Le handicap de Laurent Hurtubise ne l’a jamais empêché d’être heureux et de se dépasser, en affaires comme dans le sport, affirme l’homme de 61 ans.

Un trou d’un coup avec un seul bras

TROIS-RIVIÈRES — Un golfeur québécois s’est retrouvé sous les projecteurs après avoir réussi un trou d’un coup sur 151 verges au tournoi Pro-Am PGA American Express, à La Quinta, en Californie, le 16 janvier dernier. Un exploit qui pourrait sembler relativement banal, à un détail près: Laurent Hurtubise est né sans son avant-bras droit. Du jour au lendemain, le Trifluvien d’adoption est devenu une véritable célébrité mondiale dans le domaine du golf, alors que la captation vidéo de son exploit avait déjà été vue des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux dès le lendemain.

«Tout le monde qui me rencontrait disait: ‘‘hé, c’est le gars qui a fait un trou d’un coup hier!’’ Selfie, fist bump, high five: ça n’arrêtait pas! C’était difficile de me concentrer, parce qu’après que les gens me saluaient et me glorifiaient, en quelque sorte, il fallait que je revienne dans ma bulle et que je joue mon coup», raconte M. Hurtubise, qui habite à temps partiel avec sa conjointe, dans le secteur de Pointe-du-Lac.

Même s’il reconnaît que la chance et le hasard ont contribué à sa notoriété, il reste que le sexagénaire a travaillé fort pour en arriver où il est aujourd’hui. M. Hurtubise a commencé à jouer au golf à l’âge de 11 ans, à Chambly. Chaque matin, il enfourchait sa bicyclette et se rendait au club de golf avec son équipement.

«La raison pour laquelle j’aime tant ce sport, c’est parce que le golf est un sport individuel. Tu es en compétition contre toi-même, tu te surpasses toi-même», explique-t-il.

Inspiré par son frère Marc, qui avait d’ailleurs fracassé le record du parcours de la Classique Acura au club de golf Ki-8-Eb en 2002, M. Hurtubise a remporté plusieurs trophées au fil des ans. Il a éventuellement réalisé son rêve en jouant lors de tournois Pro-Am de l’Association des golfeurs professionnels (PGA), qui jumellent des joueurs professionnels à des joueurs amateurs, à partir de 2011. Il compte 16 tournois majeurs à son actif, ce qui lui a permis de côtoyer et d’impressionner plusieurs grands golfeurs.

«J’ai déjà joué avec Carlos Franco, un Paraguéen qui est sur le PGA Tour. Après quatre trous, il m’a mis la main sur l’épaule et m’a dit: ‘‘écoute, Laurent, quand on a commencé au 10e trou, je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre, ni de quoi ma journée aurait l’air. Là, je dois te dire que tu es mon héros’’», illustre M. Hurtubise.

Laurent Hurtubise joue au golf depuis l’âge de 11 ans.

Sa soudaine notoriété lui donnera d’ailleurs l’occasion de côtoyer davantage de vedettes, et pas seulement issues du milieu sportif. M. Hurtubise se rendra sous peu au tournoi AT & T Pebble Beach Pro-Am, toujours en Californie, qui se déroule du 6 au 9 février. Un tournoi lors duquel on peut voir des vedettes comme Bill Murray, Ray Romano et Alice Cooper.

«J’avais déjà appelé pour participer, il y a plusieurs années et on m’avait dit que ce ne serait pas possible, parce qu’il fallait que je sois une vedette, raconte M. Hurtubise. Je leur avais répondu: regardez comme il faut, j’en suis une! Ils m’avaient rappelé pour me dire qu’il n’y avait pas de place. Mais à cause de ce qui m’est arrivé, ils m’ont rappelé hier (samedi) après-midi. Ils m’ont dit: ‘‘veux-tu jouer?’’ Alors j’ai dit à ma conjointe Valérie: on reprend l’avion samedi prochain!»

Un message à lancer

Même si la vie a choisi de le doter de seulement un bras entièrement fonctionnel, Laurent Hurtubise affirme ne jamais s’être senti limité par ce handicap, tant dans sa vie sportive que personnelle.

«Pour moi, je suis né comme ça et je suis normal comme ça. Je n’ai pas eu à m’adapter à une nouvelle situation, mais à la situation que j’avais depuis ma naissance», souligne-t-il.

Maintenant qu’il s’est fait connaître à travers le monde grâce à son trou d’un coup de jeudi dernier, le golfeur de 61 ans, qui a mené une carrière de vendeur de voitures avant de fonder son entreprise de formation, souhaite à présent transmettre ce message de persévérance et de positivisme à d’autres.

«Il y a un an ou deux, j’avais contacté l’hôpital Shriners du Canada à Montréal pour leur proposer de parler aux parents dont l’enfant est handicapé de naissance. J’aimerais leur expliquer comment mes parents m’ont élevé, parce que c’est important de se faire dire qu’on est capable plutôt que de se faire dire qu’on n’est pas capable. Et j’aimerais ça parler aux enfants pour leur parler de toutes les possibilités qui s’offrent à eux. Ils ne m’avaient pas rappelé, mais par l’entremise d’un article publié la semaine dernière, ils ont vu ce qui est arrivé et ils m’ont recontacté», explique Laurent Hurtubise.

À la suite des événements du 16 janvier, le golfeur et entrepreneur a également décidé de ressusciter son projet de lancer une fondation pour encourager la pratique sportive chez les enfants handicapés. Il n’exclut pas non plus la possibilité d’ajouter une nouvelle corde à son arc: celle de conférencier.

«La différence, ça ne s’arrête pas juste à un handicap physique. Tout le monde voit quelque chose de différent dans la personne à côté de nous et certains sont assez méchants des fois pour faire du mal. Les enfants ont besoin de quelqu’un pour les motiver et leur donner une raison de se surpasser et si je peux les aider, ça va me faire plaisir», affirme-t-il.