Alfred St-Onge fils et Danielle Mongrain, propriétaires de Bel-Air Laurentien aviation.

Un vrai champ de bataille

SHAWINIGAN — La tension autour du lac à la Tortue sur le dossier des vols d’hydravions touristiques a peut-être atteint son paroxysme entre octobre 2012 et janvier 2013, pendant la période d’exclusion du recours collectif de la Coalition contre le bruit. Au cours des derniers jours, des témoins sont venus donner à la juge Suzanne Ouellet un échantillon des déchirements observés lors de ces trois mois.

En août 2012, le juge Étienne Parent avait autorisé l’exercice de ce recours collectif. À la suite de cette décision, les résidents du périmètre visé pouvaient s’exclure volontairement de la démarche, qui vise à obtenir une diminution des vols d’hydravions touristiques et une compensation financière pour les inconvénients subis. Il s’agit habituellement d’un processus sans histoire, puisque généralement, les membres demeurent plutôt passifs étant donné qu’ils peuvent obtenir un gain sans trop d’effort.

Dans le cas du recours collectif de la Coalition contre le bruit cependant, ces trois mois avaient pris l’allure d’un champ de bataille. Le Regroupement économique pour l’essor du Lac-à-la-Tortue s’était investi de la mission de recueillir le plus grand nombre possible de désistements pour aider Bel-Air Laurentien aviation à miner la crédibilité de l’action collective.

Lors de la dernière semaine, certains témoins appelés par la partie demanderesse dans le cadre du procès ont donné un aperçu du climat qui régnait à ce moment dans le secteur.

Vendredi matin, Véronique Larivière a mentionné qu’à l’automne 2012, une femme, qu’elle ne pouvait plus précisément identifier, s’était présentée à son domicile du chemin de la Vigilance en lui mentionnant que «l’aéroport pourrait fermer». Sensible à l’argumentation, elle a donc signé le formulaire d’exclusion du recours collectif, même si elle ne savait pas précisément à quoi elle s’engageait à ce moment.

C’est lors d’une rencontre avec Liliane Guay, présidente de la Coalition contre le bruit, qu’elle a mieux saisi la portée de son geste. En février dernier, Mme Larivière a finalement signé un avis de retrait de l’avis d’exclusion, qui fait en sorte qu’elle redevient membre dans le cadre du recours collectif.

Pression
Mercredi après-midi, Danielle Bédard était venue expliquer que la sensibilisation à l’avenir de Bel-Air Laurentien aviation avait débuté bien avant le processus d’exclusion. Selon elle, Danielle Mongrain, vice-président de l’entreprise, a commencé vers 2007 à faire circuler une lettre de signataires qui déclaraient ne pas être dérangés par le bruit.

«Au début, on la signait», raconte Mme Bédard. «À un moment donné, je commençais à poser des questions. Il n’y avait pas vraiment d’amélioration de la situation au lac.»

«Je lui demandais ce que ça donnait de signer ce papier et elle me disait que c’était pour les aider», poursuit Mme Bédard. «Je n’avais pas les réponses que j’espérais. Pour elle, c’était toujours la faute de la Coalition, la faute d’Anabelle (Lacombe, d’Aviation Mauricie)... Elle disait qu’ils avaient tous les permis et que ceux qui n’étaient pas contents n’avaient qu’à déménager.»

En juin 2012, Mme Bédard aurait indiqué à Mme Mongrain qu’elle ne signerait plus ce fameux papier. «J’étais à la retraite depuis 2010 et depuis 2011, je me faisais casser les oreilles. Elle s’est alors mise à crier après moi en me disant que c’était Aviation Mauricie, que leurs avions faisaient du bruit... Mon conjoint s’est mis entre nous et elle a arrêté. Elle a déposé ses feuilles sur la table et elle a attendu que je signe. Je voulais tellement qu’elle s’en aille que j’ai pris un stylo, j’ai commencé à écrire mon nom et j’ai fait une barre, parce que je ne voulais pas signer. Ça a fini là.»

Quelques mois plus tard, pendant la période officielle d’exclusion, Mme Bédard a senti à nouveau la pression de Bel-Air Laurentien aviation. Selon elle, au moins deux dames, en plus des propriétaires de l’entreprise, Alfred St-Onge fils et Danielle Mongrain, se sont présentés chez elle à différents moments pour lui faire signer le formulaire. Malgré ces pressions, elle a résisté.

Ces exemples donnent un aperçu du contexte particulier qui régnait lors de la période d’exclusion de trois mois, qui prenait fin le 25 janvier 2013. Me Marie-Anaïs Sauvé, avocate de la Coalition contre le bruit, réserve d’autres surprises sur cette période d’ici la fin du procès, qui reprend mardi.

«Nous avons retracé 110 personnes qui avaient déposé un avis d’exclusion alors qu’elles n’étaient même pas membres, donc pas dans le périmètre visé», fait-elle remarquer. «Certaines personnes se sont exclues jusqu’à cinq fois! Ça fait partie des représentations que nous allons faire.»

«Nous avons fait beaucoup d’analyses», termine Me Sauvé. «Je vous dirais qu’il est totalement inexact de dire que la moitié de la population s’est exclue.»

Rappelons qu’initialement, la Coalition contre le bruit avait ciblé 2072 résidents inclus dans le périmètre visé autour du lac. La dernière estimation établit maintenant ce nombre à 2327 personnes. Dans sa défense, Bel-Air Laurentien aviation prétend que 1048 membres se sont exclus du recours.