La barrière cause des maux de tête à Lac-Édouard.

Une barrière qui dérange à Lac-Édouard: le propriétaire d’un terrain sur lequel passe une route veut faire payer les utilisateurs

La Tuque — La construction d’une barrière sur une route menant à des terres publiques est en train de causer l’émoi dans la petite municipalité de Lac-Édouard, en Haute-Mauricie. C’est que le propriétaire de cette barrière, qui a fait son apparition dans les dernières semaines, aurait l’intention de faire payer les gens qui voudraient la traverser et passer sur son terrain.

«C’est comme une prise d’otage avec une demande de rançon»

«La situation amène beaucoup de questionnement et de téléphones à la municipalité», avoue d’entrée de jeu le maire de Lac-Édouard Larry Bernier.

«Les gens de la Zec, les villégiateurs, les chasseurs, pêcheurs, les clients de la Seigneurie du Triton, tous sont impactés alors c’est pour ça que ça crée tout un émoi présentement. […] À partir de la rue Principale en allant vers la Zec Kiskissink et la seigneurie du Triton, il y a une route forestière. Le premier kilomètre environ appartient à M. Roger Aubry», explique-t-il. En fait, la portion de terrain au cœur du litige appartient à une compagnie à numéro, représentée par Roger Aubry, depuis déjà quelques années. Déjà, en avril 2019, le propriétaire avait signifié ses intentions via une lettre d’avocat à la Zec Kiskissink.

On peut y lire, notamment, qu’il s’agit d’une «demande formelle afin que, dorénavant, la Zec Kiskissink verse à notre cliente une indemnité pour l’utilisation du chemin du Lac Turner. Le montant devra être payé annuellement».

«Vous comprendrez que puisque ce chemin est privé, les frais pour son entretien régulier et sa réfection, lorsque requise, sont entièrement assumés par notre cliente», indique-t-on dans la lettre. On précise également qu’en cas de refus de se plier aux exigences, les membres de la Zec ne seront plus autorisés à circuler sur le chemin en question.

«Au surplus, notre cliente n’aura dès lors d’autre choix que de bloquer l’accès au chemin par le biais d’une installation d’une clôture, et ce, sans autre avis ni délai.»

La situation ne réjouit guère les dirigeants de la Zec qui reçoivent un volume élevé de courriels depuis l’installation de la barrière qui, pour le moment, est toujours ouverte.

«Il veut charger 15$ par véhicule. Si vous saviez le nombre de courriels que je reçois à cause de ça… J’ai des téléphones, des courriels… On a essayé de discuter avec lui, mais ça ne donne rien. Il n’y a rien à faire. […] On n’est pas les seuls à ne pas être trop de bonne humeur», lance Normand Joncas, vice-président de la Zec Kiskissink.

«On n’est pas les seuls à passer là, il y a aussi le club de VTT, les motoneiges l’hiver… Il y a tous les particuliers qui ont des chalets en bas de la Zec… On a toujours passé là», ajoute-t-il.

La Zec s’interroge également sur la sécurité dans des situations d’urgence comme un feu, un déraillement de train, un accident qui nécessite une ambulance... «Si c’est barré, on fait quoi? Imaginez les problèmes», lance-t-il.

Du côté de la Seigneurie du Triton, qui fait également partie de ceux qui devront vivre avec cette barrière, on se questionne également sur les impacts. «C’est un chemin que la Seigneurie du Triton entretient depuis plus de 30 ans. […] Personne ne comprend que cette section de 1,5 kilomètre appartient à ce monsieur-là. Ce n’est pas comme si on ne l’entretenait pas ou qu’on l’avait délaissé. On l’entretient mieux que notre chemin à nous. On a des autobus qui passent là, de la clientèle… Ça donne accès aux employés, à la Zec, au Triton, pêcheurs, chasseurs… C’est la seule voie d’accès. C’est comme une prise d’otage avec une demande de rançon», lance Nicolas Bernard, copropriétaire.

«On a bien compris qu’il avait le droit de mettre une barrière parce que c’est son terrain, mais ça peut être très problématique. […] Pour notre part, on va s’organiser pour que ça passe pour notre clientèle, mais il y a beaucoup de monde d’engagé pour trouver une solution», ajoute-t-il.

Dans tous les cas, on espère que la solution viendra avant que la barrière soit fermée.

La députée de Laviolette−Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, est elle aussi bien au fait de la situation et elle soutient que différents scénarios de règlement sont étudiés.

«Le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec est au fait du dossier. Les avocats du ministère discutent avec l’avocat de M. Aubry. Ce dernier a fait des demandes très précises pour enlever son moratoire quand il dit qu’il va fermer la barrière. Il ne veut pas contraindre les gens à passer, mais il veut faire payer pour le passage», indique-t-elle.

«Le dossier est à l’étude et on veut que ça se règle dans les règles de l’art dans le respect de chaque parti. On est très conscient que M. Aubry est dans ses droits et qu’il est chez lui. Ce qu’il fait, c’est légal puisqu’il est propriétaire. Il faut éviter qu’il y ait des conflits avec les autres utilisateurs, les chasseurs qui s’en viennent et tous les utilisateurs de la Zec», ajoute Mme Tardif.

Il faut dire que le seul détour possible est de plusieurs dizaines de kilomètres. Actuellement, quatre ou cinq scénarios seraient à l’étude par le ministère afin de dénouer l’impasse.

«À court terme, il va falloir que tout le monde mette de l’eau dans son vin parce que des solutions pratiques qui vont satisfaire à 100% tous les partis, il n’y en a pas», ajoute la députée.

Pour sa part, le MERN confirme qu’il ira rencontrer les différents intervenants pour «discuter des options qui s’offrent à eux et réitérer qu’il n’est pas dans les intentions du ministère d’exproprier le chemin de M. Aubry, puisque la problématique des coûts d’entretien resterait entière».

Il n’a pas été possible de parler au propriétaire du terrain et de la barrière.