Le Trifluvien Luc Pellerin est directeur du département de physiologie de l'Université de Lausanne.

Un Trifluvien trouve un gène de l'obésité

Le Trifluvien d'origine, Luc Pellerin fait beaucoup parler de lui en Europe, depuis quelques semaines. Directeur du département de physiologie de l'Université de Lausanne, où l'on s'intéresse principalement à l'énergie utilisée par le cerveau pour alimenter les neurones, le professeur Pellerin et son équipe ont accidentellement identifié un gène qui joue un rôle extrêmement important dans l'obésité.
Cette découverte, publiée le 18 décembre dernier dans Plos One, une revue scientifique à comité de lecture consacrée aux découvertes de la biologie et de la médecine, s'est répandue comme une traînée de poudre dans les médias suisses.
Au cours d'expériences menées sur des souris de laboratoire, le professeur Pellerin a identifié, dans un premier temps, une série de gènes qui semblent jouer un rôle dans l'énergétique cérébrale. «Il y en a un dont on a réduit l'expression et on s'est aperçu que les souris prenaient moins de poids et résistaient donc au développement de l'obésité», raconte-t-il, et ce, malgré une diète riche en graisses et en sucre.
«On s'est dit qu'on avait mis le doigt sur un des gènes qui contrôlent le poids corporel», indique le chercheur qui vit en Suisse et oeuvre à l'Université de Lausanne depuis 1991.
Ce gène, explique-t-il, «appartient à une famille. Il y en a trois que l'on connaît qui ont tous un rôle à jouer dans le transport de certains nutriments.»
Le gène identifié par le professeur Pellerin et son équipe «transporte une classe de composés qu'on appelle des monocarboxylates. Dans cette classe-là, on trouve un composé qui s'appelle le lactate et d'autres qu'on appelle les corps cétoniques qui sont souvent formés à partir de sucre et d'acides gras. Ce sont des produits de dégradation, mais qui peuvent être utilisés comme source énergétique», dit-il.
«Si vous prenez des souris normales et des souris dans lesquelles on a modifié ce gène-là et qu'on leur donne une diète standard, les souris auront toutes le même développement corporel», explique-t-il.
Par contre, quand on leur donne une diète riche en graisses et en sucre de style fast food, on voit que les souris normales prennent énormément de poids et deviennent obèses tandis que les souris dont on a modifié le gène prennent nettement moins de poids et résistent au développement de l'obésité», raconte le scientifique.
Le professeur Pellerin découvre, de surcroît, que ces souris «ne développent pas toutes les dérives métaboliques qui accompagnent l'obésité, comme par exemple, le diabète de type 2.»
«Elles semblent protégées contre cette forme de diabète», dit-il.
Un nouvel espoir vient donc de naître dans la lutte contre l'obésité et ses ravages.
«Ce gène existe aussi chez l'homme», indique le professeur Pellerin. «On pense que ce qu'on a vu chez la souris serait potentiellement applicable chez l'homme», dit-il.
Un des aspects les plus fascinants de la découverte, c'est que les souris modifiées génétiquement soumises à une diète de type fast food se rendent compte qu'on les expose à une alimentation trop riche. De leur propre chef, «elles mangent moins», raconte Luc Pellerin. «C'est comme si elles se rendaient compte que ça les remplissait plus vite.»
Mais ce gène responsable en partie de l'obésité chez l'humain est loin d'être anormal, explique le chercheur.
«Il y avait une très bonne raison pour laquelle ce gène était important et c'est pour ça, probablement, qu'il a été conservé au cours de l'évolution», dit-il.
C'est que pour manger, aujourd'hui, il n'y a que quelques pas à franchir pour aller au frigo ou au supermarché.
Il y a bien longtemps, toutefois, «nos ancêtres avaient besoin de chercher la nourriture. Donc, ils devaient se déplacer et devaient chasser, pas toujours avec succès, pour manger. Il y avait de longues périodes pendant lesquelles ils n'avaient pas de nourriture. Quand on tuait un animal ou qu'on trouvait de la nourriture, on avait donc besoin de faire des réserves en prévision de ces périodes de disette», explique le professeur Pellerin.
Mais comment expliquer que des gens prennent très facilement du poids alors que d'autres soient naturellement plus résistants à l'obésité? Le scientifique croit que le gène en question compte des variantes qui sont, dans certains cas, moins efficaces.
Et puis il y a toute une question d'environnement, indique-t-il. «Si vous êtes en Asie où votre nourriture est basée sur le poisson et des nourritures moins riches, vous ne grossirez pas même si vous avez le gène normal», dit-il. Ce serait autre chose si vous viviez soudainement dans un environnement où la nourriture que vous consommez est fortement industrialisée.
Peut-on espérer, à la lumière de cette découverte, un nouveau traitement génétique qui permettrait d'éliminer l'obésité? «C'est difficile de réduire un gène chez l'humain», plaide le chercheur qui croit plutôt à la possibilité d'un traitement pharmacologique éventuel.
Selon lui, «il faut toutefois compter en dizaines d'années» avant qu'un tel médicament fasse son entrée, question d'en valider les effets et la toxicité.
«On n'a pas trouvé la clef de l'obésité ou un remède miracle», fait-il valoir. Selon lui, il est clair que «l'activité physique et une alimentation équilibrée restent quand même les moyens privilégiés par lesquels on peut se prémunir du développement de l'obésité.»
«Mais si l'on arrivait à ajouter à ça une aide pharmacologique quelconque, ça ferait partie des moyens par lesquels on peut freiner cette épidémie qui est en train de se développer», fait-il valoir.