Michel Angers, lors d’un discours dans le cadre de sa première campagne en octobre 2009, devant ses fameuses pancartes électorales.

Une décennie charnière pour Michel Angers à la mairie de Shawinigan

Shawinigan — Le suspense n’avait pas duré tellement longtemps. Grâce à un travail de terrain soutenu et peut-être aussi, diront certains cyniques, à son charmant minois sur ses affiches électorales, Michel Angers était propulsé à la mairie de Shawinigan le 1er novembre 2009, succédant ainsi à Lise Landry. Dix ans plus tard, la ville a beaucoup changé sous son impulsion, mais le compte de taxes a suivi et l’endettement aussi. Bilan d’une décennie charnière pour Shawinigan.

Étrangement, Michel Angers se remémore une certaine nostalgie lorsqu’il évoque le souvenir de sa première victoire électorale. Il s’apprêtait à passer le cap des 50 ans, sur le coup de minuit. Une toute nouvelle vie s’ouvrait devant lui.

«La première chose qui me vient en tête, c’était de penser que je quittais 25 ans de travail syndical, un travail que j’avais adoré», raconte-t-il. «Je quittais un monde que j’aimais pour entrer dans un monde que je connaissais peu, avec tous les défis qui se présentaient.»

Le premier sur la liste: remédier aux quatre années de déchirements qui avaient marqué le dernier mandat de Mme Landry à la mairie.

Le choc des générations avait provoqué de solides empoignes, autant en privé qu’en public.

Voilà pourquoi M. Angers a rapidement prévenu les conseillers qu’il ne souhaitait pas jouer dans ce film.

Sa mise au point sur l’importance de l’unité du discours sur la place publique a été bien saisie: en dix ans, les élus n’ont demandé le vote qu’à quatre reprises. Le maire retire d’ailleurs une grande fierté de cette enviable solidarité. Il est toutefois conscient que les conseillers font parfois les frais de cette unanimité.

Réalisations...

Personne ne sera étonné d’apprendre que le virage entrepreneurial réalisé par Shawinigan depuis dix ans procure un degré de satisfaction très élevé au maire. Qu’il s’agisse de la Communauté entrepreneuriale, du Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins ou du DigiHub, il ne fait aucun doute que ces innovations portent la signature de Michel Angers.

«À mon avis, c’est ce qui nous fait rayonner au Québec», observe-t-il. «Je passe l’année à faire je ne sais combien de conférences là-dessus, partout, sur cette prise en main, cette reconversion économique.»

Pour quelqu’un qui avait basé sa première campagne électorale sur l’importance de la fierté et de développer le sentiment d’appartenance envers Shawinigan, l’année 2012 occupe également une position importante avec l’organisation de la Coupe Memorial et des finales provinciales des Jeux du Québec.

Le maire de Shawinigan à son bureau de l’hôtel de ville.

La mobilisation citoyenne pour conserver le lac des Piles et le lac à la Pêche comme principales sources d’approvisionnement en eau potable ont aussi marqué le début de sa carrière politique.

Il s’agissait d’un virage à 180 degrés, puisque le ministère de l’Environnement s’orientait vers la rivière Saint-Maurice afin de protéger les lacs.

«Un projet qui nous aurait coûté 60 millions $ de plus», rappelle le maire, en imaginant à peine les conséquences sur un compte de taxes qui suscite déjà du mécontentement.

La réalisation de l’harmonisation des noms de rues, «un passage obligé», lui procure aussi le sentiment du devoir accompli, malgré la controverse du moment. En fait, toutes les consultations publiques qui ont parsemé la dernière décennie lui ont apporté beaucoup de satisfaction.

Les reconversions des sites de l’ex-papeterie Laurentide et de Rio Tinto Alcan occupent également une place enviable dans son palmarès.

«Si on se retrouvait aujourd’hui avec trois Belgo, ce serait assez désolant», laisse-t-il tomber.

...et déceptions

Dans le volet des déceptions, M. Angers puise dans l’actualité des dernières semaines pour exprimer toute la frustration qui l’habite au sujet de la conclusion du dossier d’aménagement du nouveau réseau d’égout et d’aqueduc autour du lac à la Tortue. Une bataille au moins aussi intense que celle de l’eau potable, partage-t-il. Une bonne nouvelle qui laisse finalement un goût amer.

«Les gens ne savent pas le nombre de fois que j’ai dû rencontrer des ministres sur ce dossier», laisse-t-il tomber.

«Laurent Lessard me voyait dans une salle et il se cachait! J’ai couru après Pierre Arcand, Yves-François Blanchet. Je les ai traqués! Il n’y a rien que je n’ai pas fait pour le lac à la Tortue. Ça a été une très belle victoire, mais on s’est fait avoir avec des dépassements de coûts, des travaux mal suivis. Ma grande frustration, c’est de n’avoir aucun contrôle là-dessus. Si la Ville ne paye pas, les travaux arrêtent. J’ai rarement eu du chantage comme j’en ai eu dans le dossier du lac à la Tortue. C’est rare que je me sens aussi frustré et démuni.»

Le maire reconnaît aussi avoir été déçu de la tournure des négociations avec ses homologues des municipalités environnantes pour obtenir une compensation pour les services supralocaux offerts par Shawinigan.

Il ne voit toujours pas pourquoi ces discussions ont abouti dans un cul-de-sac, bien que Saint-Boniface se soit ralliée avec l’arrivée d’un nouveau conseil municipal en 2017.

«Est-ce que c’est moi qui l’aie mal présenté?», se demande-t-il. «En toute honnêteté, je ne l’ai pas vu venir. Ça a été une guerre, qui n’a pas laissé de séquelles.»