André Aubert

Un Trifluvien excommunié de l'Église catholique

Un Trifluvien membre d'une association franc-maçonne, André Aubert, vient d'être excommunié par l'évêque de Trois-Rivières, Mgr Luc Bouchard, sous prétexte que ses activités maçonniques étaient contraires aux préceptes défendues par l'Église. M. Aubert, un fervent catholique pratiquant et marguillier, ne fait donc plus partie de la communauté paroissiale et n'a plus accès aux sacrements de l'Église.
M. Aubert et Mgr Bouchard étaient à couteaux tirés depuis le début de l'année, après que le bénévole et cinq autres marguilliers aient fortement contesté les décisions administratives et financières du diocèse qui mettaient à risque la paroisse, selon eux. Ils avaient d'ailleurs écrit une longue lettre d'opinion dans Le Nouvelliste du 17 mars afin de dénoncer la situation, en plus de remettre leur démission à la paroisse.
Puis, le 6 avril dernier, lors du dernier conseil de la fabrique, le président de l'assemblée des marguilliers, Serge Laflamme, a lu une lettre signée par Mgr Bouchard qui expliquait en quoi la franc-maçonnerie était opposée aux valeurs de l'Église catholique et menaçait d'excommunication toute personne qui, tour à tour, portait allégeance et à l'Église catholique et aux associations franc-maçonnes.
Une fronde qui aurait visé directement M. Aubert, puisque celui-ci n'a jamais caché qu'il faisait partie d'une loge maçonnique. Considérant qu'il était banni, il a alors confirmé sa démission en quittant la salle. Par solidarité, les autres ex-marguilliers lui auraient emboîté le pas.
M. Aubert a bien tenté d'obtenir davantage de détails sur son excommunication de la part de l'évêque, mais s'est heurté à une porte fermée.
Joint par Le Nouvelliste, M. Aubert a préféré ne pas commenter le dossier. Celui-ci a déposé une demande formelle aux hautes instances de l'Église catholique afin de connaître son sort. Il est en attente d'une réponse du cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec.
Quant au diocèse de Trois-Rivières, personne ne pouvait commenter le dossier, hier.
Un fait bien connu
La décision de Mgr Bouchard d'excommunier l'ancien policier fait bien évidemment jaser chez les fidèles. André Lamy, un ex-marguillier de la paroisse Immaculée-Conception-de-la-très-Sainte-Vierge-Marie et ancien collègue de M. Aubert, considère que le diocèse de Trois-Rivières n'a pas expliqué clairement les raisons qui ont mené à l'équivalent de la peine capitale dans la religion catholique.
«L'évêque Veillette, qui a précédé Mgr Bouchard, était au courant que M. Aubert était membre des franc-maçons, mais il l'a toléré. Dans la communauté, plusieurs personnes étaient au courant. Ce n'était pas un secret. Être franc-maçon, ça n'enlève pas la bonté du gars», déplore-t-il.
Celui-ci pointe du doigt le manque d'ouverture et de modernisme de la part des instances religieuses locales.
«L'Église catholique est supposée être accueillante et rassembleuse. Mais là, on est devant un cas assez pathétique où on exclut quelqu'un. À l'heure où les églises se vident, il faut être de son époque. M. Aubert a toujours été une personne qui a fait sa religion, il a aidé énormément de prêtres, quand bien même qu'il serait membre d'une loge, qu'est-ce que ça change?», se questionne M. Lamy.
Une question controversée
Les relations entre les franc-maçons et l'Église catholique ont toujours été difficiles, puisque les instances religieuses ont longtemps accusé l'association de travailler à sa destruction. C'est dans les années 1738 que l'Église a pour la première fois banni les membres de loges franc-maçonnes.
Puis, en 1917, le code de droit canonique, sous Benoît XV, a légiféré que tout fidèle s'adonnant à des activités franc-maçonnes allait automatiquement être excommunié. Une décision qui a été depuis reconduite, entre autres, en 1983, par le pape Jean-Paul II et par celui qui allait éventuellement devenir le pape Benoît XVI, le cardinal Joseph Ratzinger.
Depuis, bien que la position de l'Église ne soit plus aussi stricte, quelques cas d'excommunication pour franc-maçonnerie ont été rapportés. Les Francs-maçons se sont aussi divisés en diverses loges, certaines affirmant que leurs visions sont compatibles avec celles de la religion catholiques, comme c'est le cas de M. Aubert.