Dans l’ordre habituel, on retrouve François Poisson et Pier-Olivier Boudreault, porte-paroles d’Alternatives Bécancour, Véronique Houle, infirmière et membre de Mobilisation Climat Trois-Rivières, et Marc Brullemans, biophysicien et membre du Collectif scientifique sur la question des gaz de schiste et sur les enjeux énergétiques au Québec.

Une coalition citoyenne se mobilise: «C’est IFFCO moins 2.0»

Bécancour — Une toute nouvelle coalition citoyenne, Alternatives Bécancour, vient de voir le jour en Mauricie et au Centre-du-Québec pour s’opposer à ProjetBécancour.ag. Évalué à 1,3 milliard de dollars, le projet de construction d’une usine combinée de production de méthanol et d’urée a franchi récemment une nouvelle étape avec le dépôt d’une étude d’impact environnementale au ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

Or, Alternatives Bécancour considère que ce projet va à l’encontre des engagements climatiques du Québec, avec l’émission de plus de 630 000 tonnes de gaz à effet de serre (GES) par année.

«Pour les émissions des usines elles-mêmes, on insiste pour dire que les deux usines produiront moins que si elles étaient construites ailleurs séparément. Quel drôle de raisonnement. Dans un contexte de lutte aux changements climatiques, une usine émettrice de GES est une usine de trop et deux usines qui en émettent, deux usines de trop. Ce qui me fait dire que le projet de ProjetBécancour.ag, c’est le projet IFFCO moins 2.0», a déclaré lundi Marc Brullemans, du Collectif scientifique sur la question des gaz de schiste et sur les enjeux énergétiques au Québec.

Selon lui, cette nouvelle mouture du projet d’usine d’urée de la compagnie indienne IFFCO n’est pas plus acceptable sur le plan scientifique, à commencer par la consommation de gaz naturel induite par le projet.

«L’usine d’urée et l’usine de méthanol consommeront 1,45 milliard de mètres cubes par année, soit 22 % de la consommation de gaz naturel du Québec. Il faudra importer ce gaz de l’ouest canadien ou plus vraisemblablement du nord-est des États-Unis. Il en résultera le forage et la fracturation de nouveaux puits de gaz avec les risques que cela comporte. Les émissions de GES de ces futurs puits ne sont pas tenues en compte dans l’étude d’impact de SNC-Lavalin de janvier 2019. Selon nous, les émissions en amont sont supérieures aux émissions des usines», a-t-il dénoncé.

Par ailleurs, le biophysicien fait remarquer que les émissions des deux usines correspondraient environ à celles d’une ville de 70 000 habitants. «Dans un contexte où il est nécessaire de réduire de 90 % nos émissions de GES avant 2050, je ne peux concevoir que Bécancour se démène pour être la ville, sur le plan industriel, la plus émettrice de GES au Québec», déplore-t-il.

À son avis, les émissions en amont des usines sont une autre raison de s’opposer formellement au projet. «Il y aura production de méthanol et d’urée, mais qu’adviendra-t-il de ces produits? Si l’on prend l’urée, il sera distribué puis épandu dans les champs et enfin libérera une quantité non-appréciable de protoxyde d’azote (N2O). Ce qu’il faut noter ici, c’est que ce gaz à effet de serre est plus réchauffant que le méthane encore», souligne M. Brullemans.

Pour le porte-parole d’Alternative Bécancour, François Poisson, «c’est un projet à oublier». «Nous nous opposons à la réalisation de ProjetBécancour.ag, pas à l’investissement ni à la création d’emplois qu’apportent de grands projets. Mais dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, il ne faut virer fou avec 200 jobs. La transition vers une société carboneutre va en nécessiter des emplois. Nous refusons que l’on prenne l’avenir en otage avec des choix d’un autre siècle, alors qu’il en existe de meilleurs pour le Parc industriel et portuaire de Bécancour de même que pour l’ensemble du Québec», plaide ce citoyen de Bécancour.

Finalement, la coalition citoyenne décrie l’attitude du gouvernement du Québec qui souhaite revoir à la baisse les objectifs de réduction des GES plutôt que de prendre les mesures nécessaires pour les atteindre. Depuis 2012, l’État québécois a injecté plus de 25 millions de dollars dans la coentreprise IFFCO-Canada, dont dix millions de dollars sous l’égide du gouvernement actuel, s’est-on plu à signaler.

«Le gouvernement doit être responsable et faire preuve de cohérence On ne peut pas s’engager dans la lutte aux changements climatiques et en même temps financer des projets super-polluants et grands émetteurs de GES. Dans les prochaines semaines, Alternatives Bécancour présentera de façon détaillée ses arguments contre ProjetBécancour.ag et pour de possibles alternatives. Il en va de notre avenir», a conclu Pier-Olivier Boudreault, membre du Comité Vigilance Hydrocarbures des municipalités de la MRC de Maskinongé.