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Annie Martineau, créatrice de l’application Kairos.
Annie Martineau, créatrice de l’application Kairos.

Une appli pour rendre les routines agréables et constructives

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
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Trois-Rivières — Le matin est une véritable cacophonie chez vous? Difficile d’imposer une routine à votre marmaille? Pendant qu’un de vos enfants n’en finit plus de s’habiller, de chercher ses effets pour l’école, vous devez répéter trois, quatre fois à l’autre de finir enfin de déjeuner et d’aller se brosser les dents parce que l’autobus, lui, ne les attendra pas? C’est un classique. Pour Annie Martineau, une femme d’affaires de Québec, la routine compliquée, c’était avec son fils, William, qui présente un TDAH (trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité).

Elle avait beau répéter et multiplier ses interventions, rien n’y faisait, la plupart du temps. Lorsqu’elle disait à William d’aller se brosser les dents, tout pour lui devenait source de distraction: le chien qui demande une gâterie, quelqu’un qui se mouche, la boîte de céréales qui lui donne soudainement envie d’en manger. «J’appelle ça se perdre», raconte Mme Martineau.

Si la petite famille était le moindrement pressée par le temps, à certains moments, ça compliquait vraiment les choses, dit-elle. «Un jour, il m’a dit: maman, je ne t’entends plus», raconte-t-elle. «À force de répéter, j’étais devenue un bruit de fond.»

Annie Martineau, comme beaucoup de parents dans sa situation, a à peu près tout essayé pour inciter fiston à se concentrer. Tableaux de récompenses, système de jetons, nommez-les, «ça ne fonctionnait pas. Ça ne durait pas», dit-elle.

Ça, c’est jusqu’à ce que William fasse comprendre à sa maman qu’il souhaitait faire des jeux vidéo durant les périodes de routine en guise de motivation. Première réaction: «Pas question», raconte-t-elle, car dans cette maisonnée, l’abus du temps d’écran n’est pas toléré.

Annie Martineau a toutefois vite compris qu’un jeu vidéo bien pensé serait peut-être le genre d’outil qui permettrait à son fils de se motiver lui-même. Les enfants TDAH, «qui n’ont pas le bon outil pour maintenir la motivation et la concentration sur ce qu’on leur demande ne sont pas capables de le faire», explique-t-elle.

Cette mère, formée en administration et en sciences sociales, travaillait alors dans l’industrie du jeu vidéo. Il n’y avait donc qu’un pas à franchir pour qu’elle se mette en tête de développer une solution technologique, notamment un jeu vidéo avec avatar, niveaux, cubes de récompenses et même un coach parental virtuel.

Pour y parvenir, elle fonde, en 2017, le Groupe Neuro Solutions qui regroupe des experts en santé et en multimédias et s’associe aux chercheurs Dany Lussier-Desrochers, Line Massé et Yves Lachapelle de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Ce qui a tout particulièrement intéressé l’équipe, c’est que le projet compte deux volets, le renforcement par le biais du jeu vidéo appelé Kairos et un volet de coaching parental, indique le professeur Lussier-Desrochers.

Ce dernier raconte que les résultats préliminaires des études démontrent que l’aspect de renforcement du jeu est encore plus efficace lorsqu’on y ajoute ce coach parental. Il s’agit d’un «élément exceptionnel par rapport aux produits actuellement offerts», souligne-t-il. L’application a démontré encore plus d’efficacité auprès des enfants ayant un trouble du spectre de l’autisme et âgés de 6 à 9 ans, précise-t-il à la lumière de l’analyse toute récente des deux études cliniques réalisées par son équipe auprès de 213 familles de partout au Québec.

Il est important d’avoir du renforcement, d’établir une routine de façon ludique, «mais c’est également important de soutenir nos parents dans l’établissement d’une routine, car ils jouent un rôle clef dans la réalisation de ces dernières en disant à l’enfant quelles sont les attentes», explique-t-il. Le chercheur tient à préciser que les recherches effectuées sont indépendantes et que son équipe ne retire aucun bénéfice financier de son association avec l’entreprise de Mme Martineau.

L’application qui vient d’être lancée est vendue sous forme d’abonnement mensuel ou annuel. Il est possible d’en faire l’essai gratuitement pendant deux semaines et de configurer jusqu’à cinq enfants sur le même compte.

Le parent doit y configurer une routine. Il a accès à des gabarits où il peut mettre des tâches et des heures. En période de routine, l’enfant recevra des notifications de son avatar et pourra cocher les tâches réalisées. Le parent recevra alors une notification et devra confirmer si l’enfant a bel et bien effectué ses tâches. Si c’est bien fait, l’enfant accumule ainsi des cubes d’expérience et peut accéder à un niveau par jour. L’appli peut intéresser aussi des enfants qui n’ont aucun diagnostic.