De gauche à droite: Valérie Deschamps, victime d’intimidation, Marc Benoît, coordonnateur du ROÉPAM et Diane Vermette, présidente.

Une capsule vidéo sur l’intimidation

Trois-Rivières — S’attaquer au phénomène de l’intimidation est le travail de tous, citoyens, gouvernements et même les réseaux sociaux, estime le Regroupement des organismes d’éducation populaire autonome de la Mauricie (ROÉPAM) qui vient de mettre en ligne une courte capsule vidéo sur sa page Facebook pour sensibiliser le public au phénomène.

On y voit un homme gentil d’apparence qui se préoccupe de sa famille. Puis, il prend son téléphone intelligent et se met à écrire une série de commentaires agressifs, gratuits et haineux à une personne.

Marc Benoît, coordonnateur du ROÉPAM, estime que ce genre de sensibilisation «devrait être publiée directement par des réseaux comme Facebook, comme YouTube.»

M. Benoît indique qu’à la connaissance de son organisme, il s’agit du «premier outil de communication populaire autonome sur l’intimidation sur les réseaux sociaux qui cherche à sensibiliser la population sur cette question-là.»

L’organisme avait prévu la diffusion de cette vidéo avant même la sortie des députées Christine Labrie et Nathalie Roy qui, il y a quelques jours, ont dû recourir à la police pour des messages qu’elles ont reçus.

«Il suffisait d’aller voir sur les réseaux sociaux les débats, comment les gens réagissaient et on pouvait voir une montée du phénomène, je dirais même une aggravation», raconte M. Benoît.

Ce dernier souligne que les gens commencent enfin à porter plainte. «C’est un début», dit-il.

«Par cette capsule, on souhaite dire aux gens que tout le monde peut être victime d’intimidation, particulièrement sur les réseaux sociaux. C’est important de s’éduquer sur la façon de réagir sur les réseaux sociaux.»

Ce dernier rappelle qu’au Québec, «la Charte des droits et libertés ainsi que le Code criminel protègent les victimes», dit-il en soulignant que «chaque cas doit être étudié indépendamment, mais les victimes doivent le savoir. Vous avez le droit de porter plainte et vous devriez le faire», dit-il.

Marc Benoît explique que certaines personnes, comme le personnage de la vidéo, se comportent à la fois comme le Dr Jekyll et M. Hyde. «Je pense que dans un cadre familial, c’est beaucoup plus contrôlé, ou avec nos proches ou nos amis et souvent, on a appris à vivre avec ça.

Sur les réseaux sociaux, on assiste à une sorte de confrontation quotidienne avec plusieurs types de personnes et on n’est pas habitué à ça encore. On n’a pas eu cette éducation populaire. Je compare ça à toute forme de savoir-vivre», estime-t-il. «Quelle limite je m’impose? Et quelle limite j’impose aux autres? Qu’est-ce qui est respectable? Jusqu’à quel niveau on peut aller? Dans la capsule vidéo, le monsieur va beaucoup trop loin», illustre-t-il. «Et c’est ça qui est inacceptable.»

«Je pense qu’il y a un problème d’impulsivité», analyse le coordonnateur du ROÉPAM.

«Devant un clavier, on est très impulsif. C’est déshumanisant. On ne voit pas la personne à qui l’on parle», fait-il valoir.

Pour venir à bout de l’intimidation et de la cyberintimidation, «ça va être un travail commun de plusieurs personnes, autant au niveau des citoyens et des citoyennes, autant aussi, idéalement, des gouvernements et des réseaux sociaux eux-mêmes», dit-il.

«Ce type de capsule là, tel que je vous la présente aujourd’hui, devrait être publiée directement par des réseaux sociaux», estime-t-il.

L’intimidation est souvent très mal vécue par les victimes et laisse des cicatrices.

Valérie Deschamps, travailleuse communautaire et chroniqueuse, raconte avoir été victime de messages de haine.

«On va te trouver. Je sais où tu travailles», lui a écrit quelqu’un.

«J’en parle et je shake un peu», confie-t-elle la voix tremblante.

«On a même déformé mes propos», déplore-t-elle. «Ça vient nous chercher à l’intérieur.»