.

«Il ne voulait pas partir, raconte Mme Ricard. Quand il est arrivé ici, il y a quatre ans, il venait de vivre une grosse période de deuil. Là, ça lui en faisait un deuxième à vivre en peu de temps.»

Des intervenants sociaux sont venus rencontrer les résidents après l’incident, qui a forcé le personnel à faire preuve d’encore plus de vigilance, de crainte que la situation se répète. Le résident était toujours à l’hôpital, dimanche.

La quasi-totalité des résidents de la Villa Champêtre ont réussi à avoir une place dans une autre résidence. Plus de la moitié des 30 résidents ont déjà fait leurs valises, vendredi et samedi. Trois d’entre eux attendent toujours une place en résidence ou en CHSLD. C’est le cas de Mme Abel, dont le beau-fils a fait la route depuis l’Estrie, dimanche, pour assister à la fête de Noël.

«C’est sûr que c’est un après-midi très émotif, reconnaît Jean-Pierre Côté. Certaines personnes ont peut-être plus ou moins conscience de ce qui se passe, mais d’autres résidents avec qui j’ai parlé la semaine passée trouvent ça très difficile.»

Le curé François Doucet a tenté de remonter le moral des résidents lors de la dernière messe de Noël qu’il célébrait à la Villa Champêtre.

Mme Abel, dont le mari est décédé en septembre, doit elle aussi faire un second deuil en peu de temps, celui des personnes avec qui elle passe son quotidien depuis deux ans et demi.

«On perd un groupe de personnes avec qui on s’était lié d’amitié, parmi les résidents, les membres de leur famille et le personnel, se désole M. Côté. On a toujours été bien reçu ici.»

Malgré les inconvénients et le stress qu’implique le nouveau déménagement de sa belle-mère, M. Côté affirme ne pas être amer envers les propriétaires de la Villa Champêtre, Véronique Gélinas et Annick Capistran.

«On s’en passerait, mais on comprend. Personnellement, on ne leur en veut pas du tout. On sent qu’elles ont la vocation, la flamme, mais elles auraient peut-être eu besoin d’aide avec la partie administrative.»

M. Côté estime d’ailleurs que le gouvernement devrait faire preuve de plus de souplesse envers les petites résidences privées, pour qui respecter les règles qui leur sont imposées, par exemple l’installation de gicleurs, peut être très coûteux.

La mère d’une autre résidente était toutefois moins tendre à leur égard, estimant que la véritable raison de la fermeture de la résidence n’était pas claire.

Une famille dissoute

Les quatorze résidents restants à la Villa Champêtre en ont profité pour remercier les employés qui continuent à leur prodiguer les soins dont ils ont besoin, alors qu’eux aussi doivent faire le deuil de la résidence à laquelle ils étaient dévoués. Un deuil également de leur équipe de travail. «L’ambiance est vraiment lourde, mais on essaie de se soutenir, dit Chantal Ricard, qui travaille à la résidence depuis 10 ans. On était une famille, nous aussi, et là, tout le monde part travailler ailleurs.»

Si plusieurs employés se sont rapidement trouvé un nouvel emploi, d’autres ont plus de mal à le faire. Certains, comme Mme Ricard, comptent s’accorder un temps de réflexion. «Moi, je vais prendre un petit break, indique-t-elle. J’ai besoin de repos.»

Rappelons que la Villa Champêtre avait annoncé il y a une dizaine de jours qu’elle fermerait ses portes le 30 novembre, laissant deux semaines à ses résidents pour se trouver un nouvel endroit où loger. Les propriétaires de la résidence avaient invoqué la pénurie de main-d’œuvre pour expliquer la fermeture.

Selon le Regroupement québécois des résidences pour aînés, 390 résidences, dont la majorité héberge de 15 à 40 personnes, ont fermé leurs portes depuis quatre ans, notamment en raison du coût des exigences gouvernementales.